mon amour n'a pas de sexe, le nouveau clip de jardin est en exclusivité sur i-D

L'artiste bordelais dévoile son nouveau clip, un enchainement d'images hallucinées sur une techno glaciale.

par Marie-Lou Morin
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03 Juillet 2017, 3:50pm

La musique de Jardin sent le mazout et l'humidité d'une cave où l'on aurait pris beaucoup d'acides. Quelque chose de crasse qui se cogne au bitume ardent. Elle transpire la noirceur, crache sa bille contre une société consumériste qui nous a peu à peu lobotimisés. On pourrait trouver ironique le choix de son nom de scène. C'est bien mal connaître Lény, ultime idéaliste romantique, tombé amoureux d'une fleur dans sa jeunesse.

Son jardin est en jachère, on y a installé des raves où l'on danse pour oublier la vacuité de l'existence, cramé l'herbe sous le poids des enceintes et des rondes extatiques. Mais il n'est pas abandonné. Au contraire. Il y a une rage de vivre chez Lény parfois violente, qui fait pousser des projets artistiques dans tous les recoins. « Jardin parle de l'intime, des ressentis, mais c'est du même coup très politique. Je cherche un moyen d'envisager un futur qui me conviendrait et je crois que ça passe par ce lien entre l'intime et le politique. C'est à cet endroit que la musique opère, dans une expérience très profonde et personnelle qui est immédiatement partagée avec les autres. Du coup, je me nourris d'images, de philosophes comme Foucault, Deleuze, Donna Haraway de films, de talks d'artistes... J'essaie d'aborder la musique comme on pourrait aborder un essai. »

Dans cet « essai », baptisé Post-Capitalist Desires, Lény réveille nos consciences anesthésiées par le poids du quotidien. Dans un modèle global qui ne cesse de prôner l'individualisme, il est facile d'oublier ses convictions instinctives, de se complaire dans une réalité où l'on arrive bon an mal an à tirer son épingle du jeu pour ne pas être tout à fait le dernier des loseurs. Or s'oublier dans cette trivialité nous fait peu à peu perdre de vue l'humanité. Peu à peu, la société se fragmente, et s'écharpe dans des guerres intestines. « "Mon Amour n'a pas de sexe" est un morceau assez manifeste pour moi, que j'ai écrit à l'époque ou le Moyen Âge nous sautait au visage à l'occasion des Manifs pour tousC'est un des morceaux qui me tient le plus à cœur. » Par le biais d'une techno froide, qui s'enfonce peu à peu dans une boucle hypnotique métallique, Jardin chante l'ironie de la vie. Le clip, réalisé par François Quillacq, qui avait déjà signé Drop The Bass, montre des corps en rébellion qui s'effondrent dans une clairière hostile.

« Au départ, François s'est intéressé aux personnes qui se marient avec des objets, il était question d'un mariage entre une femme et une tour ce qui est finalement resté un brouillon... Le projet a presque failli échouer. Enfin, il a rebondi avec spontanéité (en auto-production et avec le soutien d'une gracieuse team) et il a produit ce clip où des testo-girls, eustro-boys en guenille schappent peut-être d'une cité devenue si barbare qu'il faut fuir pour construire autre chose… Cette vidéo est très ouverte et je crois que le morceau aussi peut l'être. Comment ne pas rester ouvert (même si un peu en colère) quand il s'agit de s'interroger sur les problèmes de la "norme" ? »

Sans complaisance aucune, en écoutant la techno dance de Jardin, cette voix lo-fi qui balance des sentences mélancoliques et apocalyptiques, en regardant les dizaines d'images qui interrogent les limites de son univers, on se dit que l'on tient là l'une des dernières personnes qui envisagent sincèrement de changer le monde. Jardin, dernier des (vrais) punks ?

Credits


Texte : Marie-Lou Morin
Photographie : Guillaume Hery

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