Les i-D News music de la semaine

Le grand retour d'Adele, la réédition d’une mixtape de Mac Miller, une interview avec Saint DX et Jazzy Bazz en plein egotrip. i-D fait le bilan de ce qu'il faut écouter en ce moment.

par Maxime Delcourt
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15 Octobre 2021, 1:22pm

"Easy On Me" : quand Adele fait appel à Xavier Dolan pour mettre en images son retour

Dans une interview récente, un journaliste demande à Adele si elle est inquiète qu'Ed Sheeran, autre grand nom du paysage musical actuel, fasse son retour le même jour qu'elle. Réponse de l'intéressée, un léger sourire aux coins des lèvres : "C'est à lui d'être inquiet". Une réaction qui ne ressemble en rien à un excès de confiance : six ans après son dernier album, "Easy On Me" est en effet ce que l'on peut appeler un événement, porté par une mélodie pop à faire chialer les durs à cuire, des cordes vocales toujours aussi puissantes et un clip réalisé par Xavier Dolan. Résultat : 22 millions de vues en seulement quatorze heures, et un premier tube pour "30", le quatrième et nouvel album d'Adele.

S’amuser sur un yacht avec Niska

Niska ne fait rien comme tout le monde, et le clip de « Mapess » en atteste. Alors que l'automne abat sa grisaille sur toute la France, le rappeur du 91 débarque avec ce qui ressemble à un bon gros banger estival : des filles en bikini, un yacht, des sessions de jet-ski et une mélodie chaloupée qui n'a d'autre but que d'envoyer de bonnes vibrations. Comme les Beach Boys en leur temps, mais dans un tout autre style.

Saint DX nous plonge dans les coulisses de son dernier projet, Unmixtape

« Quand on s’est tous retrouvés cloisonnés chez nous, dans cette ambiance de fin du monde lors du premier confinement, j’ai d’abord bien flippé. Et puis, progressivement, ce truc angoissant s’est transformé en un temps suspendu assez salvateur. De désœuvré, je me suis retrouvé hyper actif. Je me suis donc fixé comme objectif de sortir plusieurs chansons par semaine avec un temps de réflexion très court, voire quasi nul, entre le moment où j’enregistrais et celui où j’uploadais ces chansons sous le nom Unmixed. Après les avoir toutes sorties séparément, on a décidé avec mes labels (Because/Cracki Records) de les publier sous forme d’une compilation/mixtape : Unmixtape. Un titre quelque peu trompeur, dans le sens où les versions finales, présentes sur le disque, sont mixées et masterisées.

Pour l’enregistrement de ces morceaux, j’ai eu besoin de me connecter aux autres : de remodeler les accords de Joseph Schiano Di Lombo (sur « No Love »), d’éditer la voix de Clara Nowhere, la guitare de David Numwami (sur « A Phone Call »)…. J’ai adoré partager. Et « Ilya » en est un bon exemple. Mon ami Nelson Beer m’a envoyé un jour une chanson qu’il avait composée en pensant à moi. J’ai été très touché et très inspiré. On a rebossé la chanson ensemble sur plusieurs sessions. C’était la première fois que je chantais les mots d’un autre. Et j’ai souhaité répéter l’exercice. De là est née l’idée de reprendre deux morceaux sur ce projet : « All The Tired Horses » de Bob Dylan est un des titres que j’ai le plus écouté étant petit, tandis que « Gypsy Woman » une des chansons sur laquelle j’ai sans doute le plus dansé. D’ailleurs, ce n’est qu’au moment où j’ai commencé à la réinterpréter que je me suis rendu compte de la puissance et de la tristesse des paroles.

À travers Unmixtape, c’est vraiment ce que j’ai compris : le fait que reprendre des morceaux revient en quelque sorte à faire sienne la voix de quelqu’un d’autre, mais aussi l’envie de collaborer. Pour mon album, sur lequel je travaille en ce moment, je suis totalement dans cet état d’esprit. »

À voir : Jeen-Yuhs, la série-documentaire sur Kanye West

30 millions de dollars. C'est la somme qu'aurait déboursé Netflix pour acquérir les droits de la série-documentaire de Coodie & Chike, dont la diffusion est prévue sur la plateforme début 2022. Il faut dire que le contenu est prometteur, l'objectif de cette production étant de raconter en détails l'ascension du rappeur-producteur américain, probablement l’un des artistes les plus iconiques des vingt dernières années. Au programme : des scènes dans l'intimité de Kanye West, le délire médiatique qui a entouré sa campagne pour l’élection présidentielle américaine de 2020, le décès de sa mère, qui a inspiré son dernier album en date (Donda), et de nombreuses images d'archives. À commencer par celles visibles dans la bande-annonce, datées de 2002, où l'on voit un jeune Kanye, pas encore Yeezus, rapper aux côtés de Mos Def, avec un charisme et une intensité qui capte l’attention.

Le temps d'un week-end, Positive Education promet des nuits électroniques qui s'éternisent

En festival comme dans la vie, il s'agit toujours de varier les plaisirs. Une philosophie que Positive Education semble avoir fait sienne depuis sa création en 2015. Le line-up de son édition 2021 en atteste : d'un côté, des figures bien connues du paysage électronique (Jennifer Cardini, Brodinski, Manu Le Malin, Laurent Gardien) ; de l'autre, de possibles futures icônes (Coucou Chloé, Shygirl, LSDXOXO) ; et, au milieu de tout ce monde, une flopée d’artistes undergrounds qui ne demandent qu'à faire exploser les codes des musiques électroniques (Emma DJ, Anetha, Eris Drew, Crystallmess, Mika Oki). Ça se passe du 9 au 13 novembre à la Cité du Design de Saint-Étienne, ça annonce des nuits festives que l’on aimerait éternelles, et ça promet une belle fête, résumée par le mantra du festival : « Musique qui rêve, musique qui pense, musique qui vit et qui réunit ».

Faces, la mixtape oubliée de Mac Miller

Flashback. En 2014, Mac Miller ressort quelque peu lessivé de l'enregistrement et de la promotion de Watching Movies With The Sound Off, sorti un an plus tôt. Il cherche alors un projet capable de le stimuler autrement, de l'inciter à emprunter d'autres chemins musicaux, au sein desquels il pourrait exposer son amour pour les basses et mettre en son ses rimes les plus tourmentées (« I’m the only suicidal motherfucker with a smile on »). Ainsi née Faces, une mixtape de 24 morceaux presque entièrement produite par lui-même, sous le pseudonyme Larry Fisherman, en compagnie de la fine fleur du paysage rap américain (Schoolboy Q, Earl Sweatshirt, Thundercat, Vince Staples, Rick Ross). À l'époque, ce projet est dévoilé gratuitement, le jour de la fête des mères, et cela en dit long sur la générosité et la sensibilité de Mac Miller, perceptible ici dans chacun de ses textes : ceux d'un inadapté, rêveur jusqu’au danger, ceux d'un jeune homme en conflit avec la vie, qui a trouvé dans la drogue et la musique un moyen de noyer ses peines.

L'arrivée sur les plateformes, et en vinyle, de Faces est également l'occasion de se rappeler à quel point l'Américain, décédé en 2018 des suites d’une overdose, était un beatmaker de talent, un artisan de la mélodie, un de ces artistes touche-à-tout dont les chansons, à situer presque systématiquement entre hip-hop et pop, témoignent d’une vision singulière de la musique populaire.

3 raisons pour lesquelles il faut écouter Interblaktic, le nouvel album totalement fou de Muzi

  • Parce que le Sud-Africain est approuvé par Damon Albarn, Stormzy ou Diplo, et qu’être adoubé par des artistes aussi différents d’un point de vue stylistique ne fait que renforcer la richesse de ces seize nouveaux morceaux, en équilibre stable entre house, gqom, pop music et trap.
  • Parce que « I Know It » est produit par Kaytranada, ce qui est toujours gage de qualité, et qu’il invite au rapprochement des corps sur la piste de danse.
  • Parce que ce quatrième album est un monde en soi, le prolongement de la pensée afrofuturiste de Sun Ra, « l’exploration de l'espace africain, la chronique d'un voyage vers Mars ».

Le coin lecture : French New Wave : 1978-1988, une jeunesse moderne

De la fin des années 1970 au terme de la décennie suivante, une nouvelle génération d’artistes émerge. Ils s’appellent Marquis De Sade, Taxi Girl, Etienne Daho, Marie Et Les Garçons, Mathématiques Modernes, La Souris Déglinguée ou encore Les Rita Mitsouko, et tous partagent une même ambition pop, une même passion pour les sonorités anglo-saxonnes, un goût pour la mode, le dandysme et les nuits qui s’éternisent, de préférence au Palace ou dans n’importe quelle galerie d’art parisienne. Dans leurs chansons, nourries à l’explosivité du punk, que l’on a pris l’habitude de définir comme modernes et chics, on parle « d’amours solitaires », de désinvolture, de « duel au soleil », et de cette mélancolie romantique qui semble guider tous ces Jeunes Gens Mödernes au quotidien. En 256 pages, érudites et immersives, Jean-Emmanuel Deluxe offre à travers French New Wave : 1978-1988, une jeunesse moderne un nouvel écho à cette époque foisonnante, au sein de laquelle les figures de proue de la pop française actuelle ne cessent de puiser leur inspiration.

Succomber au Baiser mortel de Lala&ce

Le projet est ambitieux. Le casting tout autant. On s'explique : Baiser mortel est une comédie musicale qui mêle folklores urbains et sound-art, danse et théâtre, soap opéra et hip-hop, le tout piloté par des artistes défricheurs, plus que jamais attirés par les marges et les croisements artistiques (Lala &ce, donc, mais aussi Jäde, Low Jack, Rad Cartier, Le Diouck). Mentions spéciales également à la styliste Marine Serre, fervente représentante de l'upcycling, et à l'Argentine Cécilia Bengolea, chargée de chorégraphier l'ensemble de ce spectacle visible du 18 au 20 octobre à la Bourse du Commerce de Paris.

« C'est à mon tour de l’faire » : Jazzy Bazz revient pour marquer la culture

Trois ans après son dernier album solo, Nuit, Jazzy Bazz se montre plus actif que jamais. En début d'année, il y a eu le projet commun avec EDGE et Esso Luxueux (Private Club). Dernièrement, il y a également eu une session Colors du plus bel effet. À présent, c'est avec un nouveau single, « Zone 19 », toujours aux côtés d'EDGE, qu'il annonce l'arrivée prochaine de son troisième long-format. Avec, toujours, cette classe, ce sens de la mise en scène et ce goût pour les rimes ciselées, en parfait équilibre entre phases egotripées et punchlines imagées (« Des millions de façons de me débrouiller, prêt à tout éprouver /Même le meilleur des Hommes a fini par se retrouver cloué »).

Sauter à pieds joints dans la « Crasse » avec le podcast de Radio Nova

Longtemps cantonné aux petits encadrés dans les pages des magazines français, le grime a fini par devenir un genre hyper côté, porté par des têtes chercheuses (Stormzy, Skepta, Little Simz, Pa Salieu) qui, depuis cinq-six ans, ont réussi à pulvériser les frontières stylistiques et les portes des médias. Deux décennies après l’apparition de ce genre musical, qui doit probablement plus à la UK Garage, au 2-Step, à la house et à la dancehall qu’au hip-hop américain, force est de constater que les vedettes du Grime peuvent désormais jouir de leur succès bien au-delà des quartiers londoniens.

Il faut dire que de nombreux hymnes sont venus dynamiter les codes en vigueur au sein de l'industrie : « I Luv U » de Dizzee Rascal, dont on aurait pu penser que l'écho international ouvrirait des brèches au reste de ses contemporains au cours des années 2000, « Shut Up » de Stormzy, « Shutdown » de Skepta ou encore « Block Boy » de Pa Salieu, tous ces titres en disent long sur la singularité du grime, sur le rapport des musiciens anglais à la dance music, sur le contexte social dans lequel ils sont apparus (radios pirates, censure, répressions policières, etc.). Autant de particularités que le podcast Crasse (traduction littérale de « Grime ») se propose de décrypter le temps de quatre épisodes d’une trentaine de minutes. Au casting : Teki Latex, DJ et ancien membre de TTC, Skwig, membre du groupe Vernacular Orchestra, ou encore l'équipe de Rinse France, branche hexagonale d'une radio qui a grandement participé à la reconnaissance du grime outre-manche.

La playlist des morceaux qui ont inspiré le dernier album Saycet, LAYERS

Nathan Fake - « The Sky Was Pink - Holden Remix »

« Remix indémodable à mes yeux de J.Holden que j’écoute très régulièrement depuis plus de 15 ans. Je trouve la structure de ce track complètement folle, et en même temps très limpide. Ce track a été le point de départ de mon album quand j’ai voulu ajouter une note plus club à mes compositions. »

Tom Rogerson & Brian Eno - « Motion in Field »

« Rencontre de deux compositeurs très complémentaires. Ça donne un track à la fois mental, mais aussi très pop, ce qui fait du bien au genre, surtout quand c’est maîtrisé de la sorte. C’est plus l’atmosphère globale du track qui m’a plu. C’est plein d’espoir. »

Ravi Shankar - « Prahbujee »

« On ne peut pas dire que cette association entre Ravi Shankar et Georges Harrison ait eu un impact direct sur ma musique, mais ce track a eu un réel impact dans ma vie post confinement, ce qui m’a sans doute aidé à me concentrer dans les derniers instants de production. »

Colin Stetson - « Spindrift »

« Fan de son travail depuis toujours, Stetson m’a montré à sa façon comment s’approprier un son (le saxophone, en l’occurrence) et une composition que l’on puisse reconnaître immédiatement. C’est à mon sens les deux choses les plus difficiles à faire aujourd’hui. « Spindrift » en est la démonstration criante. »

Jon Hopkins - « Emerald Rush »

« Track monstrueux, tant sur la partie rythmique que mélodique, sans parler de cette production hors du commun. C’est toujours un challenge pour moi de découvrir un nouveau track d’Hopkins. C’est très motivant (en plus du plaisir à l’écoute). »

Rival Consoles - « Night Melody »

« Ce titre est celui qui m’a fait basculer dans l’univers de Rival Consoles. Complexe et à la fois d’une simplicité déconcertante, le gimmick du milieu du track me met les poils à chaque fois sans que je comprenne réellement pourquoi. C’est magique. »

Meredith Monk - « Ellis Island »

« Titre minimaliste d’une cinématographie et d’une beauté incroyable. J’ai beaucoup écouté Monk durant la production de mon album. J’ai eu l’obsession de la boucle parfaite comme sur ce morceau-là. Ça tourne, et on ne se lasse jamais. Les contrepoints sont subtiles et d’une finesse rare. »

A. G. COOK - « Haunted »

« L’émotion d’une prod ultra DIY : tout tient sur le motif de départ à la guitare, puis relayé aux voix séquencées. C’est très home made, et ça donne un résultat très particulier, comme un caillou dans la chaussure mais qu’on aime bien. »

Daniel Avery - « Lone Swordman »

« Quelle émotion quand j’ai écouté ce track avec tout ce qu’il induit. J’aime le minimalisme de Daniel Avery. Là, il est habité d’un mood à la Boards of Canada en plus accessible, sans tomber dans le pathos. Ça été une vraie claque de justesse pour moi. »

Jóhann Jóhannsson - « A Pile of Dust »

« Une des plus grosses pertes à mon sens pour la musique (en grande partie de films, mais pas que)… J’aime l'envolée de ce track. C’est de l’ordre du divin à mes yeux. Johanson a touché la grâce, et c’est une sensation que j’ai voulu retranscrire à certains moments de mon album. »