Children, Naujieji Lazai, Kedainiai district, © Tadas Kazakevičius

5 photographes à découvrir à beauvais

Jusqu'au 31 décembre à Beauvais se tient la 15ème édition des Photaumnales, où 27 photographes présentent leurs travaux rassemblés sous un thème : « Où loge la mémoire ».

par Juliette Savard
|
24 Septembre 2018, 9:56am

Children, Naujieji Lazai, Kedainiai district, © Tadas Kazakevičius

Le 15 septembre dernier, un rendez-vous culturel ouvrait ses portes au plus grand plaisir des amateurs de photographie. Sous l’égide et la curation du pôle Photographie en Picardie, Diaphane, les bien nommées Photaumnales fêtent cette année leur 15 ème édition. Ça se passe à Beauvais, dans les Hauts-de-France, et jusqu'au 31 décembre prochain. Pour célébrer cette édition anniversaire, les 27 photographes présentés aux Photaumnales ont abordé la temporalité d’une manière agréablement méta. Leurs travaux se rassemblent autour d’un thème : « Où loge la mémoire ». Une manière d’interroger la relation de l’art au temps, à l’histoire, de considérer la photographie pour entrevoir ce qui a été, pour présenter une trace, pour souligner les vides. Le tout soutenu par une sélection singulière, variée et internationale, dont on vous présente un aperçu avec cinq des photographes exposés.

Ambroise Tézenas

Il présentait récemment « Des Sneakers comme Jay-Z », une série de portraits et paroles d’exilés (réalisée avec Frédéric Delangle) qui explorent la fonction sociale du vêtement pour les réfugiés. Son projet « Tourisme de la désolation» (2008-2014), présenté aux Photaumnales, est tout autre. « Ici, on vient vérifier un cauchemar », c’est ainsi qu’Ambroise Tézenas résume les voyages qui l’ont mené à illustrer le concept de « dark tourism », soit la pratique qui consiste à visiter des lieux marqués par le drame (catastrophe naturelle, accidents, zones sinistrées…). Des visites non pas clandestines mais organisées par des tour-opérators et réservées à d’étranges curieux. Il a découvert ainsi, aux côtés d’autres touristes, des dizaines de lieux, de la Chine à l’Ukraine, du Rwanda au Cambodge, des musées aux bâtiments abandonnés. Des photographies saisissantes qui semblent capturer la mort avec froideur et commenter en silence le voyeurisme que suscite chez certains la catastrophe. Sa série nous amène également à réfléchir à la façon dont la sacralisation de ces lieux témoigne de notre incapacité à avancer ou oublier. Tourisme de la désolation, au Quadrilatère, 22 rue Saint-Pierre, Beauvais.

Tadas Kazakevičius

Photographe documentaire lituanien passionné par les trajectoires des individus qu'il croise, Tadas Kazakevičius présente Soon to be Gone dans le cadre d’une invitation du Kaunas Photo festival (Lituanie) à Beauvais. Un travail né d’un constat : depuis dix ans, une bonne partie de la population de son pays quitte les campagnes pour s’installer en ville, ou finit même par émigrer. Les campagnes lituaniennes auraient ainsi perdu un sixième de sa population. « Pendant combien de temps nos forêts et vallées seront-elles ornées de vues de fermes et de villages – des lieux où une compréhension totalement différente du temps et de la proximité existe encore ? », s’interroge Kazakevičius. Avec en tête les clichés de Walker Evans ou Dorothea Lange, il visite plusieurs localités. Maisons en bois et tôle, champs, récolte de la paille, animaux, usure gardée par les herbes folles… Il concentre également son objectif sur les visages de ceux qui peuplent ces campagnes – anciens et jeunes enfants. Tous paraissent colorés par le souffle pur du vent et de la terre. Soon to be Gone, au Quadrilatère, 22 rue Saint-Pierre, Beauvais.

Christoph Sillem

Un désert figé sur 30km tout près de Paris que le photographe Christoph Sillem a d'abord aperçu sur Google Maps, avant que la curiosité ne le pousse à s’y rendre. Il découvre alors un espace enfermé dans un style architectural figé, qui ne reflète rien d’humain, où tout semble sous contrôle, captif. C’est plus précisément au Val d’Europe aux abords de Disneyland qu’est allé Christoph Sillem. Ce quartier résidentiel, appartenant à Walt Disney Company, dont les murs semblent aussi faux que ceux des décors du parc. De ses mots, il s’apparente à « une énorme réplique façon Truman Show d’un village français du siècle dernier qui semble avoir émergé pendant la nuit », et qui pourrait disparaître dans un clignement de paupières. Ses photographies dont Sillem a sensiblement pensé les cadres nous font mieux voir les roses, les bleus, les blancs immaculés de maisons parfaites. Des maisons qui continuent de sortir de terre mais que personne n’attend. Son travail nous oblige aussi à prendre conscience du non-sens d’un habitat envisagé comme un objet purement industriel. A World around Disney, au Quadrilatère. L'exposition est présentée dans le cadre d’une invitation à la Triennale Photographie et Architecture, Bruxelles, en duo avec Emilie Vialet.

Arnaud Chambon

Né en Picardie, Arnaud Chambon est photographe autodidacte. Il était cet été invité aux Rencontres d’Arles, à la Fondation Manuel Riviera-Ortiz, et il présente à Beauvais le même fruit d’une résidence réalisée au cœur de l’hôpital de Clermont-de-l'Oise, centre psychiatrique où il a passé cinq mois. Une immersion pour « faire face à quelque chose ». Des photographies - « à chaque fois, elles me laissaient nu, perdu, sans savoir » - réalisées pour certaines conjointement avec les personnes avec qui il a cohabité. De cette série, intitulée « Contre ! », se dégage une colère terrée mais aussi un certain humanisme et une bienveillance touchante. Comme si quelque chose de poétique pouvait être dit de cette vie d’enfermement. Oui, le titre de cette série pourrait être celui d’un poème. Contre !, espace Séraphine Louis, 11 rue du Donjon à Clermont-de-l’Oise, jusqu’au 4 novembre.

Almond Chu

Almond Chu a étudié à Tokyo mais c’est dans la ville qui l’a vu naître, à Hong Kong, qu’il a monté son atelier photo. Représenté en Belgique et à Paris (par La Galerie), il a effectué il y a deux ans, une résidence de création bien loin de chez lui, à Clermont. Il logeait alors tout près d’un bâtiment de style Bauhaus construit en 1938, ancien collège inoccupé depuis plus de dix ans maintenant. À l’époque, il pouvait accueillir jusqu’à 1 400 élèves. Happé par la structure dans laquelle il voit des lignes architecturales japonaises et chinoises, il investit le lieu pendant une semaine, l’envisageant comme un vestige du patrimoine clermontois. Couloirs vides, salles délabrées, lignes droites et couleurs bleutées, les photographies argentiques d’Almond Chu envisagent toute la surface du silence et balaient la poussière d’une mémoire, faisant des petits tas de vastes souvenirs adolescents. Le collège Fernel, espace Séraphine Louis, 11 rue du Donjon à Clermont-de-l’Oise, jusqu’au 4 novembre.

Retrouvez i-D sur Facebook, Instagram et Twitter.