Courtesy of Dan Boulton

Lucide et optimiste : Tiakola est ce qui pouvait arriver de mieux au rap français

En solo ou en featuring, Tiakola cumule les tubes et voit des millions de gens se déhancher sur ses chansons. i-D a rencontré le rappeur-chanteur de 22 ans, hyper enthousiaste, bavard et conscient de devoir penser sa musique à long terme.

par Maxime Delcourt
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09 Juin 2022, 11:28am

Courtesy of Dan Boulton

À parler avec Tiakola, on se dit rapidement que le Parisien est un garçon de son temps. Chaque phrase est ponctuée par une expression, typique de son âge : « Tu connais », « t'as capté », « on se sait », etc. Il y a même des tics de langage, comme ce « et tout » placé à tout-va, comme si la formule valait mille mots, et autant d’explications. Il ne fait aucun doute que ce jeune homme, 22 ans, se présente sans masque, avec le naturel de ceux à qui tout réussi. Chacune de ses apparitions le prouve : qu'il collabore sur les morceaux des autres (Gazo, Dinos, Dadju, Leto), tous attirés par sa science du refrain chaloupé, ou en solo, Tiakola tutoie la même réussite. Les chiffres en attestent : le clip d’« Étincelle (Maradona) » cumule 13 millions de vues, tandis que sa page artiste Spotify rassemble près de 2,6 millions d'auditeurs mensuels.

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La réussite ne saurait toutefois se résumer à quelques statistiques, aussi flatteuses soient-elles. Chez Tiakola, elle se matérialise aussi par des collaborations avec le monde de la mode, des concerts en Afrique et la reconnaissance de ses pairs. À commencer par Dinos, qui file parfois un coup de main à l’écriture, et Niska, son mentor. « C’est vraiment lui qui m’a appris à penser un album, à varier les émotions, à prendre mon temps pour trouver l’inspiration, mais aussi à constamment progresser, aussi bien sur le plan lyrical que dans la mélodie ».

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À l’écouter, on comprend que Mélo, son premier album, aurait pu sortir il y a quelques années. Les propositions étaient là, le buzz était déjà réel, de même que l’intérêt de son label (Wati-B), mais Tiakola a préféré prendre son temps. « Je ne me sentais tout simplement pas prêt, pose-t-il, clairvoyant. Je suis issu de 4Keus, un groupe qui a connu du succès rapidement. Je sais ce que c’est que de se précipiter et là, je voulais faire les choses proprement. D’autant qu’il fallait que j’apprenne à écrire davantage : avant, je n’avais jamais à penser aux deuxièmes couplets… » Sur sa lancée, persuadé de devoir continuellement faire évoluer son style, le Parisien lâche cette confession : « Sur mon album, des titres comme “Coucher de soleil” et “R.I.Peace” n’auraient pas pu exister il y a deux ans. Il fallait que je digère la cloud music, que je parvienne à l’intégrer dans mon univers ».

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Hasard ou non, ces deux morceaux sont placés en conclusion de Mélo, comme pour indiquer à l’auditeur les multiples pistes envisagées pour l’avenir. En attendant, ce sont bien des chansons comme « La clé », « #TT » ou « Ärsenik » son évident clin d'œil aux auteurs de Quelques gouttes suffisent, qui emportent l'adhésion. Parce qu'elles empruntent leur grammaire au R&B, aux musiques congolaises, à la drill ou à la trap. Parce qu’elles contiennent des phrases pensées pour accrocher l’oreille, plus courtes, plus virales. Mais aussi parce qu'elles sont à son image, joviale, optimiste, débordante d'énergie.

Tiakola a beau prétendre observer les gens avant de pouvoir commencer à se livrer, c’est bien sa vitalité qui séduit. Qu'il parle de rap, de sapologie, de son amour pour Nike (« J'aurais vraiment réussi le jour où je tourne une pub pour eux ») ou de football, le Parisien s'exprime systématiquement avec entrain, selon un enthousiasme impossible à canaliser. Même constat lorsqu'on évoque les clips, un format qui l'inspire particulièrement, encore plus que le cinéma, les séries ou toute autre forme d'art visuel. « J'ai grandi en regardant W9 et MTV Base, des chaînes où on pouvait voir les vidéos des plus grands tubes des artistes. Par la suite, je me suis pris en pleine face “Le monde ou rien” de PNL, “A Milli” de Lil Wayne ou même des clips à la Johnny, ça été une révélation pour moi. »

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Dans les clips de Tiakola, peu de filles, pas vraiment de grosses berlines. À la place, celui que ses potes surnomment « la mélo » (d’où le titre de son premier album) privilégie les petits pas de danse, les moments entre potes, l'attitude. Moins dans une volonté de se démarquer que d’assumer sa vie, rythmée par les délires au quartier, les voyages (« Je sens que ça me fait changer d’état d’esprit à chaque fois, ça me nourrit »), les réflexions sur son projet artistique (« J’veux pas être ton idole, mais ton inspiration », chante-t-il) et les longues sessions studio aux côtés de ses beatmakers (Ponko, Prinzly, Twinsmatic, etc.). « Parfois, je peux y rester une semaine, simplement pour me cultiver et écouter de nouvelles musiques ».

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Cela a tendance à inquiéter sa mère, chez qui il vit toujours : Tiako serait trop investi, pas toujours joignable, écouterait constamment de la musique, trop fort, trop longtemps. Lui, préfère ne pas voir ce mode de vie comme un problème. Après tout, la musique a toujours fait partie de son quotidien, notamment le gospel, ce style qui aurait forgé son oreille et lui aurait donné le goût de la mélodie. Lucide, le rappeur de la Courneuve a surtout conscience de devoir toujours en faire plus pour perdurer. En exemple ? Cristiano Ronaldo, « un gars qui travaille dur depuis toujours pour être le meilleur et rester au top ». Traduction : Tiakola n’a aucune intention de rester sur ses acquis. « L’important, conclut-il, c’est de donner vie à de vrais projets, qui vieillissent bien. Les disques d’or, les statistiques d’écoute, ce n’est que du bonus ».

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