Publicité

8 chansons qui dénoncent les violences policières

Retour sur une lutte en musique, de Nina Simone à NWA.

par Emily Manning
|
13 Juillet 2016, 12:55pm

Nina Simone, Mississippi Goddam, 1964 : Cet hymne des Droits Civiques est considéré comme le tournant politique de la carrière de Nina Simone. Si la chanson ne s'inspire pas directement de la violence policière, elle aborde néanmoins la façon dont les institutions judiciaires traitent les communautés noires dans les états du sud des Etats-Unis. La chanson s'inspire également d'un évènement majeur, l'attentat à la bombe de l'église baptiste de la 16è rue (un des lieux privilégiés du mouvement des Droits Civiques), en 1963 - une attaque terroriste menée par des suprémacistes blancs, qui tua quatre petites filles et inspira 'Alabama' de John Coltrane (une composition jazz dont la cadence fait écho à l'émouvante nécrologie des jeunes filles par Martin Luther King). Simone chanta le morceau 'Mississippi Goddam' lors de la marche de Selma à Montgomery durant laquelle elle, James Baldwin et beaucoup d'autres activistes des Droits Civiques firent face au rangs de la police.

Marvin Gaye, What's Going On, 1971 : Le titre figure dans un album du même titre, considéré comme l'une des œuvres musicales les plus importantes du 20ème siècle. La chanson adopte le point de vue d'un vétéran de retour du Vietnam, qui retrouve un pays miné par l'injustice et la violence. Un jour, le musicien Obie Benson, membre du quartet Four Tops, a raconté à Marvin Gaye les tristes événements du « Bloody Thursday » auxquels il avait assisté. Un trauma que Marvin Gaye a retranscrit avec beaucoup d'humilité et de compassion par la suite : « Dans ce monde qui explose de part et d'autre, comment pourrais-je continuer à chanter des chansons d'amour ? »

The Dicks, Hate the Police, 1980 : Pas besoin d'aller chercher très loin pour trouver dans les années 1980 une chanson punk défiant toute forme d'autorité. Mais disons que les énervés de The Dicks devaient peut-être faire face à un peu plus d'adversité que les autres. Basé dans le sud profond des Etats-Unis (le Texas plus précisément), le groupe était l'un des seuls à l'époque à compter en son sein un chanteur ouvertement gay.

NWA, Fuck tha Police, 1988 : Certainement le morceau le plus incendiaire de l'album culte du groupe, tout aussi iconique, de Compton. Et pourtant, Straight Outta Compton ne manque pas de morceaux au vitriol, d'où son influence considérable. Ce son en particulier est une parodie grinçante dans laquelle Ice Cube, MC Ren et Eazy-E jouent les avocats de l'accusation et condamnent leur police locale pour leurs méfaits récurrents - de la violence physique au profilage racial - alors que Dr. Dre endosse le rôle du juge. « On voulait insister sur l'usage excessif de la force par la police et la façon dont elle humilie des populations toutes entières » expliquait Ice Cube.

Public Enemy, Fight the Power, 1989 : Culte et explosif, ce son de protestation a été commandé par Spike Lee pour son film Do The Right Thing. Dans le film, la police très sélective protège les entrepreneurs non-noirs alors que les moindres initiatives des jeunes de couleurs sont systématiquement criminalisées. Finalement, l'un des personnages principaux du film est étranglé en public par un officier de police intervenant dans le cadre d'une émeute. Une scène qui est tristement devenue réelle il y a deux ans, quand Eric Garner a été étouffé à mort dans les rues de New York. Lee avait demandé au groupe de rap de produire un son capable de se hisser en haut des charts avant la sortie du film ; Public Enemy lui a fournit un son qui reste encore aujourd'hui tragiquement pertinent.

Sinead O'Connor, Black Boys on Mopeds, 1990 : Dans son deuxième album, la musicienne irlandaise est revenue sur les circonstances douteuses du suicide du jeune britannique noir Colin Roach, alors qu'il était entre les mains de la police. La mort de Roach, en 1983, est arrivée à une époque où de nombreux groupes activistes réclamaient une enquête sur les fonctionnements de la police du quartier londonien de Hackney. En cause : harcèlement, arrestations violentes et détentions injustifiées - visant quasi systématiquement des personnes de couleur.

Fugees, The Beast, 1996 : En y mélangeant une instru live et des interludes très distinctifs, le trio du New Jersey a fait de son deuxième et génial album The Score une référence musicale incontournable, imposant une sonorité riche et unique. Mais c'est aussi la puissance des paroles des Fugees (qui pour beaucoup expliquent comment l'omniprésence de la police affecte la vie des minorités pauvres) qui font de cet album un classique moderne. Les premières rimes de Lauryn Hill sur "The Beast" sont explosives : "Conflicts with night sticks/ Illegal sales districts/ Hand-picked lunatics, keep poli-TRICK-cians rich." Son second couplet est tout aussi poignant : "High class get bypassed while my ass gets harassed/ And the fuzz treat bruh's like they manhood never was."

Bruce Springsteen, American Skin, 2001 : La musique de Bruce Springsteen s'est toujours voulu politique (à tel point que Ronald Reagan tentera un peu bêtement de s'approprier son Born in the USA pendant sa campagne de 1984, dans l'idée d'attirer les votes de la classe ouvrière). Après le meurtre d'Amadou Diallo par la police, en 1999, Springsteen a écrit un hymne à son souvenir rappelant dans le texte les 41 coups de feu qui furent tirés sur le jeune homme (non armé) de 23 ans. Plus récemment, lors d'un concert, Springteen a dédié cette chanson à Trayvon Martin.

Blood Orange, Sandra's Smile, 2015 : Avant son album Freetown Sound, Devonte Hynes abordait déjà l'identité noire et la problématique des violences policières dans deux merveilleux titres. Dans Do You See My Skin Through the Flames ? Dev Hynes tente de bousculer ses proches et ses fans restés silencieux face aux violences raciales. Le deuxième, Sandra's Smile, aux sonorités 1980, est une ode funk à Sandra Bland, une texane morte en détention après avoir été arrêtée alors qu'elle avait juste grillé un stop.

Credits


Texte Emily Manning
Photographie Christelle de Castro

Tagged:
Black Lives Matter
Marvin Gaye
Blood Orange
Nina Simone
the dicks
Bruce Springsteen
Public Enemy
Fugees
musique
société