10 choses à savoir absolument sur aalto

Alors que la saison des grands prix s'annonce, le créateur Tuomas Merikoski, Finlandais d'origine, Parisien d'adoption et cerveau d'Aalto est en pleine ascension. Rencontre.

par Steve Salter
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31 Mai 2016, 1:05pm

Le monde de Tuomas Merikoski a bien changé depuis qu'il a quitté sa Finlande pour la France où il a étudié l'Institut Français de la Mode. Quinze ans plus tard, force est de constater que sa terre natale est encore durablement inscrite dans son esprit. Après s'être fait la main au sein des studios Givenchy et Louis Vuitton, il lance Aalto en 2014. L'objectif : allier son savoir-faire parisien et son identité, celle la plus proche du cœur, en partageant avec le monde sa culture finlandaise. Fort de cette enrichissante dualité, Tuomas se joue des idéaux féminins et masculins, tout en réinventant le passé, le présent et le futur de la mode finlandaise. Voilà donc deux ans qu'Aalto est née. Cela aura suffi à Tuomas pour s'offrir une place de finaliste au Prix LVMH et au concours de l'Andam. Sa collection automne/hiver 2016, shootée par Johan Sandberg, n'est qu'une raison parmi tant d'autres qui nous pousse à penser que Tuomas pourrait bien devenir l'homme de l'année. 

1. Il est né dans le "Roubaix de la Finlande"…
"Je viens de Tampere, une vieille ville industrielle située entre deux énormes lacs, au centre de la Finlande. C'est une ville ouvrière traditionnelle, très vivante - typiquement finlandaise. Beaucoup d'artistes en viennent."

2. Avant la mode, il y avait la musique...
"Mes premiers souvenirs de mode viennent de mes étés, dans les années 1990, passés à traîner et à écouter du Trip-hop et du Hip-hop. Je me suis mis à m'habiller en tenues hip-hop vintages, des trucs fous. Tout ça était très lié à la musique que je voulais faire à cette époque. Dans ce sens, je n'ai vraiment pas le cheminement classique du designer de mode. Je n'avais aucun modèle de créateur avant de décider d'étudier la mode et d'en faire ma carrière. Puis Margiela, MiuMiu, Prada et Alaia sont devenus mes héros."

3. Il est passé de polytechnique à Aalto
"Après pas mal de temps passé à l'université je me suis rendu compte que j'étais de plus en plus incapable de me réveiller pour aller en cours. C'était devenu impossible. Et invivable. J'ai quitté les bancs de l'école pour vivre de ma passion. Je ne connaissais rien à la mode. À l'époque, j'étais plus dans le graphisme ou la musique. Je me suis inscrit dans une école de mode finlandaise. Et j'étais le seul mec dans la classe. Mon échange à Paris a servi de déclic."

4. Le design finnois, ça veut tout et rien dire en fait…
"J'ai toujours été attiré par la pluralité des formes et des discours. En ce sens, je me suis toujours échappé de la vision traditionnelle qu'on donne au design finnois. J'ai réalisé que ma culture, comme ma manière de penser, sont très finnoises. Je les porte en moi. Aalto reflète ce qui se passe dans ma tête. C'est une marque finnoise, ouverte au monde, dans son sens le plus large possible. C'est une vision de la Finlande plus complexe et moins unilatérale que ce qu'on en voit d'habitude."

5. Il veut célébrer la beauté de la Finlande…
"De ses kids à ses scènes quotidiennes, la Finlande me nourrit et m'inspire encore. Pas sa vision polie, lissée par la culture de l'image, mais sa vraie personnalité. Aalto, c'est aussi bien le nom commun qui désigne les gens, qu'un nom finnois qu'on reconnaît à l'étranger. Et puis surtout, à l'image de mon nom, Merikoski, Aalto est intimement lié au thème de l'eau. Sa signification m'importe."

6. Il s'adresse d'abord à la jeunesse
"La jeunesse est le pouls qui enregistre les pulsations du présent . Elle reflète l'énergie et les émotions que je veux retranscrire à travers mes créations. C'est ce sens de l'audace, de la rébellion qui pousse à brouiller les frontières, viser les limites. C'est instinctif, pur, direct. Parfois candide mais jamais fragile. J'aimerais ne jamais devenir aigri. C'est ce que j'espère aussi pour Aalto."

7. Il est fier de participer à l'effervescence créative parisienne… 
"Pendant longtemps, on a cru que Paris s'était figé. Aujourd'hui, tout bouge. Cette effervescence est vivifiante, pour les habitants comme les jeunes créateurs. Maintenant que je me considère comme un presque vrai Parisien, cette énergie m'influence et me donne envie d'aller encore plus loin. Je lui dois énormément, dans le boulot comme dans le pro. Dans un sens, cette reconnaissance m'a permis de renouer avec mes origines finnoises, de les célébrer et d'en être fier."

8. Chaque récompense est une opportunité nouvelle.
"Je suis très fier d'avoir été reconnu pour Aalto et mon travail. Je suis heureux que les gens comprennent ma manière de penser et voir la mode. C'est un pas de géant pour une jeune marque. La reconnaissance sert la créativité, resserre les liens entre le client et la marque, prolonge notre univers… La liste est encore longue." 

9. S'il a bien appris une chose de la vie c'est …
"De tout faire pour vivre de sa passion. Il n'y a pas une bonne manière de faire. Avoir l'audace de le faire, même si la reconnaissance ne vient pas. Et enfin, travailler. Se surpasser, toujours plus que la veille."

10. Ce qu'il attend du futur…
"Tant que la société et la liberté d'expression vivront, la mode existera. Il ne faut pas s'en soucier. Le futur offrira de nouvelles manières de faire, créer et vivre. que ce soit à l'échelle locale ou globale, virtuelle ou tangible. J'aimerais voir l'industrie de la mode se doubler d'un rôle social, qui questionne notre façon de consommer - elle doit être plus qualitative que quantitative. Qu'elle soit plus responsable mais toujours plus créative. J'espère que la créativité trouvera, encore demain, l'espace nécessaire à son expression, à ses tâtonnements, ses échecs et ses réussites. Je rêve de pouvoir consacrer tout mon temps sur des projets créatifs et d'aller toujours plus loin dans l'inattendu. Le futur est incertain mais plein d'espoir et d'opportunités. C'est déjà une très belle chose."

@aaltointernational

Credits


Photographie : Johan Sandberg

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