Au secours, je suis accro à la série « The White Lotus »

Drôle, insolente, mordante, incorrecte, hypnotique, addictive : les mots ne manquent pas pour qualifier « The White Lotus », de loin la meilleure série de l’été avec ses six épisodes irrésistibles dont on attend déjà avec impatience la saison 2.

par Patrick Thévenin
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23 Août 2021, 12:01pm

Adeptes des trigger warning (liste d’avertissements qui prévient qu’une œuvre contient des éléments qui peuvent être dérangeants ou traumatisants pour certaines personnes, NDR) passez votre chemin et dites vous que cette série n’est pas faite pour vous tant la liste des sujets abordés et potentiellement offensants est longue comme le bras : meurtre, drogues, scènes de sexe, racisme, privilège de classe, accouchement en direct, cancer, violence physique…

Must watch de l’été, plébiscitée un peu partout autour du monde, dans le top 5 des séries les plus streamées du moment et réalisée par Mike White (à qui on doit l’incroyable série « Enlightened » datée de 2011), « The White Lotus » est l’histoire d’une galerie de personnages blancs (le détail a son importance) méga friqués qui débarquent dans un resort ultra-luxe à Hawaï histoire d’y passer une semaine à ne rien faire, se dorer la pilule, se faire masser, picoler plus de coutume, se faire servir par un personnel qui accourt aux moindres exigences et étaler leurs privilèges écœurants. Tout commence par une scène à l’aéroport où un beau gosse trentenaire américain en attente de son avion s’agace des questions que lui posent un couple d’américains middle-age sur son séjour pendant qu’il regarde par les immenses baies vitrées un cercueil de fortune, avec marqué dessus, “restes humains“ être embarqué dans la soute de l’avion qu’il s’apprête à prendre. Passé cette scène d’intro, dont le mystère – à qui appartient le corps dans la boite ? – va courir tout au long des six épisodes de la série comme une énigme récurrente, un habile flashback d’une semaine dans le temps va enfin permettre à « The White Lotus » de se déployer.

De grands enfants gâtés et susceptibles

Nous voilà donc dans le bateau prêt à arriver dans ce paradis hors de prix en compagnie d’un jeune couple tout juste marié et en lune de miel, lui fils à sa maman pété de thunes et sa jeune épouse journaliste sans grand succès, d’une famille américaine dysfonctionnelle avec une mère workalcoolique et un père hyponcondriaque persuadé qu’il a un cancer des testicules, un fil geek qui ne sépare pas de son téléphone et sa console de jeu jusque dans la piscine, d’une jeune fille blasée et insolente accompagnée de sa meilleure copine racisée et woke jusqu’au bout des ongles avec un penchant certain pour les anxiolytiques et la kétamine, et d’une femme d’une certain âge qui vient de perdre sa mère et se console un peu trop dans l’alcool. Tout ce monde, beau et propre sur lui de premier abord, mais fissuré comme le rêve américain, est accueilli sur le ponton par l’équipe de l’hôtel au grand complet dont Armond le manager gay, ancien addict aux drogues sous toutes leurs formes, au sourire ultra-brite et aux réparties les plus courtoises en toute occasion. Le décor et le scénario sont posés et tout est mis en place pour que réunies dans cet endroit paradisiaque, comme une sorte de huis-clos cinq étoiles ou d’un Cluedo revisité, tous ces personnages haut en couleur commencent à dévoiler leurs failles, à laisser se fissurer leur image de façade. Shane le beau gosse, qui n’a toujours pas coupé le cordon ombilical, va développer une fixette parce qu’on ne lui a pas attribué la suite la plus chère de l’hôtel que sa mère avait réservé au point de gâcher ses vacances pendant que Rachel sa tendre épouse se rend compte qu’elle n’est pour lui qu’une femme trophée. Armond en burnout va retomber dans la dope quitte à saborder son job, Mark le père de famille émasculé va découvrir un secret familial qui va l’ébranler pendant que Nicole sa femme workaholic est plus préoccupée par ses réunions zoom avec ses clients chinois que par la santé de son mari. Leur fille Olivia et sa meilleure amie Paula vont se révéler être de parfaites petites pestes avec de grands idéaux égalitaires qu’elles ne sont finalement pas prêtes à remettre en cause car ça reviendrait à faire une croix sur leurs privilèges de petites filles riches. Tanya qui se console difficilement de la relation malsaine qu’elle a entretenue avec sa mère va faire miroiter à Belinda, la gérante du Spa de l’hôtel, une carrière en or avant de se rétracter parce qu’un client lui a fait les yeux doux… bref tout ce beau monde explose au fur et à mesure des épisodes laissant exploser ses névroses notamment celles d’américains blancs et riches qui n’ont évidemment pas conscience de leurs privilèges et de leur comportement odieux.

Une série on ne peut plus dans l’air du temps

Toute la force de « The White Lotus » tient à sa manière politiquement incorrecte, de se saisir à bras le corps, mais avec infiniment de finesse, de toutes les problématiques de notre époque - le privilège blanc, la masculinité toxique, les questions décoloniales, le péril climatique, la santé mentale, la lutte des classes, le pouvoir des ultra-riches, l’intersectionnalité et on en oublie en route - pour les passer à la moulinette d’un humour grinçant et décapant, souvent à la limite du sadisme, à grand coup de répliques assassines. Mais surtout de ne pas faire de quartier, chaque personnage en prenant copieusement pour son grade et se retrouvant confronté à ses privilèges, ses faiblesses, ses idéologies ou ses hypocrisies. Mais ce qui fait aussi tout le charme de la série (qui devant son succès aura une saison deux mais située dans un tout autre décor) est une foule de petits détails qui prouvent l’extrême attention portée au scénario et à la réalisation par Mike White. D’abord la lumière jaune qui instille un peu comme dans le film « Parasite » de Bong Joon Ho une forme de climat anxiogène diffus, la musique signée du compositeur Cristobal Tapie de Veer, décrite par le principal intéressé comme du “Hawaiian Hitchcock“, qui revient régulièrement poser ses notes hypnotiques, le choix des comédiens tous et toutes plus excellents les uns que les autres, les titres des livres que les protagonistes lisent négligemment au bord de la piscine et qui en disent long sur eux, l’éventail des drogues évoquées digne d’un cartel colombien, le génie des réparties qu’on a envie d’apprendre par cœur et qui prouvent en beauté à tous ceux qui assènent qu’aujourd’hui on ne  peut plus rire de rien qu’on peut toujours se moquer de tout quand on a du génie !

« The White Lotus » de Mike White, 6 épisodes à voir sur OCS.

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