les artistes les plus engagés du hip-hop sud-africain

Le photographe sud-africain Imraan Christian a braqué son objectif sur les musiciens locaux les plus talentueux, virtuoses et politisés.

par Russell Dean Stone
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17 Janvier 2018, 9:44am

Le photographe sud-africain Imraan Christian s’est fait un nom en documentant la jeunesse sud-africaine – qu’il s’agisse de manifestations étudiantes ou d’une Génération Z en lutte contre le colonialisme. Pour son dernier voyage en Afrique du Sud, la plate forme musicale Boiler Room a demandé à l’artiste de 24 ans de braquer son objectif sur la crème des producteurs hip-hop de Cape Town. Nous avons appris à les connaître un peu mieux.

Nyota
Congolaise, Irlandaise et Sud-africaine, Nyota Parker se définit comme « non-binaire et non-conformiste ». Le son de cette rappeuse de 17 ans - à la fois chanteuse et compositrice - trouve son équilibre quelque part entre la trap, le jazz et le boombap que Nyota se plaît à appeler « Trazz ». « Chez moi, tout est tourné vers l’idée de repousser les limites et d'affronter le système. Je veux influencer une nouvelle génération de combattants prêts à défier notre société et à garder l’œil ouvert, affirme Nyota. La plupart des gens ne voient pas vraiment ce qui se passe, parce qu’ils ne captent que ce que les puissants veulent bien leur mettre sous les yeux. » Nyota – qui signifie « étoile » en Swahili et en Lingala – pense que la plateforme est trop restreinte, qu’il existe trop peu d’évènements hip-hop et en conséquence, trop de talents oubliés à Cape Town. Cela étant dit, Nyota pense que 2018 sera l’année de Cape Town parce que les gens commencent à réaliser que « l’union est [leur] seule voie vers le succès ».

Stiff Pap
Ensemble, le rappeur Ayema et le producteur Jakinda forment le duo Stiff Pap. Ils admettent être la voix de leur génération – une nouvelle vague de gamins de Cape Town qui veulent une musique à laquelle se référer. Ils écrivent des morceaux à propos de la jeunesse et de la vie nocturne sud-africaine – à titre d’exemple leur premier EP, Based On a Qho Story, retrace l’histoire d’une ado d’Umlazi qui consomme pour la première fois du uQho (de l’ecstasy). Le duo mélange des éléments de Kwaito, de GQOM, de house et de hip-hop pour créer son propre son, celui d’une musique électronique brute. Stiff Pap considère Cape Town comme une métropole bien trop blanche pour que le hip hop y prospère réellement, même si certains artistes expérimentaux d’Afrique du Sud considèrent la ville comme leur maison. « Ceux qui ont le pouvoir dans cette ville n’en ont juste rien à foutre du hip-hop » concluent-ils sans détour.

Dada Shiva
Le baron du hip-hop de Cape Town Dada Shiva, aussi connu sous le nom de Da Don Dada, est le genre de personne qui cherche le divin partout. Membre de Tone Society, le rappeur de 23 ans jongle avec les polarités de sa musique à travers des personnalités multiples et médite sur ce qui rapproche l’homme de Dieu. « Dada » fait à la fois référence à son surnom et au mouvement d’avant-garde du Dadaïsme. Shiva aime faire en sorte que sa musique soit aussi proche de l’espace que des profondeurs de l’océan. « Si l’on se penche sur les similarités entre l’espace et les profondeurs de l’océan, on en vient à la conclusion que pour nous, ils feront l’objet de la même expérience. » Shiva pense que la façon dont Cape Town est conçue force les artistes à créer de minuscules mouvements séparatistes, « Tout le monde veut sa propre nation, réfléchit Shiva, et en ce sens, les artistes sont des îles ».

Photographie Elijah Ndoumbe & Thandi Gula-Ndebele. Direction créative Thandi Gula-Ndebele et Fatima aka Rudegal. Stylisme et maquillage Fatima aka Rudegal

Nazlee Saif Arbee
Née à Durban et élevée à Tupac, Nazlee Saif fait ses armes dans des cercles de slam et de rap locaux depuis 2011. Depuis qu’elle a troqué son microphone pour un mégaphone pendant les manifestations étudiantes de 2015, Nazlee s’est attelée à développer un art multimédia qui puisse servir la protestation et les mobilisations de son pays. Nazlee en a assez bouffé du patriarcat, et a refusé de travailler avec des photographes hommes-cisgenres-hétéros pour ce shooting. Pour elle, la communauté trans doit forcer les barrages pour se faire une place et se représenter, se raconter elle-même. L’œuvre la plus récente de Nazlee tourne autour d’un terme qu’elle a elle-même inventé, « l’afrofuturistic gangsterism », qu’elle définit comme « une reconnaissance mentale et spirituelle de la violence à laquelle nous faisons constamment faire face, et qui s’inscrit dans une longévité beaucoup plus grande que le nruit d’un flingue. »

Lurah
Originaire du township de Philippi, Lurah (AKA Kapatown Boy et FKA Lushapo Burwana) compare la scène hip-hop de Cape Town à un explosif contenu, sur le point de péter. Lui a commencé le rap à seulement 14 ans, et n’a fait que renforcer son talent depuis. Et pour cause, Lurah et ce qu’on appelle un perfectionniste, un vrai. Et même si sa musique est fortement influencée par la trap, Lurah affirme qu’il fait bien attention à ce qu’il y ait « beaucoup d’âme dans chacun de [ses] putains de morceaux. » Il ne joue pas l’activiste quand il rappe. Non, il partage simplement ses ambitions, ses expériences personnelles, mais n’hésite pas pour autant à s’inspirer de son environnement pour infuser sa musique d’une bonne dose « d’authenticité ».

Master Kii
Master Kii (Tando Moyake) est un jeune rappeur indépendant de 19 ans qui fait bouger la scène underground de Cape Town en mélangeant un modernisme rafraîchissant à des vibes hip-hop old school rappelant les grandes heures de MF Doom, du Wu Tang ou de Quasimoto. Un son profondément inspiré par l’ère lo-fi boombap des années 1990, qu’on aurait plongé aux sonorités brutes de la Est Coast. Mais le voyage de Kii ne s’arrête pas à ses influences : il est friand de connexions internationales et collabore régulièrement en ligne avec des artistes américains ou japonais.

Uno July
Né à Gugulethu, le père d’Uno July était un combattant de la paix qui a passé du temps exilé en Zambie. Uno est connu de beaucoup à Cape Town, lui qui a été parmi les acteurs les plus actifs de la scène hip-hop de la ville dès 2005. C’est d’abord dans les rangs du groupe légendaire III Skillz qu’il a connu le succès, avant de briller en solo avec son premier EP, Best Kept Secret, en 2015, puis Uno’n Only en 2016. Pour Uno, l’essor de la scène hip-hop de Cape Town est un phénomène générationnel qu’il attribue à l’influx des influences culturelles occidentales. Son point de vue, parfrois controversé, revient à dire que le paysage politique et la ségrégation à Cape Town ont permis dans leur suite une diversité de styles et de dialectes entre les ethnies, qui n’existait pas en leur sein auparavant. Et vous n’en trouverez pas meilleure preuve vivante qu’Uno July.

Wah-Li
Wah-Li joue avec les mots comme personne. Orfèvrier de la technique, ses mesures sont millimétrées et ses rimes aussi complexes qu’elles paraissent uniformes à l’oreille. En 2014, le rappeur entrait dans le top 20 du 10K Challenge organisé par le Back To The City Festival, choisi parmi des milliers d’artistes à travers le pays. Contrairement à d’autres MC de la même école que lui, Wah-Li a faim de découvertes et sait s’ouvrir à de nouveaux types de production. Son envie d’aller explorer la musique bien au-delà de ses propres frontières lui permet d’exceller dans chacune des influences qui le définisse.

Credits


Photographie Imraan Christian
Direction artistique Haneem Christian
Assistant Joshua Pascoe

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