avec sid & nancy, l'amour et le punk ne faisaient qu'un

i-D s'est entretenu avec le réalisateur Alex Cox à l'occasion des 30 ans de son film, devenu culte, Sid & Nancy. On a parlé de drogues, d'amour et de l'immortalité du punk.

|
août 2 2016, 9:15am

Dans Sid & Nancy, le biopic culte d'Alex Cox, le bassiste des Sex Pistols (Sid Vicious, donc) et sa copine et manager (Nancy Sprungen) forment un couple de stars, animé principalement par le sexe, les drogues et l'annihilation en général. Un récit du réel qui a trouvé ses échos dans différentes ères musicales depuis. L'exemple le plus probant tient dans le couple mythique des années 1990 formé par Kurt Cobain et Courtney Love. D'ailleurs les deux couples sont liés. C'est bien connu, Courtney a passé une audition pour le rôle de la groupie Nancy et le film a aidé à lancer sa carrière : Cox est tellement impressionné par l'aura de la jeune fille qu'il lui écrit un second rôle sur mesure. Mais dans le film, restauré pour son 30ème anniversaire, la lumière appartient à Gary Oldman et Chloe Webb, dans les rôles principaux. 

Les deux acteurs, habilement manœuvrés par l'implacable vision de Cox, font honneur au vieil adage selon lequel L'amour tue (Love Kills est d'ailleurs le titre alternatif du film). i-D a posé quelques questions à Cox, pour en savoir plus sur la réalité du nihilisme décrit par le film, alors qu'il s'apprête à ré-envahir les salles sombres des cinémas londoniens. 

Tout le monde n'était pas chaud pour raconter cette histoire. J'ai cru comprendre que la mère de Sid, Anne, était d'abord contre, mais a fini par y participer. Comment vous l'avez persuadée ?
Je ne me souviens pas de ça. Je pense qu'elle voulait imposer une version de l'histoire. Heureusement pour les réalisateurs et les scénaristes, une mère ne peut pas décider de faire ou de défaire un film, une histoire.

L'ancien membre des Sex Pistols, John Lyndon, a vivement critiqué le film pendant son développement. Pour le forcer à défendre ses propos vous lui avez laissé un message à son hôtel, à New York. Vous pouvez nous raconter cette histoire ?
Je ne me souviens d'aucun message à l'hôtel. Je l'ai rencontré quand il logeait à New York, à l'hôtel Mayflower. Il avait lu le script, et y avait inscrit des notes très généreuses. Il suggérait de raconter les côtés sombres d'une manière différente, plus originale. Il avait invité Drew Schofield, l'acteur qui jouait Johnny dans le film, à New York, pour traîner avec lui et étudier The Way of Rotten.

Courtney Love a auditionné pour le rôle de Nancy, mais vous avez décidé qu'elle était trop jeune pour le rôle. Qu'est-ce qui vous a malgré tout poussé à la garder ?
Je la trouvais excellente. J'ai adoré travailler avec elle une seconde fois pour Straight to Hell.

Qu'est-ce qui vous a attiré dans le punk ?
C'était un mouvement révolutionnaire et anticapitaliste. C'était la preuve que des groupes de personnes sans argent, sans privilèges et parfois sans aptitudes ou talent pouvaient s'autoproclamer artistes indépendants, se trouver un public et prospérer tout en défiant le statu quo. C'était très excitant.

À quel moment les choses ont mal tourné dans le punk ?
Ça s'est fait avaler par les médias, l'institutionnel. Ironique.

Vous pensez que l'héritage punk vit encore ?
Dans la mode, certainement. Et jusqu'à une certaine mesure dans la musique, l'art et l'activisme politique.

Après Sid & Nancy on vous a proposé de nombreux gros projets de grands studios - Robocop et The Three Amigos - qui n'ont pas marché à cause de votre engagement. Vous pensez avoir gardé en vous un esprit punk en vous grâce à cela ?
Je ne pense pas au punk tant que ça, en fait ! Ça fait longtemps. Mais oui, la lutte continue.

Vous vouliez romancer Sid & Nancy sans les glorifier. Vous avez aujourd'hui l'impression d'avoir échoué. Pourquoi ?
C'est peut-être indissociable du style dramatique, cette envie de faire de votre sujet quelque chose d'héroïque et de glorieux. Ou peut-être que la fin du film, avec ce "taxi pour le paradis", qui paraît très sentimentale aujourd'hui, est en totale contradiction avec le message du film (et c'est le patient d'une clinique à méthadone qui vous le dit).

C'est vrai que certaines personnes du casting et de l'équipe du film ont tournés junkies après le tournage ? Comment c'est possible vu l'ambiance sordide et le nihilisme ennuyeux qui y sont racontés ?
Aucune idée, à toi de me le dire.

On a vu depuis des histoires d'amour maudites similaires, l'exemple le plus frappant étant Kurt et Courtney. C'est quoi le moteur le plus puissamment destructeur selon vous, la drogue ou l'amour ?
Dans une situation où les deux parties sont accros à la drogue, on peut rarement espérer une conclusion joyeuse. Les sentiments très forts renforcent les gens, et ça finit jamais très bien, non ? Le premier titre du film c'était Love Kills, et c'était peut-être un meilleur choix, même si un peu borderline.

Beaucoup d'endroits, de musiques et d'éléments de cette époque ont été mythifiés - le Chelsea Hotel, le punk, la fin des années 1970 à Londres et à New York. Qu'est-ce qui devrait être célébré et qu'est-ce qu'il est mieux d'oublier de cette ère ?
De mon point de vue, le meilleur des années 1970, c'est les loyers à deux balles, les universités qui ne demandaient pas des années de dettes et un tissu social plus solide (en Grande-Bretagne en tout cas). Rien de mythique !

Je sais que vous travaillez sur votre prochain projet, Tombstone Rashomon. Vous pouvez nous en dire un peu plus ?
C'est l'histoire d'une fusillade de western racontée via six points de vue différents, dans le style du film Rashomon, de Kurosawa. On a tourné en mai à Old Tucson dans le sud de l'Arizona. C'est maintenant en post-production, et on aura fini d'ici la fin de l'année.

Sid & Nancy ressort en DVD le 29 Août. 

Credits


Texte : Colin Crummy