le génie du style gus van sant

Le réalisateur américain a tout compris au beau, au cool, à la vie quoi. Décryptage en 7 personnages.

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avr. 13 2016, 4:10pm

Le t-shirt jaune et le taureau d'Elephant, les lunettes rouges de River Phoenix dans My Own Private Idaho, le jogging et la chaîne de Ben Affleck dans Good Will Hunting : on s'en souvient tous. Comme si l'allure à elle seule parvenait à résumer le film. Plus que le film, l'époque. Et plus que l'époque, l'histoire, la vraie, la grande. Les images restent parce que Gus Van Sant raconte toujours les histoires à travers la petite, celle des marginaux, des jeunes - des autres. Leurs petites vies finissent par tout signifier. Comme ses films, aussi populaires soient-ils, qui réussissent toujours à raconter en creux autre chose - plus sombre, plus profond, plus vrai. C'est ce qu'est censé faire le cinéma, c'est aussi ce que doit faire la mode. Et c'est ce que fait Gus Van Sant comme personne. 

1. My Own Private Idaho (1992)

My Own Private Idaho
Nevermind

et de Nirvana sont sortis à quelques semaines d'intervalle. Le monde était déjà en train de changer, de passer à autre chose. Quoi ? C'est encore difficile à décrire, même des décennies plus tard. Jamais le début des années 1990 n'a été aussi actuel - il suffit de jeter un oeil aux tenues des moins de 25 ans dans n'importe quelle capitale occidentale. La jeunesse d'aujourd'hui se fascine pour celle des années 1990, sans doute parce qu'elle est tout aussi désillusionnée. Désemparée, même. River Phoenix, culte dans ce film, en crèvera. Comme tant d'autres de cette génération. Espérons que la notre s'abîme moins. 

2. Paranoid Park (2007)

Dans Paranoid Park, Gabriel Nevins incarne Alex, un petit skateur à la gueule d'ange coincé dans une histoire de meurtre. On suit sa vie d'ado qui passe son temps à sillonner les rampes, monter sur des BMX et à se déplacer en bande. Bien ancré dans les années 2000, le film décline tout le vestiaire de la décennie, du hoodie aux tee-shirts floqués, des bobs sur coupes au bol aux énormes pompes de skate, des mèches décolorées-maison des filles à leurs petits vestons grunge. Le cool naughties à l'état pur. 

3. To Die For (1995)

C'est le premier gros film de studio de Gus Van Sant. C'est aussi son premier succès populaire. Inspiré d'un fait divers de l'époque - une institutrice fascinée par la célébrité télévisuelle (interprétée par Nicole Kidman, géniale) pousse un ado de 15 ans à tuer son mari dont elle veut se débarrasser - le film en tant que tel reste un exercice de style hollywoodien assez classique. Mais, là encore, comme d'habitude, Van Sant réussit à nicher derrière la grosse machine une autre histoire, en filigrane, toujours plus fine. Rarement Joachim Phoenix n'a été aussi violemment beau et désirable. Rarement l'adolescence a été filmée par le réalisateur de façon aussi subtilement crue. Rarement donc, elle n'a été aussi belle. 

4. Elephant (2003)

Dans Elephant, Gus Van Sant embarque son audience entre les murs d'un lycée sur le point de basculer. On y retrouve l'ensemble des tribus lycéennes : les cools, les loosers, les poms poms et John MacFarland. Son tee-shirt jaune pétard floqué d'un taureau, ses cheveux blonds et sa moue d'éphèbe crèvent l'écran et ont fait de sa silhouette l'une des plus troublantes de l'histoire du cinéma. Une simple image du film suffit à rappeler les moments sombres de l'histoire contemporaine des Etats-Unis, les jeux vidéo assassins, les armes qui se vendent comme des clopes, les tours qui tombent et le monde qui s'embrase. 

5. Drugstore Cowboys (1989)

C'est la première fois que le réalisateur s'attaque aux années 1970. Portland, 1971, la jeunesse s'installe dans le chaos confortable des contre-cultures. La drogue débarque, massive, c'est la fureur de vivre ou de mourir. Matt Dillon col V, regard hébété et bave aux lèvres joue à Bonnie & Clyde avec Kelly Lynch. Leur but ? Dévaliser les pharmacies et prendre des trucs, encore et toujours plus. Évidemment, l'allure y est. Parce que, qu'on le veuille ou non, qui dit film de junkie, dit cool. 

6. Good Will Hunting (1997)

Good Will Hunting

est la preuve ultime que Gus Van Sant peut investir des thèmes et schémas narratifs classiques (voire mielleux) sans jamais se vautrer dans le cliché. Ici, le réalisateur aborde l'immobilisme social de la classe travailleuse américaine à travers le personnage complexe de Will, un jeune délinquant surdoué. Toujours accompagné de ses trois acolytes d'enfance, ils représentent à eux quatre l'ensemble des facettes du sportwear, devenu véritable religion dans les années 1990. Ensembles nylon, petit col roulé qui dépasse, veste en cuir pour ado ténébreux et chaine massive au cou. On n'oubliera surtout pas de mentionner les accroche-cœurs - de rigueur à l'époque - que Matt Damon porte comme personne. 

7. Last Days (2005)

Il n'y a probablement rien de plus casse-gueule que produire un film biographique surtout quand celui-ci se consacre au monument Kurt Cobain. Mais encore une fois, Gus s'en est sorti à merveille, remportant les éloges de la critique et des fans de Cobain eux-mêmes. Un succès qu'il doit en partie à Micheal Pitt - magistral - et à la garde-robe délirante et délirée de Kurt. On croirait presque que Kurt a légué son placard à Van Sant avant de s'éteindre. Dans Last Days, rien ne manque : des gilets longs et troués aux chemises à larges-carreaux en passant par des t-shirts gris-sales et des lunettes papillons. Bref, tout le cool de Kurt s'expose à l'écran et on a rarement autant cru à une résurrection. 

Gus Van Sant, du 13 avril au 31 juillet à la cinémathèque

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Credits


Texte : Micha Barban-Dangerfield et Tess Lochanski