première : batuk, vida

Le collectif sud-africain de Spoek Mathambo partage en exclusivité avec i-D le clip de "Vida", extrait de son premier album. Une plongée enchantée aux confins du Mozambique qui danse, qui joue au foot, qui partage et se rassemble. Rencontre.

par Antoine Mbemba
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19 Juillet 2016, 7:25am

Un son pour le voyage, l'aventure, le risque, la découverte. L'ouverture. Quand les tympans ne sont que le premier pas vers une expansion des chakras et une meilleure compréhension des vastes mondes qui nous entourent. Ceux qu'on ne connaît pas, mais qu'une note sincère et passionnée commence à dévoiler. C'est un peu ça, Batuk - un collectif artistique et électronique qui se forme son propre univers, fait de zouk, d'afro et de tribal house, de soul, de techno et de musique traditionnelle africaine. Tous unifiés derrière un langage : le rythme.

Derrière ce concept enchanteur se cachent trois acteurs clés de l'art et de la musique sud-africaine : Aero Manyelo, jeune prodige de de la house, Manteiga, artiste et directrice de théâtre et Spoek Mathambo, véritable parrain de la musique électronique africaine - briseur de barrières et faiseur de miracle. Le dernier en date, c'est Musica da Terra, le premier album de Batuk sorti début juin, témoignage d'une jeunesse consciente, connectée au reste du monde et fière de ses racines africaines. Une leçon d'humanité, de partage et d'optimisme qui se ressent dans le clip de Vida, une traversée quasi-documentaire dans le Mozambique qui danse, qui joue au foot, qui se rassemble et qui fête. Une réflexion sur notre "chez nous", à chacun d'entre nous. Là où l'on se sent fort et vivant. Intouchable. On a posé quelques questions à Spoek et Manteiga, artisans de la relève électro africaine. 

Qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur ce clip - qu'est-ce qui vous a donné envie d'aller tourner au Mozambique ?
Spoek Mathambo : Maputo est à peu près à 6 heures de route de Johannesburg, où l'on vit. On y est beaucoup allé dernièrement. Ce clip n'est pas vraiment un clip au sens traditionnel, scénarisé et artistique du terme. C'est plus un documentaire, nous suivant pendant une journée alors qu'on bosse sur notre album Musica da Terra. On a énormément collaboré avec des collectifs et musiciens locaux.
Manteiga : Inhambane, au Mozambique, c'est le paradis. Un endroit magnifique avec des gens merveilleux… C'est ça qu'on voulait capturer, tout en explorant le plus naturellement possible la musique et la culture locale.

Qui sont les gens qu'on aperçoit dans ce clip ?
S : Nous sommes dans le clip, avec notre ami et collaborateur Nandi Ndlovu. Certaines personnes sont des musiciens mozambiens des collectifs Grupo Makarita et Grupo Zore. Autrement, ce sont des gens d'Inhambane… la communauté et l'endroit sont les vraies stars de ce clip.

Comment décririez-vous le thème de cette chanson ?
M : Elle parle du concept du foyer. De chez soi. Peu importe le stress et les conneries auxquelles on est soumis dans la vie, tout le monde devrait avoir un endroit où aller pour se sentir vivant. Et ce n'est pas forcément là où est la famille. Nous avons trouvé un foyer à Inhambane, au Mozambique.

Et comment avez-vous tenté de le transposer visuellement ?
S : Je trouve que la vidéo fait l'effet d'un rêve. La caméra se déplace comme un fantôme, en s'approchant intimement des personnes. La lumière est magnifique, naturelle - l'énergie et le spectacle, la danse, aussi. Parce que ce n'était que du documentaire. C'est chez nous, ça ne peut qu'être naturel.

Est-ce qu'il existe une spécificité à la musique sud-africaine ?
S : Je pense que l'Afrique du Sud est unique parce qu'elle concentre un brassage d'énormément de cultures. Pendant des centaines d'années, ce pays a été baigné dans de nombreuses cultures.

Comment vous décririez cette scène ?
M : Dynamique. En constante évolution. Divisée. Incertaine. Fière.

Quelle est sa place au sein de la scène émergente électro africaine ?
S : L'électro africaine est un mouvement important depuis longtemps, maintenant. Et dans cette histoire, l'Afrique du Sud a eu un rôle prépondérant. On s'exprime différemment aux quatre coins du continent et au sein des différentes diasporas, mais je pense qu'au milieu de tout ça, l'électro sud-africaine a une portée autrement plus grande.

Est-ce que, par exemple, le mélange subtil de sonorités traditionnelles et de sonorités modernes est primordial, où est-ce un carcan duquel la scène africaine doit aussi savoir s'échapper ?
S : On fait ce qui nous semble le plus naturel, les règles ne nous importent pas.
M : Notre tradition, c'est notre tradition - comme nos racines restent nos racines, et notre musique reste notre musique. S'en détacher, se serait comme nous soustraire à notre art.

Quelles sont vos influences, musicales, visuelles ?
M : Nous avons chacun nos propres influences. Le miennes sont le Marabenta, le Kizomba et le Passada ; je suis influencé par des artistes comme Marina Abramovic et Noa Wertheim, Pablo Almodóvar... Le monde est énorme. Nous sommes constamment nouvellement inspirés par de nouveaux artistes et créateurs.

Si vous deviez décrire la musique de Batuk en une phrase, une idée, une philosophie ?
S : Des jeunes qui vivent leur rêve.
M : Où il y a de la passion dans la création, il ne manquera jamais d'amour.

Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter, à vous et au monde, en 2016 ?
S : J'aimerais que les gens sortent de leurs zones de confort et explorent d'autres endroits, d'autres cultures… il y a beaucoup à y apprendre.
M : Plus d'amour, plus de rire, plus de découvertes, plus de danse, plus de liberté. 

Credits


Texte : Antoine Mbemba
Photographie : LIONWOLF

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