Adwoa wears T-shirt Saint Laurent. Hat The Leather Man. Earrings (worn throughout) Repossi and model's own. 

avec ou sans vinoodh, la photographe inez van lamsweerde a plein de choses à dire sur les femmes

La photographe Inez van Lamsweerde a shooté Adwoa Aboah pour le nouveau numéro d'i-D, exclusivement féminin. Avec elle, nous célébrons le pouvoir de l'image et de celles qui les font.

par i-D Staff
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22 Août 2016, 3:55pm

Adwoa wears T-shirt Saint Laurent. Hat The Leather Man. Earrings (worn throughout) Repossi and model's own. 

Veste et chemise Balenciaga. Jupe Junior Gaultier de Resurrection Vintage. Bandana et gants, atelier de la styliste. Badge et chaine (portée sur la jupe) Supreme.

Veste et jupe Ronald van der Kemp. Gants, atelier de la styliste. Bottes Balenciaga. 

Veste Junior Gaultier chez Resurrection Vintage.

Veste et t-shirt Saint Laurent. Chapeau The Leather Man. Lunettes de soleil et bandana, atelier de la styliste. 

Veste et jupe Anthony Vaccarello. T-shirt Saint Laurent. Chapeau The Leather Man. Lunettes, atelier de la styliste. Bottes Balenciaga. 

Inez Van Lamsweerde chamboule le paysage de la photographie de mode. Son esthétique, sensible et audacieuse, mêle avec beaucoup d'aisance, le glamour de la décennie 70 et le pouvoir de manipulation engagé par le numérique. Elle subvertit l'opulence et la sexualisation du premier en y intégrant des éléments surréalistes que le numérique lui permet de réaliser. C'est à elle qu'on doit d'avoir renversé les codes de la photographie de mode ces dernières années.

La mère d'Inez était une journaliste spécialisée dans la mode. Elle a grandi en parcourant les pages du Vogue, et s'est forgée, très jeune, une identité visuelle inspirée de Guy Bourdin et Helmut Newton. Avec sa maman, elle se rendait à tous les défilés parisiens et passait le temps en recopiant ce qu'elle voyait devant elle. Cette passion l'a poussé à se diriger vers la mode. Mais c'est la photographie qui l'a finalement trouvée, lorsque Inez, tout juste diplômée en design textile, fait la rencontre de Vinoodh (son partenaire créatif depuis 30 ans maintenant) qui lui a laissé le soin de photographier sa première collection en tant que créateur.

Entre eux, ça a tout de suite été le coup de foudre : le couple n'a pas tardé à signer ensemble des séries photos. À deux, ils sont devenus de puissants image-makers. Entre les campagnes et les éditos, Vinoodh et Inez ont shooté les talents les plus avant-gardistes. Et de très belles personnes.

Inez était une des premières photographes à utiliser l'ordinateur et la nouvelle technologie pour trafiquer ses images. Dans l'une de ses séries, Thank You Thighmaster; Inez a audacieusement retouché les seins et le sexe des femmes nues qu'elle a photographiées, pour mieux explorer les problématiques liées à la sexualisation, l'émancipation féminine et la féminité.

Très vite, son travail a tapé dans l'oeil du magazine The Face. Sa série, For Your Pleasure, a pris la forme d'un plaidoyer engagé contre toute forme de domination, à grands renforts d'une esthétique grunge très dans son temps. Ses images mêlaient le futurisme au glamour. La retouche à outrance,quant à elle, se faisait le miroir du luxe, donc d'un univers parallèle. 

Inez et Vinoodh se sont ensuite installés à New York. Sur toutes les lèvres, leurs noms respectifs ont façonné la résurrection de la Big Apple artistique. Le couple enchainait les collaborations, avec i-D, bien sûr, mais aussi avec Vogue, Pop, Harper's Bazaar, Fantastic Man et Purple, entre autres. Bjork, Lady Gaga, plus récemment Rihanna, Kanye West et Paul McCartney, adhèrent à leur esthétique visuelle, au même titre que les plus prestigieuses maisons : Saint Laurent, Dior, Givenchy, Balenciaga, Yohji Yamamoto, Louis Vuitton et Helmut Lang, soucieux de laisser à Inez, le soin de prolonger et célébrer leur univers.

Notre nouveau numéro, exclusivement féminin, ne pouvait pas passer à côté d'une femme comme Inez. C'est elle qui a shooté notre cover star Adowa, qu'elle a souhaité, comme à son habitude rendre "pétillante, belle, surprenante, héroïque, quoique l'image laisse entrevoir une certaine fragilité," selon ses dires. i-D a discuté avec elle du pouvoir de l'image lorsqu'elle est faite par une femme.

Quel est ton premier souvenir dans la mode ?
Ma mère était une journaliste spécialisée dans la mode alors toute petite, déjà, je me rendais avec elle aux défilés et m'asseyais sur ses genoux. Je dessinais ce que je voyais, comme elle. J'ai grandi avec le Vogue français dans les mains et ce magazine a été une vraie référence. Les photos de Guy Bourdin et Helmut Newton ont façonné ma vision de la mode, de l'attitude, elles m'ont appris à donner de l'importance aux couleurs, aux formes, à la composition. 

Comment s'est faite ta rencontre avec la photographie ?
J'ai commencé par étudier la mode et le textile mais j'ai vite changé mon fusil d'épaule pour apprendre la photo dans une école d'art. J'ai réalisé que mon rapport à la mode était essentiellement visuel. Dès les premiers jours à l'école, je me suis rendue compte que la photo de mode était ce qui me plaisait le plus - c'était tellement naturel pour moi. J'étais submergée d'images de mode depuis ma naissance. J'ai travaillé pour Vinoodh qui avait fait sa première collection pour sa marque perso, Lawina. Il m'a demandé de shooter pour lui.

Quand tu as rencontré Vinoodh, t'attendais-tu à ce que votre relation professionnelle dure dans le temps ? 
C'était le coup de foudre créatif, dès l'instant où l'on s'est rencontrés tous les deux. Nous étions tous les deux en couple avec quelqu'un d'autre, chacun de notre côté. Et au fur et à mesure, le travail et la collaboration aidant, nous sommes tombés amoureux. On a attendu six ans avant de se mettre ensemble ! 

Pourquoi ça matche entre vous deux, d'après toi ? 
On est tous les deux passionnés - par notre boulot, notre fils, notre vie à deux.

Tu n'es jamais nostalgique du temps passé ? 
À l'époque, on passait plus de temps sur chaque image. On prenait notre temps, pour nos éditos comme pour nos campagnes. On est plus occupés aujourd'hui, c'est vrai, mais c'est loin d'être une mauvaise chose.

Quel est ton processus créatif, d'où te viennent tes idées ? 
Elles défilent dans ma tête lorsque je suis au calme et seule.

Quel conseil te donnerais-tu, si tu te voyais à 17 ans aujourd'hui ?
La relation professionnelle que tu entretiens avec ceux que tu aimes est toujours la plus riche et la plus belle.

Qui étaient tes mentors, quand tu as commencé ? 
Guy Bourdin, Helmut Newton, Richard Avedon, Irving Penn, Deborah Turberville, Sarah Moon, Rainer Werner Fassbinder, Luchino Visconti, CNN, les pubs pour les cigarettes Newport, Pablo Picasso, Jeff Wall, Jeffrey Deitch...

As-tu une image de jeunesse fétiche ? 
Oui, celle que j'ai réalisée pour The Face, en 1994 : deux filles à vélos avec une fusée en arrière-plan.

Qu'est-ce qui définit une image Inez ?
L'équilibre entre fragilité et puissance, entre l'onirique et le tangible, l'héroïsme et la vulnérabilité. Le dualisme, en somme. 

Est-ce qu'être une femme photographe a un impact sur ton esthétique ?
Oui, j'essaie systématiquement de me mettre dans la tête et la peau de la fille que je photographie. Je me demande toujours : à quoi voudrais-je ressembler si j'étais cette fille ? Est-ce que je porterais ça ? J'instaure toujours une relation de confiance entre elle et moi, je veux que chaque fille que je shoote soit pétillante, forte, imprévisible et plus belle qu'au quotidien. Dans toutes ses failles et ses qualités. 

Qu'est-ce qui change, lorsque tu photographies un homme ?
Homme ou femme, je veux qu'ils se sentent forts et beaux à l'image. Mon gout personnel entre évidemment en compte dans le processus mais j'aime construire une image avec le modèle que je photographie. Vinoodh partage ce même désir que moi. 

La photographie de mode est encore l'apanage des hommes. Pourquoi, d'après toi ?
Parce qu'on considère qu'un homme est plus technique et pro. Et parce que la photographie de mode a longtemps privilégié le désir masculin comme prisme essentiel à sa création.

Est-ce que le fait d'être une femme impacte ton travail et ta carrière au quotidien ? 
Je me souviens qu'au tout début de ma carrière, les gens du milieu considéraient que je n'étais pas assez technique ni assez forte, pour créer une image ou porter mon matos toute seule.Mais Annie Leibovitz et Cindy Sherman leur avaient déjà prouvé le contraire. 

Quel conseil donnerais-tu aux jeunes femmes qui se lancent dans la photo ?
Étudie, aussi longtemps que tu le peux pour te forger un regard et une vision indépendants.

Quelle perspective unique peuvent amener les femmes dans la photographie contemporaine ?
Une narration personnelle et engagée.

De plus en plus de jeunes femmes se font connaître dans le milieu de la photo. Pourquoi maintenant, d'après toi ?
Je pense que le monde attend de la réalité qu'elle soit perçue autrement.

Comment les jeunes filles peuvent militer ?
En bossant dur, en étant intègre et en ignorant ceux qui les jugent sur leur physique.

Qu'est-ce qui te donne chaque jour envie d'aller plus loin dans l'image ?
Ceux que je photographie !

Comment s'imbriquent l'art et la mode dans ta photographie ?
Ils s'imbriquent naturellement et intuitivement.

Quel est le plus gros changement que tu aies vécu au sein de l'industrie ? 
L'arrivée du numérique. Elle a tout chamboulé.

Considères-tu Instagram ou Facebook comme des plateformes artistiques ?
Bien sûr, j'adore ça. Instagram permet à n'importe qui de partager ses inspirations et de faire découvrir à son public un univers personnel.

Qu'est-ce qui fait le succès d'une image ?
L'émotion qu'elle transmet.

Tu as également produit des images pour des joailliers et pour des cosmétiques. Qu'est-ce que ces expériences ajoutent à ta photo ?
Une approche personnelle de l'objet. 

Quelle discipline te séduirait, en dehors de la photographie ?
Je m'intéresse beaucoup au design d'objet. En ce moment, nous avons le projet d'ouvrir et designer un restaurant. Oh, et un projet de film en tête !

Si tu ne devais garder qu'une série de toi ?
Me Kissing Vinoodh.

Credits


Photography Inez Van Lamsweerde 
Fashion director Alastair McKimm 
Creative direction Vinoodh Matadin
Hair Ward at The Wall Group using Living Proof. Make-up Kabuki using M.A.C Cosmetics. Nail technician Michelle Saunders at Forward Artists using Essie.
Lighting director Jodokus Driessen. Studio manager Marc Kroop. Studio co-ordinator Tucker Birbilis. Photography assistance Joe Hume. Digital technician Brian Anderson. Styling assistance Lauren Davis, Sydney Rose Thomas. Make-up assistance Jenny Clemens. Production Stephanie Bargas and Eva Harte at VLM Productions, Gabe Hill and Suzy Kang at GE Projects. Model Adwoa Aboah at Tess Management and The Lions.

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