prince waly, le nouvel héritier du rap français

Le rappeur de Montreuil et moitié du groupe Big Budha Cheez partage en exclusivité pour i-D le clip de "Cherry", extrait de son premier EP solo, "Junior". Le flow est atomique, la prod est de Myth Syzer.

par Antoine Mbemba
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16 Décembre 2016, 9:35am

Le phrasé est précis, les syllabes s'allongent parfois jusqu'au bout du rythme avant de retomber sur leurs rimes à la pointe du beat suivant. Les paroles racontent, scénarisent, friment, se livrent. L'instru emmêle années 1990 et mesures futuristes. Sur les épaules du jeune rappeur de Montreuil, l'ensemble Sean John tombe aussi bien que le sweat Hilfiger. Ce rappeur, c'est Prince Waly, déjà héros du flow et de l'old school avec son groupe Big Budha Cheez, et aujourd'hui marin d'une mer solo avec la sortie de son premier EP ce mois-ci, Junior.

Comme on est tous friands d'étymologie, indiquons que Waly, c'est le nom de son papa. Le « prince » est sorti d'un film, de Boyz'n the Hood, ou un père s'adresse à son fils : « Dans cette maison je suis le roi, donc tu es mon prince. » On n'insistera jamais assez sur l'amour de Waly pour le cinéma ; une passion qui le pousse dans une discipline un peu délaissée par nos rappeurs hexagonaux, celle du storytelling. Celle-là même qui portait les rimes d'Oxmo, Fabe, Solaar ou Disiz. Celle qui fait la beauté d'un son comme Soudoyer le Maire.

Pas de cinéma dans la recette, par contre. Les échos des années 1990 sont sincères. Pas une simple nostalgie recroquevillée sur elle-même, mais un hommage aux sons qui ont planté le grain du rap dans la vie du Prince. Au-delà, la démarche est dans le présent, et depuis sa rencontre avec le producteur dans le vent Myth Syzer, les instrus de Waly sont dans le futur. En ce sens, Junior est véritablement une collaboration entre les deux artistes. Un accord millimétré entre l'incroyable flow nonchalant de Waly et la chirurgie sonique de Syzer. Le cas de Cherry en atteste. On n'avait pas eu de refrain aussi accrocheur et de basse aussi planante depuis un bout. Si le rappeur nous y assure que « rien n'est éternel, tout finit par périr », nous, on est tentés de le saluer en criant « longue vie au prince ».

Avec Big Budha Cheez et ton projet solo, tu as deux approches différentes mais qui se complètent. Que t'apporte l'exercice de groupe que le solo ne t'apporte pas ? Et inversement ?
Avec le groupe, les directions sont multiples, vu qu'on travaille à plusieurs. Il y a des choses que je n'aurais jamais pensé à faire en solo. Ces idées, ce mélange, ça donne une création unique. En solo, je suis vraiment mon instinct, et j'ai souvent de bonnes intuitions. J'ai une liberté totale, un contrôle total, quelque chose que je n'ai pas dans l'exercice de groupe.

Comment l'analogique avec BBC et le numérique avec Myth Syzer modifient ta manière de travailler et de poser ?
Que je bosse en analogique ou en numérique, ma manière de faire ma musique ne change jamais. Mais travailler en analogique m'a rendu plus efficace dans ma façon de poser mes textes. Ça affine mon exigence musicale. Après, ça ne reste que deux techniques différentes qui ont chacune leurs qualités et leurs défauts. Ce qui compte pour moi c'est le résultat, la création finale.

Comment s'est faite la rencontre avec Myth Syzer, et que t'a-t-il apporté ?
On s'est croisé sur un plateau en 2013. On a parlé musique, et le courant est passé direct. Sa musique me parle vachement, du coup un jour il m'a fait écouter quelques productions, dont la prod de « Clean Shoes », qui est ensuite devenu notre morceau de référence et le début d 'une collaboration. Je joue ce titre encore sur chaque scène. Syzer m'a apporté une ouverture sur ma musique, il m'a fait sortir de mon terrain de jeu.

J'imagine que la sortie de Junior va t'occuper un moment, mais tu peux nous en dire un peu sur le futur de Big Budha Cheez ?
Big Budha Cheez c'est jusqu'à l'infini ! Avec Fiasko, on crée depuis nos 14 ans et on le fera jusqu'à ce que la mort nous sépare. On est sur plusieurs trucs à la fois : un projet rap, un projet instrumental, et même un projet chant. Chaque membre du groupe à ses envies à côté, et ça nous enrichit, ça alimente Big Budha Cheez. En groupe, on est toujours plus fort, et encore plus quand on fait partie d'un collectif comme Exepoq Organisation.

Tu as un talent particulier pour le storytelling, une tradition un peu oubliée dans le rap français. D'où ça te vient ? C'est quoi les ingrédients d'une bonne histoire ?
Mate de bons films régulièrement et tu te transformeras en Tarantino. C'est de là que je puise toute mon imagination, dans les séries et les films. Les drames et les thrillers en particulier. Ecouter Opéra Puccino m'a bien inspiré aussi, dans cet album, il y a les meilleures stories du rap pour moi.

Ton flow, aussi, sort vraiment du lot. Tu le travailles autant que les mots, ou il est la conséquence naturelle de tes paroles ?
Je n'ai jamais vraiment fait gaffe à mon flow. Par contre, je choisis les mots avec attention. J'y accorde une très grande importance. Je sais qu'il y a certains mots que je n'utiliserais jamais comme « pistolet », par exemple. Je préfère dire « flingue ». J'avais aussi un gros problème d'articulation que j'ai travaillé, ça vient peut-être de là.

Avec BBC et encore en solo on sent les années 90, jusque dans ton style vestimentaire parfois. C'est quelque chose de travaillé, ou le résultat naturel de tes influences musicales ?
Pour le linge, je pense que c'est simplement dû au fait que, quand j'étais petit, j'admirais les vêtements des plus grand, que je peux maintenant m'offrir et puis je ne suis pas fan des coupes actuelles, cintrées, matières jogging, etc. En fait je porte tout simplement ce qui me plaît.

Qui citerais-tu d'ailleurs comme influences majeures, dans le rap français, et ailleurs ?
En rap français, je dirais Ill des X-Men. Il est au top à tous les niveaux : flow, attitude, style, musique. Impactant dans tous les sens. En rap américain je te dirais Kendrick Lamar, pour la sincérité qu'il dégage, l'émotion qu'il procure.

Tu collabores avec beaucoup d'autres rappeurs. Tu penses quoi de la scène rap fr actuelle, très affirmé, avec des crews très créatifs dans tous les sens, et en même temps un retour glorieux de l'âge d'or avec des tournées comme L'Âge d'or du Rap Français, justement ?
Je trouve ça très bien que les jeunes se bougent et fassent des trucs, prendre ses projets en mains, ne plus attendre personne. Il y en a pour tout le monde, pour tous les styles et les âges, c'est ça la musique. bien sûr il y a du bon et du moins bon, l'essentiel c'est que l'auditeur s'y retrouve. Je n'écoute plus trop de son rétro à vrai dire, je découvre plein de nouvelles choses et c'est cool.

Un premier EP, c'est une étape importante. Qu'est-ce que tu as voulu montrer avec Junior ?
Junior c'est une façon de montrer toutes les facettes de Waly, d'un point de vue personnel comme dans le divertissement pur. Une façon aussi de mettre un pied dans ce sport, et de montrer ce que je sais faire.

Et comment tu décrirais Cherry, son thème, son clip ?
Cherry est le premier morceau enregistré du projet, c'est un peu une immersion dans ma vie, ma façon de penser et mon état d'esprit du moment. Un voyage entre réalité et spiritualité que je partage avec le réal Clifto Cream, membre de mon collectif qui a aussi fait la DA visuelle de l'EP.

Qu'est-ce que peut te souhaiter pour les mois à suivre, pour 2017 ?
De la réussite pour toute l'équipe et tous les proches qui m'entourent. Que notre musique prospère et que le public soit de plus en plus nombreux a apprécié notre univers, M.City, à nous écouter et à venir nous voir en concert. Je nous souhaite aussi une réussite financière, qu'on puisse investir encore plus dans notre musique - une liberté qui a un prix.

Demain, samedi 17 décembre, ne manquez pas la Release Party de l'EP Junior au Petit Bain.

Credits


Texte Antoine Mbemba