À la fashion week de Barcelone, mode genderless et réflexions sur le corps

Pour sa deuxième édition digitale, l’événement 080 Barcelona Fashion réunit le meilleur de la jeune création catalane et investit la célèbre Casa Milà avec 22 créateurs. Focus sur 4 d’entre eux.

par Claire Beghin
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29 Avril 2021, 5:30pm

Barcelone plie, mais ne craque pas. Alors que la capitale catalane fait tout pour maintenir ses activités commerciales et culturelles malgré la crise sanitaire et les mesures de confinement partiel, la fashion week locale 080 Barcelona Fashion dévoile sa deuxième édition digitale, une façon de continuer de faire vivre l’un des viviers mode les plus créatifs d’Europe. La mode catalane, c’est ce mélange de théâtralité, de pragmatisme et de second degré, ancré dans l’un des berceaux de l’industrie textile espagnole et dans un vaste héritage surréaliste et moderniste. Une mode tournée vers une philosophie inclusive et un certain sens du geste, avec près d’un quart de collections non-genrées et des créateurs plus soucieux de nouer un rapport sensé entre corps et vêtement que de cocher les cases des tendances. Pour marquer le coup de cette édition particulière, 080 Barcelona Fashion investi la célèbre Casa Milà de Gaudi, où ont été filmés les défilés et performances artistiques initié.es par les créateurs locaux. i-D France vous en présente quatre, sur qui garder l’oeil ces prochaines saisons.

Paloma Wool

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Paloma Wool, c’est un peu un condensé de tout ce qu’on a envie que la mode soit aujourd’hui : facile, fun, confortable, adaptable et consciencieuse. Paloma Lanna, native de San Sebastian élevée à Barcelone, produit ses collections localement, dans une démarche qui questionne notre rapport aux gestes vestimentaires : un cordon qu’on noue, un décolleté qu’on replace, une robe en maille sur laquelle on tire pour lui donner de la longueur. Baptisée Friendship is universal, sa dernière collection, imaginée en plein confinement, rend hommage à ses jeunes amitiés dans la Catalogne des années 90 et à la notion de collectif. Celui qu’elle forme avec ses équipes et collaborateurs, comme avec sa clientèle et la scène créative qui l’entoure. Elle a d’ailleurs fait appel à des artistes comme Nicolas Feriche, Flor Violeta Sobrequés ou Chloe Campbell pour réinterpréter ses vêtements selon leur forme d’expression personnelle, travail mis en lumière dans une installation dédiée. « J’ai voulu donner de l’espace à d’autres artistes, que j’admire et en qui j’ai confiance. Apporter une vision collective de ce que peut être la mode aujourd’hui. » déclare-t-elle. Des valeurs qui replacent la recherche artistique au centre du propos de la mode, et qui s’épanouiront on ne peut mieux dans les années à venir.

On Rush 23 FH

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À moins de 30 ans, Albert Sanchez et Sebastian Cameras ont déjà habillé les personnalités les plus cool, dont la chanteuse argentine Nathy Peluso, la DJ espagnole Sita Abellan ou Christine and The Queens. Leur mode est non-genrée, portée sur la conscience du corps et des espaces dans lesquels il évolue. Les chemises sont déconstruites, les vestes en cuir transformées en robes ultra sexy, les bodies ouverts, le tissu twisté sur le corps… tout est affaire de mouvement et d’énergie, en écho au travail des artistes Takis et Peter Sedgley, deux figures de l’art cinétique qui ont inspiré leur nouvelle collection. « Nous utilisons la mode comme un véhicule, comme un lien pour donner de la visibilité aux énergies qu’on ne voit pas. » affirment-ils. « C’est un processus assez empirique, construit autour du corps des mannequins. Quand on parle de silhouettes et de pièces, on ne s’adresse pas à un genre, on s’adresse à qui aura envie de les porter. »

LR3

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Si la mode participative n’a pas encore achevé de faire ses preuves, le créateur Louis Rubi compte bien l’emmener loin - à son rythme, cela dit. Celui d’un développement pièce par pièce, en étroite collaboration avec sa clientèle et les personnes qui l’accompagnent sur le projet LR3, voulu totalement inclusif. Le principe : « Inspirer tout le monde à s’amuser avec les vêtements. On part d’une seule taille et d’un nombre réduit de patrons, qui servent à la collection de façon transversale. » explique Louis Rubi. En fonction des corps et des identités, les vêtements - faits à la commande, à Barcelone - évoluent et s’adaptent : plus ou moins près du corps, plus ou moins longs, plus ou moins lisses… une mode au service de l’identité de la personne qui la porte, « pour ramener de la fantaisie dans notre rapport à la consommation de vêtement, peu importe notre âge, nos origines, notre sexe ou notre culture. »

Victor Von Schwarz

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Pendant le premier confinement catalan, Victor Von Schwarz s’est plongé dans ses souvenirs d’adolescence. De ses vieilles photos, tickets de concerts et posters, il a tiré une collection inspirée de la Brit Pop et du morceau Disco 2000 de Pulp, un des classiques de ses jeunes années. Natif de Sabadell, province de Barcelone, de parents artisans de la laine, il a une attirance particulière pour les volumes radicaux et les couleurs pastels, qu’il travaille dans un souci d’harmonie entre les teintes et les formes, au rythme d’une collection par an. « Ça me permet de prendre le temps de vraiment faire ce que je veux. » affirme-t-il. « Je ne suis pas obsédé par les tendances, après tout on ne sait jamais ce qui va marcher. » Et le parti-pris paye : sa mode post-baby doll, attendrissante et caractérielle, a déjà convaincu H&M, avec qui il a collaboré, et des pop stars comme Lola Indigo, Aitana Mala Rodriguez ou Rosalia.

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