Marie Deteneuille a passé six mois à photographier une amie en deuil

À la suite d'une disparition dans sa famille, Gigi, une amie proche de la photographe, s'est installée seule dans une tour d'habitation à Paris. La série « Gigi Mars-Septembre » capture cette période.

par Flossie Skelton
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18 Mars 2022, 12:53pm

“Je ne peux pas vraiment imaginer un projet si je n'ai pas déjà le sujet, la fille”, dit Marie Deteneuille. "Elles m'inspirent toujours quelque chose". La photographe qui vit à Paris parle de son processus : comment ses images prennent vie lorsqu'elle tombe sur le bon sujet. Le travail personnel de Marie, presque toujours réalisé dans la rue, se concentre autour de portraits romantiques de jeunes femmes. Il s'agit de femmes à la fois fortes et de vulnérables, espiègles et sincères.

Lorsqu'elle ne prend pas de photos de commande pour des clients tels que Chloé ou Valentino, Marie est attirée par des sujets en plein "âge de transition", capturant l’entre-deux dans lequel se trouvent de nombreux jeunes gens. Ces photographies représentent un équilibre délicat entre des modèles conscients d'eux-mêmes et des sujets documentaires candides. Ainsi, lorsqu'une amie de longue date s'est retrouvée l'année dernière à un moment crucial de sa vie, Marie s'est sentie obligée de le capturer. C'est l'histoire de son nouveau projet : « Gigi March-September ».

a woman in a bedroom wearing a towel robe and wrap around her head


En 2021, après une disparition dans sa famille, Gigi, une amie de Marie, déménage temporairement dans un appartement situé en haut d'une tour de la banlieue parisienne. De grandes fenêtres emplissent l'endroit de lumière et permettent à Gigi de fixer le ciel à perte de vue. Elle digère les événements passés, vit au milieu de cartons et de vieilles possessions familiales, sans savoir ce que l'avenir lui réserve.

« Gigi March-September » est une boîte en carton faite à la main de onze tirages, documentant Gigi pendant cette période. Les images sont simples et sans fioritures : des moments volés de Gigi sortant tout juste de la douche, ou parlant au téléphone, tissés parmi des portraits posés qui nous rappellent la présence de Marie en tant que photographe. "Je n'avais aucune idée de la durée de cette période ni de ce qui allait se passer", dit-elle. "Peut-être que personne [dans la famille] ne voulait s'en souvenir. Mais en même temps, il s’agissait de moments importants."

a black ad white portrait of a woman with her hand above her head, looking out of frame

Ces images sont une lettre d'amour à Gigi elle-même, ainsi qu'un hommage à leur relation et une rêverie décomplexée sur les changements qui viennent avec le temps. "Gigi peut être très intime avec les gens, mais elle ne veut pas toujours parler de ses sentiments", explique Marie. "Le projet consistait donc plutôt à parler. C'était simplement une forme de discussion différente."

La forme physique de l'œuvre est destinée à imiter une vieille boîte de photographies qu'on a oubliées mais que l'on chérit lorsqu'on les retrouve par hasard des années plus tard ; des moments qui semblent sans importance au moment du clic mais qui deviennent des souvenirs puissants d’une époque désormais révolue. Sally Mann a eu une influence déterminante sur Marie au début de sa pratique, et des thèmes similaires de la mémoire, de l'intimité et des êtres chers ont persisté dans son esprit. "Je suis assez attachée aux objets, aux souvenirs, à la nostalgie", dit-elle. "Comme tous nos vieux albums de famille qui n'existent plus vraiment".

a photo of a woman lying on her back with light shining on her face

Ayant passé une grande partie de sa jeunesse avec son père et son frère, Marie estime que son amour pour la forme féminine est né d’une sorte de curiosité. Le dessin est le premier domaine dans lequel elle a expérimenté : nus, anatomie, puis mode. Plus tard, elle s'est mise à la photographie au Camberwell College of Arts de Londres, où ses dessins ont parfaitement inspiré ses photographies. C'était une époque où les conversations sur le regard féminin commençaient à éclater dans la photographie. Mais, si elle reconnaît l'importance de ces discours, Marie n'a jamais voulu que ses images soient lues à travers un prisme féministe. "Je ne voulais pas que mes images soient aussi politiques", dit-elle.

Ce qui est unique dans l'approche de Marie, tant dans son travail de mode ou dans sa pratique personnelle, c'est qu'elle s'abstient de diriger, ou même de vraiment parler, pendant les séances de photos. C'est parfois "gênant", dit-elle en riant, mais c'est un processus auquel elle fait confiance - et elle demande à ses sujets de faire de même. Avec Gigi, la confiance dont elle avait besoin s'était construite il y a longtemps. "Je connais Gigi depuis l'âge de dix ans", ajoute-t-elle. Elle était toujours en face de moi. Ce type de photographie rend toujours le sujet vulnérable. Mais cela peut être dans le bon sens. Et notre relation à long terme m'a permis de montrer cela."

a woman in front of a window, wearing only underwear and a cropped leather jacket
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