Courtesy of Alex Brunet

Arthur Kar ou l’art des belles mécaniques

Au fil des années, Arthur Kar a su ériger la voiture comme un véritable art de vivre. En s’inspirant de ses souvenirs de jeunesse et de sa passion pour l’automobile, il a créé un univers bien à lui à la convergence du lifestyle, de la mode et de l’art.

par Claire Thomson-Jonville
|
13 Août 2020, 9:00am

Courtesy of Alex Brunet

Depuis sa jeunesse au Liban, où son père tient un garage dans lequel il commence à travailler jeune, jusqu’à aujourd’hui, Arthur Kar défend une vision démocratique de la voiture tout en maîtrisant les codes de l’exception et de la rareté qui font l’essence même du luxe. Arthur Kar se crée ainsi au fil du temps une iconographie et un imaginaire singuliers qui infusent aujourd’hui ses marques Kar et L’art de l’Automobile.

En combinant sa passion et son savoir-faire pour les voitures ainsi que sa connaissance de l’art et de la mode, Arthur Kar a su créer un véritable lifestyle autour de ses pièces de collection. À travers sa marque de vêtement et ses créations, il en ressort un style singulier et conceptuel où se conjugue divers horizons et influences. En cherchant constamment l’équilibre entre une conception haut de gamme et l’influence de la street culture, Arthur Kar souhaite ainsi partager sa passion au plus grand nombre sans que la voiture ne soit seulement affaire d’étiquette ou de milieu afin qu’elle soit au contraire vectrice d’expérience, de souvenirs. Et pourquoi pas, de passion.

Rencontre avec Arthur Kar, propriétaire de L’Art de l’automobile et Claire Thomson-Jonville, directrice de la rédaction i-D France.

Hello Arthur, cela fait maintenant quatre ans que l’on se connaît. Pourrais-tu raconter aux lecteurs d’i-D France ton parcours et ce qui t’a mené à cette carrière dans l’automobile ?

Ma passion pour la mécanique et les voitures a commencé presque quand je suis né. Je pense que cela commence aussi dans l’environnement où tu grandis. Je déteste quand on dit que les Ferrari et Porsche appartiennent aux riches, c’est facile de dire ça parce que les choses coûtent chers et que l’on n’a pas tous les moyens de se les acheter mais je pense qu’il ne faut pas faire partie d’une catégorie pour être propriétaire de ces voitures. Il ne faut pas nécessairement être joueur de foot, de basketball ou bien homme d’affaire. Quand je n’avais rien, j’étais comme les gamins d’aujourd’hui qui n’ont pas grand-chose et qui rêve de posséder quelque chose. Donc j’essaye toujours de montrer qu’une voiture, c’est comme une planche de surf ou de skate : si tu veux t’initier, tu peux t’y mettre.

Tu es entré chez Porsche dès l’âge de 16 ans, il semble que cette passion te soit venue jeune, quand as-tu commencé à t’intéresser aux voitures ?

Jeune, j’ai commencé à travailler dans le garage de mon père au Liban et c’est là où j’ai appris à connaître les voitures et notamment la Golf. Le logo de ma marque représente une Golf car j’en possède une depuis toujours. J’ai grandi dans cette voiture, c’est la première que j’ai aimée. Je n’avais jamais été attiré par les Ferrari ou les Porsche. J’aimais les voitures, je voulais déjà les conduire, mais j’aimais autant le basketball, le BMX, le skateboard ou le sport. Tout ce qui m’inspire aujourd’hui date de ces moments de jeunesse. J’ai d’ailleurs gardé contact avec mes copains avec qui j’ai grandi à Epinay-sur-Seine, je continue de les voir parce que cela me fait plaisir et que cela me rappelle des souvenirs. Quand on sortait de l’école et qu’on voyait une Mercedes Classe S passer, pour nous c’était intouchable ! On voulait tous ressembler à ce « Monsieur ». Cela nous inspirait. Puis, j’ai eu la chance d’être embauché par Porsche à l’âge de 16 ans pour faire de la mécanique en alternance car nous avions quelques problèmes financiers. Je m’y connaissais déjà bien en voiture car je travaillais dans le garage de mon père. Heureusement qu’ils m’ont accepté, parce que ça a véritablement lancé ma petite carrière et c’est là que s’est approfondie ma vision de l’art de la voiture.

1595954038292-arthur-1
Courtesy of Alex Brunet

Comment cette vision s’est-elle forgée au fil du temps ?

C’est un tout. En regardant les parents de mes copains qui avaient les moyens d’avoir un lifestyle incroyable autour des voitures, en observant les clients qui arrivaient chez Porsche avec des goûts très différents, chacun avec son propre style et aussi en évoluant avec mes amis qui travaillaient dans la mode… En percevant comment eux voyaient les choses, j’ai appris à les interpréter à ma manière. Depuis le départ, j’ai toujours eu une vision très claire de l’automobile. C’est pour cela que je tiens à insister sur la Golf rouge de ma jeunesse : une Ferrari n’est pas mieux qu’une Golf rouge. Une voiture, c’est un état d’esprit et un style en fait. C’est comme porter une paire blanche de Nike Air Force 1 finalement. En fonction de la fille qui les porte, le style changera et une les portera certainement mieux que les autres. Et bien, c’est la même chose pour les voitures.

Je te vois souvent assister à des défilés, tu es très proche du milieu de la mode. As-tu l’impression de faire partie d’une génération de créatifs ?

En fait, je suis dans ma bulle. Parfois, il y a tellement de trucs que j’aimerais faire et que je ne fais pas car je n’ai pas le temps ou parce que je me dis que les gens ne vont pas comprendre. Il y a tellement de choses que je fais tout seul aussi et que je ne publie pas sur Instagram. Peut-être que cela pourrait cartonner mais ça ne m’intéresse pas car je suis dans ma bulle. Je suis content de me satisfaire avec les choses qui me parlent et qui me touchent. Je suis entouré de très bons designers mais je ne me considère pas comme eux. Je bosse dans la mode discrètement, à ma façon. Et je bosse avec qui je veux bosser, rarement avec mes potes. Depuis 2015, j’ai créé ma marque Automobile culturel qui est un peu poussée comme une marque de mode parce qu’on fait tout nous-même “in house”. Tout est à notre forme, avec les qualités que l’on souhaite et que l’on apprécie. Même si j’assiste à tous les shows et que je vois mes amis évoluer dans ce milieu, je ne me considère pas comme eux. Pour moi, ce sont des génies. J’essaie de montrer à travers un univers automobile qu’il y a quelque chose qui se passe et qu’il ne faut pas juger sans connaître. Cela peut te toucher même si tu ne t’intéresses pas aux voitures.

Tu es très présent sur les réseaux sociaux, dans quelle mesure cela a-t-il joué un rôle dans la construction de ta marque ? As-tu une stratégie digitale depuis le début ?

J’ai un plan oui, mais on ne peut pas tout faire, donc on avance petit à petit. Je me suis adapté à Instagram et j’ai réalisé mon plan pour l’univers de L’Art de l’Automobile en 2011 quand j’ai monté la marque. Mais je suis aussi beaucoup au day-to-day, ce que je fais au quotidien ne correspond pas forcément à un plan avancé. Je m’adapte d’abord à ce que je ressens, je le fais et si ça marche tant mieux. Si ça ne marche pas, tant pis. Mais tout ce qui est relié à l’image et à la créativité de L’Art de l’Automobile, cela je l’ai vraiment créé en 2011.

Si tu devais identifier un moment déterminant dans ta carrière, quel serait-il ? Un moment où tu as pris conscience que tu faisais de ta passion un business.

Je crois que je ne m’en suis jamais trop rendu compte. J’ai toujours cru en ce que je faisais même si on a tenté de me ralentir, dans tous les sens du terme. D’anciens patrons et des personnes finalement pas très « corporate » ont tenté de me décontenancer mais c’est aussi à ce moment-là que j’ai compris que je tenais quelque chose que les autres n’avaient pas. Quand tu vends une voiture que tu as toujours voulu vendre ou quand tu achètes une voiture que tu as toujours voulu acheter, ce sont de bons moments. Mais selon moi, il n’y a rien de mieux que lorsque tu avances avec ta vision et ce que tu as en tête. Ce que j’aime, c’est casser les barrières et les frontières. Je n’aurai jamais pu imaginer à l’époque avoir une marque de vêtements L’Art de l’Automobile sur Dover Street.

1595954083644-1
Courtesy of Alex Brunet

Tu as lancé la branche “fashion” de L’Art de l’Automobile en 2011, quel a été le déclic pour te lancer dans cette nouvelle aventure ?

En observant mes copains et les jeunes que j’apprécie, je me suis rendu compte qu’il n’y avait personne qui portait quelque chose reliée à l’automobile. J’ai regardé toutes les marques automobiles existantes et je me suis dit que moi-même je n’avais rien dans ma garde-robe qui appartenait à cet univers. J’avais pleins de belles pièces de mode, de designers, même de skateboard... Mais le peu de pièces que je trouvais dans les marques automobiles étaient souvent mal coupées. De temps en temps, j’achetais des tee-shirts ou des pièces vintages dans les pompes à essence aux États-Unis mais je ne les portais qu’une fois puis je m’en lassais. C’est suite à cette réflexion que tout a commencé et que j’ai voulu créer ma marque. J’ai annoncé à mon équipe que j’allais arrêter le consulting à droite à gauche et que j’allais créer un projet pour nous. Au départ, je pensais le faire pour rigoler et voir ce que cela donnerait. J’ai d’abord créé le premier logo principal de L’Art de l’Automobile, en 2011, tout seul. Puis on l’a retranscrit sur un tee-shirt pour l’équipe et très vite, tout le monde a fini par nous le demander. On l’a mis aussi sur le site internet et il s’est très bien vendu. On a donc décidé d’en faire une marque et on a eu la chance d’avoir des magasins comme The Broken Arm à Paris qui nous ont supporté tout de suite et qui nous ont mené là où l’on est aujourd’hui.

Tu as plusieurs activités que tu mènes de front entre l’automobile et ta marque de mode… En anglais, on utilise le terme “multi-hyphenate” pour désigner quelqu’un qui a plusieurs casquettes. Concernant la vente de voiture, comment travailles-tu ?

J’ai d’autres personnes qui vendent pour moi. J’ai vendu des voitures pendant longtemps et je continue encore quand cela m’amuse mais je suis plus concentré sur la marque maintenant. Je veux toujours conduire les voitures, les utiliser et vivre avec. Alors, certains diront “Arthur, la vente, c’est en lui !” Peut-être. On a tous un commerce en nous et j’aime bien en faire parfois mais finalement ce que je préfère, c’est vendre une voiture comme ça à un ami ou à un client que j’aime beaucoup et qui me fait confiance depuis très longtemps. C’est aussi une question de confiance.

Mais j’imagine que tu fais toujours du sourcing pour certains clients à la recherche de voitures spécifiques ou de pièces de collection ?

Oui, cela arrive toujours. Cela m’amuse de le faire. Mais maintenant que j’ai cette réputation et que les gens connaissent de plus en plus L’Art de l’Automobile, lorsque j’appelle des gens qui ont des voitures un peu spécifiques, une fois sur deux, ils veulent la vendre trop chère parce qu’ils savent que c’est moi. Donc, ça ne m’amuse plus vraiment. C’est drôle de chiner des voitures mais aujourd’hui je suis vraiment poussé par tout ce qui est créatif. J’aimerais ouvrir des magasins L’Art de l’Automobile dans le monde entier pour que les gens puissent vivre des expériences et que la voiture leur rappelle un moment précieux sans forcément qu’ils en aient une.

Durant le confinement, tu as encore une fois changé de casquette en livrant de la nourriture pour

Circus Bakery

. Quel impact cette expérience a-t-elle eu sur toi, sur ta vision du business et de la vie en général ?

Mes amis chez Circus m’ont appelé et m’ont demandé de leur prêter une voiture parce qu’ils lançaient un site internet pour livrer de la nourriture. Je leur ai dit que je ne faisais rien à cause du confinement et que j’avais du temps la journée à Paris. Je leur ai donc proposé de faire moi-même les livraisons. J’ai été livreur de sushis après mon travail chez Porsche quand j’étais jeune car des amis tenaient un petit restaurant dans le 16e arrondissement. Je faisais les livraisons avec mon propre scooter et je mangeais des sushis le soir. Donc je me suis dit, pourquoi ne pas le refaire ? J’étais content d’aider des gens dans le besoin. Tous avaient une très bonne réaction en voyant les livreurs arriver en Porsche, en Fiat électrique ou en 4x4… Quand j’ai fait ma première journée de livraison, je me suis dit que les gens étaient heureux et cela m’a encore plus motivé. Chaque matin, je prenais plaisir à le faire car je savais que j’allais rendre les gens heureux et leur donner le sourire. J’ai même offert du pain à des pompiers ou à des agents de police que je croisais par sympathie. Il y avait vraiment une énergie spéciale !

Quels sont tes projets pour la suite et plus particulièrement pour L’Art de l’Automobile ?

Il y a plein de belles choses à venir mais on ne peut pas tout dire. Mais ce qui m’excite le plus, c’est d’ouvrir le café L’Art de l’Automobile et le magasin. Je veux créer des lieux où les gens aient plaisir à se retrouver et qui font partie de leur vie.

Tagged:
Paris
voitures
Arthur Kar
L'Art de l'Automobile