les 19 titres qui ont fait notre mois de septembre

Musicalement parlant, la rentrée de septembre c'est à la fois le paradis et l'enfer : trop de choses et donc un risque accru de passer à côté de nouvelles perles. i-D vous offre une petite séance de rattrapage.

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02 octobre 2018, 9:11am

Prince – Mary Don’t You Weep

Eh oui, il fallait écouter Prince en septembre 2018 car ce mois-ci sortait le premier véritable album posthume du Purple King. L'enregistrement, daté de 1983, présente un Prince intime, seul au piano, improvisant avec nos émotions. Un trésor court mais intense pour tous les fans du génie de Minneapolis et qui méritait d'être exhumé même si l'on n'est pas certains que cette sortie et celles qui s'annoncent soient en total accord avec ce qu'il souhaitait que l'on fasse de sa musique. L'album trouve son apogée avec le blues déchirant de « Mary Don’t You Weep » (une reprise d'un chant religieux américain très populaire, utilisée dans le récent Blackkklansman), remis à jour avec un clip mettant en lumière les violences policières aux États-Unis.

Myd – Muchas

On peut toujours compter sur Myd pour nous réchauffer le cœur et nous ramener le sourire au visage au retour des vacances. Si la seule moustache de Myd ne vous avait pas suffi dans l’hilarant clip de « All Inclusive », sorti il y a presque un an et réalisé par Alice Moitié, vous allez cette fois-ci en avoir pour votre argent. Dans le clip de « Muchas » (toujours réalisé par Alice Moitié), en featuring avec l’excellent Cola Boyyy, le français se décline et part en colo de vacances (ou en camp de formation ?) avec une troupe de sosies casquettes sur le crâne, lunettes teintées sur le nez et moustache au millimètre. Team-building, ice-creams, toboggans, afterwork, tout y passe et ça à l’air de plaire à tous, sauf au vrai Myd qui tire un tantinet la gueule.

Blu Samu – Goose

Ça fait près de trois ans qu'on se le dit : la Belgique est en passe de tenir la première place du rap game européen – si ce n'est pas déjà le cas. Comme on pouvait s'en douter, jusque-là, les regards de l'hexagone orgueilleux se tournaient essentiellement vers les tutélaires d'un rap francophone et n'ont su voir venir l'avènement de la jeune rappeuse bruxelloise d'origine portugaise Blu Samu, qui défend un répertoire soul et rap cuivré, suave et scandé en anglais (ou portugais, au choix). Après deux EP hyper bien ficelés, le nouveau joyau de la couronne belge sort un morceau néo-soul d'une nonchalance irrésistible, accompagné d'un clip guilleret. Ça s'appelle « Goose » et c'est très bien.

Vladimir Cauchemar feat. 6ix9ine – Aulos Reloaded

Sans aucun doute LE morceau du dernier week-end de septembre. La recette d’un banger et d’un buzz imparables : reprenez « Aulos », le tube de Vladimir Cauchemar – mystérieux cheval de l’écurie Ed Banger – dont la flûte avait ensorcelé notre mois de décembre 2017. Demandez à 6ix9ine, le rappeur le plus mondialement sulfureux de ces derniers mois, qui, en passage à Paris, a déposé sa voix râpeuse, son énergie sale mais contagieuse sur ce beat. Appelez ça « Aulos Reloaded » et c’est gagné. Vous tenez le morceau le plus étrange de la rentrée.

Flavien Berger – Contre-Temps

Dur de choisir un morceau dans le fabuleux Contre-Temps de Flavien Berger. Ce qu’il fallait écouter en septembre, c’est son album tout entier. Mais quitte à choisir, autant piocher le morceau titre : 14 minutes de grâce featuring Bonnie Banane. Un duo venu des cieux dont Flavien Berger nous parlait récemment : « Quand je l’ai rencontrée je m’attendais à ce qu’on écoute du r&b mais on s’est fait écouter des textes. Elle connaît des textes par cœur. Elle va te chanter ‘J’ai 26 ans’ de Brigitte Fontaine par cœur pendant que tu découpes la bouffe. Je me suis dit ‘cool, j’invite une artiste, une auteure, et on va kiffer’. » Le plaisir est partagé.

Lil Wayne feat. Kendrick Lamar – Mona Lisa

Entre la mixtape surprise de Vald, le premier très bon album de Koba LaD, le second de MHD, le second de Columbine, les retours de Disiz et Youssoupha, on en aurait presque oublié l’actu rap américaine. Et pourtant, entre un clash d’Eminem et l’annonce d’un opus de Kanye ce week-end (qu’on attend encore) se cachait peut-être le retour le plus puissant de cette rentrée. Celui d’un artiste qui a régné sans partage sur les années 2000 : Lil Wayne. Pour bien rappeler son hégémonie d’alors, l’album prend la suite de son anthologie avec un titre simple qui réveillera votre nostalgie d’il y a dix ans : Tha Carter V. On pourra lui reprocher sa longueur (devenue loi dans le rap US), mais un album avec un morceau comme « Mona Lisa » en featuring avec Kendrick ne peut être que réussi. Tu nous avais manqué Weezy.

Niko Yoko – Neo Tokyo

Paris, été 2018 (ou 1978, yo no lo sé). C'est l'histoire d'un meurtre passionnel commis au beau milieu des pelouses ensoleillées et tranquilles des Tuileries parisiennes. L'arme du crime Watson ? La longue chevelure de la victime. Ce tableau psyché ne serait complet si l'on omettait de préciser que c'est un sosie de César couvert de sang-ketchup qui colporte la rumeur de cet événement ubuesque dans le tout-Paris. Ah ouaiiiiis, ok. Avec Niko Yoko et leur nouveau clip moqueusement gore et furieusement frenchie « Neo Tokyo », la rentrée sera non-sens ou ne sera pas.

Chris – Comme si on s’aimait

Quoi que vous en pensiez, Chris a marqué cette rentrée musicale d’une pop sans complexe, comme la France n’en avait plus eu depuis longtemps. Il suffit d’écouter « Damn, dis-moi », morceau le plus catchy de l’album, pour s’en convaincre. Et si vous avez cédé au groove de Dâm-Funk sur ce morceau, vous succomberez aussi sûrement à l’écoute du refrain de celui qui ouvre l’album, « Comme si on s’aimait ». C’est officiel : la France peut arrêter d’avoir honte de sa pop.

Young Thug feat. Elton John – High

Thug et Sir Elton ? Kamoulox. On ne s’y attendait pas, mais oui, sur le nouvel Ep du rappeur sorti ce mois-ci se cache, entre les collabs de T-Shyne et Jaden Smith, notre cher Elton John qui se voit offrir à pas cher une rap-credibilité avec le remix d'un de ses classiques (« Rocket Man ») par l'un des rappeurs les plus excitants de son époque. Résultat : un morceau très, très beau. Quand l’improbable tombe sous le sens. En tout cas, le septuagénaire a trouvé le meilleur moyen de lancer la promotion de Rocketman (tiens, tiens), le biopic sur lui dont la bande-annonce a été dévoilée aujourd’hui. Que ferait le monde (et Elton John) sans Young Thug ?

Muddy Monk – Boy

Muddy Monk est frustrant. C’est tellement bien qu’on en voudrait plus et plus régulièrement, mais un œil à sa page YouTube ou Spotify suffit pour comprendre que le Suisse n’en fait qu’à sa tête et s’en fout un peu des rythmes effrénés des cycles musicaux. Et c’est très bien comme ça. Ça lui a laissé le temps, par le passé, de faire de grandes choses avec ses copains (« Si l’on ride » ou « Le Code ») et de préparer un album qu’on attend avec une impatience enfantine pour cette fin d’année – le 9 novembre exactement. Ça s’appellera Longue Ride, donc on imagine que notre attente sera récompensée. C’est confirmé à l’écoute du premier extrait, « Boy » et de la puissance de son refrain ou les aigus de Muddy Monk prennent toute leur ampleur épique.

Claire Laffut – Mojo

Présenter un nouvel artiste en multipliant les slashs n'est jamais de très bon augure. Sauf pour Claire Laffut. Elle peint, elle chante, elle dessine, elle tatoue, elle joue, sans aucun complexe. La vingtaine à peine entamée, cette jeune belge en fait beaucoup mais jamais trop. En mars dernier, c'est à pas feutrés qu'elle poussait les portes de la pop francophone avec un titre enchanteur et confesse, « Vérité ». Ce mois-ci, elle fêtait la rentrée avec le clip de son titre « Mojo ». Le timbre à peine voilé, Claire répète et supplie instamment « Mojo, t’en vas pas ». Nous, on est quasi sûrs qu'il ne bougera pas, son mojo, et que la sortie de son premier EP cet automne saura le confirmer.

Lyonzon x 667 – 669

Un couplet de Freeze Corleone, c’est toujours un événement en soi : Noël avant l’heure. L’homme est discret, vadrouille dans la brume entre Lyon et Dakar entouré de son crew tout aussi secret, 667, et distille aléatoirement des couplets, des morceaux et des EP qui sentent la noirceur (666+1=667) et où les punchlines déposées avec nonchalance piquent toujours fort. Le dernier fait d’arme du 667, nébuleuse dont on ne connaît pas vraiment le nombre de membres, c’est le projet RAR. du rappeur Norsace Berlusconi. Un projet qui aurait suffi à nous faire la rentrée, mais c’était sans compter sur le morceau « 669 » sorti peu après : la fusion Dragonball-esque entre le 667 et Lyonzon, concentré d’acrobates de l’underground lyonnais. Ça rappe sec, c’est violent et codéiné. Et Freeze Corleone casse l’instru.

Enchantée Julia feat Prince Waly – 45 Tours

Le mois de septembre, c’est aussi l’occasion de confirmer (ou de se remettre de) ses amours d’été. L’occasion de rider la vague de la rentrée en écoutant les plus belles chansons d’amour. Et cette année, on a pu compter sur le groove d’Enchantée Julia, nouvelle voix r&b, suave, qui pour se présenter au monde a fait un duo avec le seul et l’unique « Maire de Montreuil », son Prince (Waly). Pour elle, il ralentit son flow et donne la réplique en mode crooner, au volant d’une merco décapotable couleur vanille dans un clip qui fleure bon l’amour. Fermez les yeux, posez vous aussi le coude à l’air sur la portière, profitez du voyage et dites : « Enchanté, Julia ».

Jazzboy – Jesus Jazz

Les îles volcaniques, c’est assez incroyable. Ceux qui ont déjà posé les pieds à La Réunion, en Sicile, au Japon, savent qu’il y flotte une énergie incomparable. Aussi épaisses soient les croûtes qui nous séparent d’elle, la lave finit toujours par se manifester en nous. On n’en sait rien, mais c’est peut-être pour cela que Jazzboy est allé tourner le clip de « Jesus Jazz » en Islande. Pour trouver l’énergie qui correspond à sa folie créative. Jazzboy, c’est Jules Cassignol, parisien aperçu au sein de Los Aves, qui dévoile son nouvel avatar depuis un peu plus d’un an, coups de morceaux où le groove finit toujours par percer la douceur, et avec des clips où le second degré côtoie merveilleusement la poésie. Alors filez écouter « Jazzboy », « Bored In Bora Bora » et « Harlem » avant de vous perdre dans les somptueux paysages islandais capturés par la réalisatrice Victoria Hespel.

Youssoupha – Polaroid Experience

Il y a des rappeurs à qui il suffit parfois d’un morceau pour poser leur patte sur l’histoire du genre. En 2007, Youssoupha sortait le morceau « Éternel recommencement », classique éternel, justement, confirmé avec l’album À Chaque Frère qui lui faisait atteindre quasi instantanément le statut de « futur meilleur rappeur français ». En trois albums entre 2009 et 2015, Youssoupha aura traversé réussites et échecs pour mieux se retrouver à la manoeuvre du label Bomayé Musik, récemment couronné de succès via son poulain Naza, fournisseur officiel des playlists des champions du monde. La semaine dernière marquait son retour, avec un nouvel album qui s’ouvrait sur le morceau titre « Polaroid Experience » : performance sincère et virtuose d’un rappeur qui se dit proche de la retraite, mais qui sait encore mieux kicker que beaucoup de ses cadets.

Jon Hopkins – Singularity

Dans son album Singularity sorti au printemps dernier, Jon Hopkins construit des ponts entre deux mondes que l'on peut penser antinomiques mais qui fusionnent dans la transe : le dancefloor et la méditation. Au beau milieu de cercles électro infernaux, le producteur anglais, dans un état de semi-conscience, se fraie un chemin vers l'exosphère. Forcément, ça donne envie de somnambuler avec lui. En mai dernier, il confiait à i-D la clé de ses escapades transcendantales : « Je me suis tourné vers la méditation à la fois pour retrouver le sommeil et voir l’effet du calme sur ma vie et ma créativité. Ça m'a mené vers très bel et profond état de transe. J’ai ensuite remarqué que Singularity sonnait différemment et c’est une des explications. » À vos tutos.

Jardin – Épée

En 2014, sur son album Or Noir Part.2 et parmi la centaine de punchlines « métagore » qui ont fait son succès, Kaaris glissait une phase en particulier, sur le morceau « Sombre » : « Où sont ces pédés ? J’leur ouvre le front à l’épée ! » Quatre ans et une Bataille d’Orly plus tard, la provocation a enfin une réponse. Un renvoi artistique signé d’un punk dénommé Jardin, qui s’attaque aux sorties de route du rap en revenant à son premier amour et sa première pratique : le rap justement. Il nous expliquait la semaine dernière : « Avec le morceau « Épée » je voulais apporter un commentaire à une culture du rap, qui est la pop d'aujourd'hui. Je suis toujours très inspiré par l'énergie des rappeurs mais plus ça avance moins je peux en écouter. Même les rappeurs que j'aime finissent toujours par poser des punchlines insoutenables, homophobes, transphobes, misogynes. » Alors on pose ça là.

Tommy Genesis – Daddy

À chaque nouveau son de Tommy Genesis, le monde piétine d'impatience à l'idée de découvrir le clip qui l'accompagnera. Il faut dire que les vidéos de ses titres « Tommy » et «Lucky » nous ont habitués à la découvrir toujours plus intime et confesse, ici se prélassant dans un bain moussant ou là, chevauchant une moto en porte-jarretelles et blouson à franges. Son nouveau morceau « Daddy », extrait de son album éponyme dont la sortie est prévue cet automne chez Downtown Records, promet de faire grimper une nouvelle fois le mercure. Et ça tombe bien, car Paris se fait de plus en plus froid.

Josman – Sourcils froncés

On vous le disait dernièrement, le monde de la musique, et particulièrement du rap cette année, est en telle effervescence en septembre qu’il faut être tactique. Faire des choix, établir des priorités, comprendre qu’une bonne écoute est une écoute qui n’est pas trop encombrée et qui prend son temps. Parmi ces priorités ce mois-ci, il fallait garder J.O.$, premier album d’un rappeur qui, justement, prend son temps parce qu’il rappe déjà depuis de nombreuses années. Et parmi les 16 titres où Josman s’étale avec aisance – effortless – on a choisi « Sourcils froncés ». Tout est là : le flow, le charisme, les punchlines, et finalement on parvient même à en apprendre un peu sur lui.