9 photographes français réinventent l'argentique

Nous avons demandé aux contributeurs d’i-D France pourquoi ils ne juraient que par l’argentique. À contre-courant des clichés passéistes qu’on pourrait leur prêter, ces 9 photographes français évoquent avec nous la puissance des sens, la nécessité des...

par Malou Briand Rautenberg
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14 Octobre 2016, 9:05am

Léo d'Oriano

« Avant de travailler pour i-D, je ne faisais pas trop de portraits. Aujourd'hui, je ne fais plus que ça ! Ce qui me plaît le plus dans la pratique de l'argentique, c'est qu'après avoir pris la photo, j'ai tendance à regarder le modèle dans les yeux. Au numérique, je regarde plus facilement l'écran de l'appareil pour voir le rendu instantanément. Je suis persuadé que concernant les portraits, shooter à l'argentique me force à mieux"comprendre" le modèle. Le rapport est tout de suite beaucoup plus doux. » @leodoriano

Emanuele Fontanesi

« Pourquoi l'argentique ? Parce que le rendu a un plus fort lien avec la réalité. L'image argentique a le statut de trace, l'image numérique celui du calcul. On ne ressent pas les choses aussi puissamment. Si on est un adepte, comme moi parfois, du "c'était mieux avant", l'argentique a le pouvoir de nous faire voyager dans le passé.» @emanuelefontanesi

Mia Dabrowski

« L'argentique c'est une évidence. C'est en parfait accord avec l'essence même de la photographie. L'argentique anoblie les centièmes de secondes, arrête le temps d'une certaine manière. Et la magie de la surprise, ce mélange de stress et d'excitation qui nous submerge lorsqu'on récupère ses négatifs : c'est une sensation dont je ne pourrais jamais me passer. Pendant mes voyages, je ne me sépare jamais de mes pellicules et ce n'est qu'en rentrant à Paris que je peux développer mes films et revoir ces images que j'ai gardées en tête pendant des semaines. » @miadabrowski

David Luraschi

"Mon rapport à la photographie s'est développé et continue d'évoluer à travers la pratique de l'argentique. C'est une démarche naturelle et le processus avec lequel je me sens le plus à l'aise. Cela dit, je n'ai rien contre le numérique - la preuve, je prends souvent des photos avec mon téléphone ! Avec l'argentique, je suis plus avec la personne que je photographie qu'avec mon écran. Je ne me projette ni dans le passé, ni dans le futur. Seulement dans le présent. L'argentique a tout à voir avec le temps." @davidluraschi

Yves Drillet

« Le film a des qualités de rendu tout à fait particulières. En couleurs, on peut obtenir une gamme étendue du chaud au froid selon la lumière et qui reste toujours très vivante. Alors qu'en numérique le rendu coloré est plus froid avec peu de modelés, du moins de mon expérience. Elle permet de tenir une grande intensité dans le temps de la prise de vue et dans le cadre d'un portrait, elle demande une concentration totale du photographe et du modèle dont découle une plus forte intimité. Avec le numérique on est plus enclin à se laisser distraire en regardant les photos qu'on vient de faire, on négocie trop avec le réel, la pureté d'un regard se perd vite quand on mitraille 20 photos à la minute. » @yvesdrillet

Alice Rosati

« Je ne suis pas un de ces puristes de la photo qui dénigre le digital, bien que j'aime shooter à l'argentique pour sa magie, l'attente, le doute, la surprise et la concentration des sensations que cette pratique exacerbe. Il faut avoir les idées claires lorsqu'on shoote à l'argentique, il suffit d'un ou deux « click ». Après chacun son style, argentique ou numérique. Tout dépend du sens qu'on accorde à la magie de l'image. » @alicerosatistudio

Raffaele Cariou

« La pratique argentique est en quelque sorte, un retour aux fondamentaux : elle demande de la concentration, de l'assiduité et provoque une certaine excitation - elle ne pardonne ni le doute, ni l'erreur. Paradoxalement, elle est plus organique, douce et sensuelle que sa descendante numérique qui est froide et d'un pragmatisme terrifiant. Il y a aussi et surtout, le plaisir d'oublier ses images et de les redécouvrir au développement, la pratique du laboratoire permettant d'une part un réel contrôle sur le processus de création et du même coup, une reconnexion temporelle avec l'essence du medium. » @raffaele_cariou

Andrea Montano

« Ma pratique de l'argentique relève d'une certaine fascination pour le matériel. Quand je prends un film 120 en main je le soupèse, je le sens, je le regarde, il y a un truc qui m'excite, c'est physique. Même quand je le mets dans mon boitier, j'aime bien qu'il soit très tendu, à la limite de craquer, j'essaye de me faire croire que c'est pour gagner une pose mais en vrai il y a autre chose. Quand je prends des photos je suis en contact avec mon sujet, je le regarde, je reste concentré sur la lumière, comment ça tape, les ombres, je suis dans le noir, tout ça reste un gros secret pour tout le monde, on fait semblant, on prend des poses, mais on ne sait pas trop ce qui se passe en fait. C'est un jeu qui nous met un peu tous mal à l'aise mais auquel on aime bien jouer. » @andrea_montan0

 Axel Morin 

« Je travaille essentiellement à l'argentique pour des raisons assez simples. La première, car le numérique est trop aseptisé à mes yeux. La seconde, parce que l'argentique m'oblige à mieux réfléchir à mes compositions, essentielles à ma réflexion photographique. Je m'efforce de capturer l'essentiel - c'est un moteur inhérent à ma pratique et ma création. » @axelmorin75

Credits


Texte : Malou Briand Rautenberg