schwarzenegger, l'amérique qui rêve de dystopie

Sur Arte, un documentaire passionnant revient sur le parcours d'un homme dont l'histoire a épousé celle de l'Amérique.

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08 Février 2019, 2:15pm

Schwarzenegger. De l’orthographe, personne n’en est jamais vraiment certain. Reste la prononciation, quatre syllabes qui pourraient aussi bien évoquer le nom d’un reptile en voie d'extinction que celui d’un tractopelle. « C’est un nom qui est long et j’en suis très fier. Je me suis dit que si les gens apprenaient à le prononcer, alors ils ne l’oublieraient jamais », lance l'acteur au tout début du documentaire La fabrique Schwarzennegger réalisé par Jérôme Momcilovic et Camille Juza et diffusé sur Arte. Des championnats de culturisme à son ascension politique, le film s'attèle à raconter l'histoire d'un corps devenu symbole, celle d'un homme dont le destin individuel est parvenu à se fondre dans celui de l'Amérique.

Un esprit sain dans un corps sain
En 1970, le bodybuilding est une pratique encore marginale, qui ne concerne qu’une poignée d’adeptes encore perçus comme des bêtes de foire et/ou des homosexuels. C’est pourtant le moyen qui va permettre à Schwarzie d'accéder à la gloire grâce au titre de Mister Olympia, qu'il décroche à seulement 23 ans - un record qui demeure encore inégalé à ce jour. Quittant son village autrichien pour se lancer à la conquête du monde, Arnold comprend rapidement que son corps de géant sera le véhicule de son ambition sans limite. Tendus et saillants, menaçant de faire exploser sa propre chair, ses muscles contiennent sa destinée, celle d'un homme venu d'ailleurs et sans doute un peu aussi - du futur. Car tandis que le rêve américain décline, miné par les ravages de la guerre du Vietnam, Schwarzie s'élance tranquillement vers le sommet. Il veut réussir, peu importe dans quoi, et clame à qui veut l'entendre que seuls de nouveaux objectifs lui permettent d'avancer. Derrière la formule, Schwarzie réactive le mythe de l'accomplissement individuel et du self made man - celui qu'il est devenu, par la force du mental et la puissance des muscles.

Arnold Schwarzenneger

Hasta la vista baby
En 1984, James Cameron en fait son Terminator, un robot masqué sous une enveloppe charnelle, doté de capacités physiques hors du commun et capable de se faire passer pour humain. Un androïde aussi charismatique qu'effrayant, incarnant toutes les possibles dérives du futur. Sur l'écran, le corps de Schwarzennegger – produit de séances de musculation intenses – épouse les contours de Terminator, robot métallique fabriqué à l'usine. Dans cette hybridité de fiction et de technicité s'inscrit le récit de la démesure reaganienne, prônant le gigantisme et le fitness comme nouveau mode de civilisation. En 1983, Arnold Schwarzennegger épouse Maria Shriver, la nièce de John Kennedy. À son propos, elle dira : « Ma famille voulait Washington, des hommes politiques, des démocrates. J'ai choisi l'Autriche, le bodybuilder, le Républicain. »

Mister America
Plébiscité par les studios hollywoodiens pour sa capacité à faire rêver la dystopie, Schwarzie va enchainer les succès dans un registre qui le résume : la science-fiction, un genre où la technique côtoie le désir de puissance et les récits surnaturels. Et puis ce sera la politique, le soutien à George Bush qui voit en lui un allié tout trouvé pour lutter contre les fainéants. Une réclame ambulante du rêve américain qui deviendra, à 56 ans, le gouverneur de l'État le plus puissant des États-Unis. Schwarzie n'est pas le premier homme de spectacle à envisager la politique comme un nouveau rôle. En revanche, il est peut-être le premier à l'avoir fait de manière aussi décomplexée. De retour au cinéma après deux mandats en tant que gouverneur de Californie, il affirmera : « Un homme politique est là pour servir le public, un acteur est là pour le divertir. » À moins que ce ne soit l'inverse ?

La fabrique d'Arnold Schwarzenegger, un documentaire de Jérôme Momcilovic et Camille Juza à découvrir en streaming sur Arte.tv jusqu'au 17 février.

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