malheureusement, ces photos de 1964 du mouvement des droits civiques n'ont pas pris une ride

Certaines des images les plus poignantes du mouvement des droits civiques ont été prises par Danny Lyon, photographe et activiste. Le Whitney Museum de New York lui consacre une rétrospective qui fait tristement écho aux tensions raciales et politiques...

par Hannah Ongley
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22 Juillet 2016, 9:40am

Peu après avoir rencontré l'activiste et parlementaire John Lewis pendant la lutte pour les Droits Civiques, le photographe Danny Lyon tournait un court-métrage de quatre minutes jouant la chanson gospel "This Little Light of Mine" en bande-son. La semaine dernière, Lewis - dernier membre vivant des "Big Six" (six leaders emblématiques du mouvement des droits civiques) et meneur d'un récent sit-in anti-armes à Washington - revenait sur la signification persistante de cette chanson à l'occasion d'une discussion avec Lyon au Whitney Museum ; où se tient actuellement une rétrospective d'envergure des images du photographe. « C'était tellement à-propos, à l'époque, de voir ces jeunes filles chanter 'This Little Light of Mine' partout à travers l'Amérique, expliquait-il. La nuit dernière, au Capitole, plus de 2000 personnes ont chanté 'This Little Light of Mine.'"

Lewis faisait alors référence à un rassemblement au Capitole, en soutien à la campagne Disarm Hate pour un contrôle accru des armes à feu, qui a récemment réussi à unir les activistes anti-armes avec des groupes LGBT pour donner encore plus de force à son message global. Comme les événements de ces dernières semaines l'ont prouvé (la fusillade du club gay d'Orlando et le meurtre de plusieurs officiers de police à Dallas), les tensions raciales et politiques se sont horriblement intensifiées. Les photos de Danny Lyon prennent aujourd'hui une tournure nouvellement tragique. Pendant le mouvement des Droits Civiques, Lyon a immortalisé les freedom rides (manifestations pour la liberté) organisées par 13 militants des droits civiques - des noirs, des blancs - pour contester la ségrégation dans les bus. C'était en 1961 - l'année de naissance de Barack Obama. De quoi plaisanter : "Que faisait-il à l'époque ? Rien ! Il se reposait à Hawaii !"

Lyon a aujourd'hui 74 ans, comme Bernie Sanders. Et d'ailleurs, l'un de ses premiers reportages photographiques, encore en tant qu'étudiant, l'emmena à l'Université de Chicago où Sanders organisait des sit-in contre la ségrégation. Un peu plus tôt cette année, Lyon s'est exprimé sur son blog pour défendre Sanders. Certains médias s'étaient permis de douter de l'authenticité des photographies virales montrant l'homme politique dans ses premiers pas de militants des droits civiques - dont une où il se fait arrêter, en 1963. "J'ai photographié Bernie une seconde fois, après qu'il se soit coupé les cheveux. On peut le voir à côté du prix Nobel Dr. George Beadle, écrivait-il alors. Le Time assure maintenant que ce n'est pas lui sur la photo. C'est bien Bernie. Et ceci est une preuve de la sincérité de son combat pour la justice à l'égard des afro-américains" Une affirmation qui vient d'une source finalement assez objective : Lyon admet volontiers à Lewis qu'il n'a jamais été pote avec Sanders. Au contraire, il le trouvait assez ennuyeux, au grand dam de son auditoire. "John, tu sais que tout le monde ici est fan de Bernie Sanders ?" s'amusait-il au début de leur conversation. 

Mais la vraie contribution de Lyon à l'histoire réside dans les photos qu'il a pris des heurts entre la police et les militants pendant les manifestations et les sit-in. On y voit la Garde Nationale lourdement armée, des visages froids et fermés en train d'arrêter des activistes pacifistes noirs, blancs, au milieu du gaz lacrymo et des flingues. Beaucoup de ces images auraient pu être prises pendant les récentes manifestations de Baltimore et Baton Rouge contre les violences policières. Les photos des droits civiques prisent par Lyon souligne également le danger et l'importance de filmer et documenter les cas de violences policières en cet âge des smartphones et des réseaux sociaux. Quelque chose qui a été très clair aux yeux de l'incroyablement courageuse Diamond Reynolds, qui publiait ce mois-ci sur Facebook une vidéo traumatisante filmée quelques secondes après que son petit copain Philando Castile a été tué par un policier à Falcon Heights, juste à côté d'elle. Lewis expliquait qu'avant les réseaux sociaux (et les iPhones discrets), il était beaucoup plus dangereux de s'engager dans ce genre d'initiative. "C'était très dangereux d'être photographe. Si vous aviez un appareil photo, un stylo, un carnet de notes pendant une manifestation, quand vous arriviez à la gare à Montgomery, ce n'est pas les militants noirs ou blancs qu'ils attaquaient. C'était d'abord les photographes et reporters."

Lyon et Lewis sont apparus assez déprimés en constatant que leur œuvre est encore pertinente aujourd'hui. Mais ils restent optimistes. "Quand les révolutions arrivent, le temps est compressé," assure Lyon, rappelant au public que le changement ne se fait pas en une nuit. Lewis espère que l'Amérique saura faire le bon choix au moment de voter. "Il faut qu'on se mobilise, que l'on vote comme jamais l'on a voté. L'Amérique change. Nous devons embrasser ce changement."

Danny Lyon: Message to the Future  se tient au Whitney Museum of American Art de New York jusqu'au 25 septembre 2016. 

Credits


Texte Hannah Ongley
Photograhie Danny Lyon, courtesy of Whitney Museum of American Art

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