Keedron Bryant: « Les gens ont besoin d’entendre le peuple noir pleurer »

Le mega tube du chanteur de treize ans « I Just Wanna Live » capture la complexité de ce que ça veut dire être noir aujourd’hui.

par André-Naquian Wheeler
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28 Septembre 2020, 12:31pm

Cet article a initialement été publié dans le premier chapitre du numéro des quarante ans de i-D (1980-2020) : Up + Rising, qui a pour but de célébrer des voix noires extraordinaires.

i-D a rencontré plus de cent activistes et artistes, musiciens et écrivains, photographes et créatifs, à Atlanta, Baltimore, Minneapolis, Los Angeles, New York, Paris et Toronto.

Exprimer la douleur profonde et le traumatisme de la communauté noire américaine, tout particulièrement en cette année 2020, pourrait être intimidant. Les tragédies semblent se suivre : George Floyd, Breonna Taylor, Rayshard Brooks, Daniel T. Prude. Le chant emprunt de Gospel de Keedron Bryant, 13 ans, « I just wanna live, God protect me » capture les complexités de ce que signifie vivre ce moment en étant noir. La chanson est puissante, fortement émotionnelle, car elle exprime comment être noir est déjà un sentiment épuisant dans le monde d’aujourd’hui. Bryant devrait s’inquiéter de choses comme  avoir ou non de l’acné ou faire ses devoirs, pas avoir peur de mourir sous les coups de policiers violents.

Mais quand Keedron partage le récit du moment où ses parents ont du s’assoir avec lui et sa soeur pour leur expliquer d’être « safe and careful » à l’extérieur, en raison de la couleur de leur peau, on comprend bien que l’insouciance de la jeunesse n’a jamais été une option pour lui, comme beaucoup de jeunes noirs aux États-Unis. « Ils nous ont dit qu’on était noirs aux États-Unis, et qu’on devait toujours se rappeler de ça quand on sortait de la maison, ou même dans notre maison, comme on l’a vu avec Breonna Taylor, on ne peut même pas être en sécurité chez nous, il s nous ont dit qu’on devait reconnaitre et se souvenir de ça. Ils nous dit de toujours avoir confiance en dieu pour nous protéger » explique Keedron, depuis la maison de ses parents à Jacksonville en Floride.

Keedron-Bryant
Keedron Bryant wears all clothing model’s own.

Comment un ado de treize ans parvient à créer un hymne apaisant dans cette période de tourments ? Keedron explique que la mort de George Flyod, et les manifestations qui ont suivi qu’il a vu à la télé ou online l’ont inspiré à enregistrer « I Just Wanna Live ». Il raconte « Ma mère a demandé à dieu de me donner quelque chose qui pourrait m’aider à traverser cette épreuve. Dieu a donné les paroles à ma mère et elle m’a donné les paroles en retour ».

La première mouture de « I Just Wanna Live » était simple. Bryant a chanté la ballade a capella devant son iPhone avant de l’uploader sur YouTube et les réseaux sociaux. En quelques jours, la ballade est devenue virale, rassemblant des centaines de milliers de vues, et éveillant même l’attention du producteur magnat du hip-hop Dr. Dre. Moins d’un mois plus tard, Bryant signait avec une maison de disque importante pour enregistrer une version produite de la vidéo, avec des drapeaux confédérés qui brulaient et des images de reconstitutions des manifestations Black Lives Matter pour accompagner ce tube énorme que l’on attendait pas.

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Selon Bryant, le public a accroché avec la chanson car « c’était le bon moment de sortir ce message, et de continuer à diffuser un message d’amour ». Mais Bryant ne se limite pas à ce moment pour autant. Il savait qu’il voulait devenir chanteur depuis ses sept ans, et il a passé une bonne partie de son enfance à regarder et étudier des performances de chanteurs Gospel que son père lui montrait en DVD. Il avait déjà donné des concerts, participé à des comédies musicales à l’école (La Belle et la Bête & Les 101 Dalmatiens), des chorales ou des concours de talents. Quand on entend Bryant parler de son amour pour la musique, avec tellement de confiance et d’aisance, c’est indéniable qu’il a toujours été destiné à utiliser son talent pour aider les autres.

Mais est-ce que Bryant n’est pas frustré d’être obligé aussi jeune de témoigner et de naviguer au sein d’un monde si sombre ? Est-ce qu’il ne préférerait pas chanter sur ses amourettes à l’école ou trainer avec ses copains ? Il reste souriant et inspirant pendant qu’il réfléchi à sa réponse. Puis il explique : « Quand j’ai enregistré la chanson au début, je ne dirai pas que j’avais peur de délivrer ce message, j’étais simplement heureux de pouvoir le partager. Parce que c’était nécessaire. Les gens ont besoin d’entendre le peuple noir pleurer ».

Keedron-Bryant
Keedron-Bryant

Crédits


Photographe Nuvany David.

Directeur de casting Samuel Ellis Scheinman for DMCASTING.
Assistant casting Alexandra Antonova.

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