The Misandrist de Bruce la Bruce

7 films à ne pas manquer au festival chéries chéris (et un bonus)

Le festival Chéries Chéris commence aujourd’hui à Paris. I-D a dressé pour vous la liste (non-exhaustive) des films LGBTQ+ à (re)découvrir d’urgence.

|
nov. 14 2017, 1:23pm

The Misandrist de Bruce la Bruce

L’année 2017 aura été celle du battement. Celle où un combat contre le SIDA et la marginalisation des personnes infectées par un virus a battu des records de box office. Celle où les cœurs de milliers de spectateurs se sont soulevés en voyant s’arrêter ceux des militants d’Act-Up, et où les mains se sont jointes, crispées de colère et d’émotion pour applaudir le film de Robin Campillo. C’est sur cette percée encourageante que démarre à Paris le festival de films LGBTQ+ Chéries Chéris qui oeuvre chaque année à rendre plus visible un combat entamé mais jamais fini. À partir de ce soir et jusqu’au 21 novembre, le festival présidé par Cyril Legann présentera un panel de films à découvrir dans le cadre de différentes sélections, en compétition, lors de panoramas ou de séances spéciales. Une semaine émaillée de rencontres, de débats et de soirées pour évoquer la représentation des personnes LGBTQ+ dans les œuvres de fiction et l'importance de l’archivage documentaire de leur lutte pour l’égalité des droits. i-D a dressé sa liste (non-exhaustive et tout à fait subjective) des films à voir ou revoir absolument ces prochains jours.

Queercore : How to punk a revolution


Luttant à la fois contre la normalisation des personnes LGBTQ+ et contre leur exclusion du mouvement punk, le Queercore s’est distingué à la fin des années 1980 comme un mouvement socio-culturel radical, dont les sources documentaires sont pourtant rares. Queercore : How to punk a revolution change la donne en donnant la parole à ses acteurs les plus emblématiques, invitant à réfléchir sur la façon dont un mouvement né de l’exclusion ne se garde pas de la reproduire en son propre sein. À l’heure où l’assimilation des personnes LGBTQ+ fait de plus en plus question, Yony Leyser documente une contre-culture fondée sur un principe à rebours de la tendance actuelle : « to embrace the criminality of homosexuality ».

Beach Rats, d'Eliza Hittman


Quand il ne traîne pas près des plages avec ses potes, Frankie s'enferme dans sa chambre pour flirter sur le net avec des hommes plus âgés. « Je ne sais pas trop ce que je cherche », s'obstine-t-il à répéter lorsque ces hommes lui demandent ce qui l’amène. Dans ce film remarqué à Sundance et à Deauville, Eliza Hittman filme l'adolescence comme un passage fait de lumières et d’ombres, où la liberté s’encombre du poids des injonctions sociales. Un récit d’apprentissage impossible emmené par Harris Dickinson, personnage torturé et obsédant, dont l’aura solaire n’a définitivement pas fini de rayonner.

They, d'Anahita Ghazvinizadeh


Adoubée par Abbas Kiarostami, soutenue par Jane Campion (productrice déléguée de son film), l’iranienne Anahita Ghazvinizadeh réalise son premier long-métrage avec They, déjà présenté à Cannes en lice pour la Caméra d’or. À travers l’hésitation de J., jeune fille sur le point de transitionner pour devenir un garçon, le film se fonde sur un dilemme majeur : déterminer à quel genre elle appartient vraiment. Si ce changement de sexe implique celui du regard de toute une société, le film évoque aussi un passage douloureux, celui de l'enfance vers l'âge adulte.

Body Electric, de Marcelo Caetano

Fraichement débarqué à Sao Paulo, Elias navigue entre son emploi dans une usine textile et les nouvelles rencontres qui lui permettent d’échapper à sa routine. Si son corps se fatigue dans le travail, il n’en perd pas pour autant le désir de se frotter à d’autres peaux. Inspiré par le poème I sing the Body Electric de Walt Whitman, le premier long-métrage de Marcelo Caetano circule à travers la ville de Sao Paulo, dans des moments d'errance et d'espoir où s'entrechoquent les réalités nuancées d'une jeunesse brésilienne en quête de liberté.

Seule la terre, de Francis Lee


Distingué à Sundance, remarqué à Berlin, Seule la terre n’est évidemment pas sans rappeler Le Secret de Brokeback Mountain, chef d’œuvre d’Ang Lee auréolé par une vingtaine de récompenses. À la différence qu’il s’agit ici du premier long-métrage du britannique Francis Lee : son économie de moyens n’a rien de celle d’un blockbuster. Pourtant, son intensité émotionnelle est telle qu'elle finit par se dérober devant les volontés de comparaison. Pour s'en convaincre, il faut courir le voir ce soir lors de la soirée d'inauguration du festival : le film a été choisi pour en faire l'ouverture.

Heartstone, de Gudmundur Arnar Gudmundsson

C’est l’été. Thor et Christian vivent dans un village reculé d’Islande et font l’expérience de leurs premiers émois amoureux. Dans l’élan d’une candeur encore intacte mais presque déjà disparue, ils goûtent à la liberté, encerclés par une nature indomptable superbement filmée par Gudmundur Arnar Gudmundsson. Jusqu’à quel âge sommes-nous réellement libres ? La réponse, plus tentaculaire qu’elle n’y paraît, se niche dans l'émotion de ce premier long-métrage. Le réalisateur et scénariste a choisi de puiser dans sa propre enfance pour infuser son film de souvenirs lointains mais vivaces, achevant de peindre cette période comme celle où la conscience de soi déteint - pour le meilleur et pour le pire - sur les liens avec les autres.

The Misandrist, de Bruce la Bruce

Nous sommes en 1999, la seconde vague du féminisme finit de se dérouler tandis qu'émerge une cellule indépendantiste féminine, coupée du monde moderne pour penser une vie collective libérée du joug patriarcal. Entre les murs de ce couvant étrange se prépare une véritable intifada féministe et lesbienne, jusqu'à ce que l'arrivée d'un homme perturbe tout. Financé grâce à un Kickstater, le film The Misandrist met une nouvelle fois en lumière toute la cocasserie du cinéma de Bruce la Bruce, son engagement radical et sa croyance profonde en une révolution homosexuelle - déjà perceptible dans ses films précédents comme The Raspberry Reich. À travers cette milice quasi terroriste, il relève avec beaucoup d'humour les hiatus latents qui ont pu ébranler un féminisme plus large : comment peut-on réclamer une égalité de droits dans un système qui est justement tout sauf égalitaire ? Pour Bruce la Bruce, le combat doit être global : « Dans notre société, aucune cause ne devrait prendre le dessus sur une autre, chaque lutte, chaque cause défendue permet par effet papillon, de régler des problèmes à grande échelle. La manière dont on traite les femmes dans la société actuelle est une conséquence directe de cette hiérarchisation » nous expliquait-il dans une interview.

Lolita malgré moi, de Mark Waters

Si vous avez un jour rêvé d’offrir des barres hypercaloriques à votre meilleure ennemie en lui faisant croire qu’elles la feraient maigrir, vous avez (au moins) un point en commun avec Cady Heron, aka Lindsey Lohan, la plus gentille des filles de Mean Girls. Avant de faire la connaissance des « Plastics », Cady Heron traîne avec les misfits de son lycée – homosexuels, cela va sans dire. Mais pour découvrir les secrets de ces filles que tout le monde adore détester, elle va intégrer leur bande, adopter leurs rituels jusqu’à atteindre le point de non-retour : ne plus vraiment savoir qui elle est… Avec des répliques qu’on pourrait croire signées RuPaul, un sens inouï du too much et un talent pour le troisième degré, Lolita Malgré Moi s’impose comme le plus sérieux des manifestes d’humour camp, à (re)-découvrir d’urgence dans ses plus belles pantoufles lors de la soirée pyjama organisée par le festival.

L'intégralité du programme est à retrouver ici.