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à quoi ressembleront les anglais post-brexit ?

On a parié sur les tendances modes qui forgeront l'identité visuelle de la Grande-Bretagne post-Brexit.

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09 Mai 2019, 2:34pm

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Cet article a été initialement publié sur i-D UK.

« Tu fais sensation en avril / c’est fini en mai » - « You’re riding high in April / Shot down in May », chante Sinatra dans « That’s Life », une ballade morose autour de la fugacité de la vie humaine, va-et-vient incessant entre extase et dépression. Certains en auront déjà eu assez mais si, comme moi, vous aimez vous complaire dans le désespoir, sachez qu'il est possible de remplacer ce vague « mai » par une date qui a plus de sens pour vous. Personnellement, je choisis le 23 juin 2016. Pour les heureux ignorants qui se trouveraient parmi vous, notez qu'il s'agit du jour où 52% de la « Grande » Bretagne a décidé de se tirer une balle dans le pied au nom d'une prospérité économique, de tourments politiques trop installés et de nouveaux passeports bleus (qui sont assez chics, c'est vrai.) Heureusement, le spectre du Brexit à venir devrait permettre la résurgence de tendances redéfinissant l'identité visuelle de ce qui fut, un jour, un beau et grand pays.

Le bronzage

Dans la vie, certaines vérités sont irréfutables : la terre est ronde, le pape est catholique, et les britanniques aiment bronzer. Les premières victimes du no-deal seront sûrement ceux qui ont l’habitude de partir rapidement en voyage à Alicante. Leurs besoins d’UV devront se limiter aux fameux trois jours de soleil annuels et ils seront obligés de se retrancher sur l’obscur marché des cosmétiques auto-bronzants, qui n’était jusqu'alors accessible qu’à Ariana Grande.

Mais ce teint artificiellement mélaniné a sa part d'ombre : à l'heure où Londres se détourne de la citadelle européenne, certains risquent de prendre les choses un peu trop au pied de la lettre. Dans une tendance à rapprocher du très problématique blackfishing, le bronzage a de fortes chances de devenir un moyen d’afficher sa tolérance et d’affirmer haut et fort « Nous ne sommes pas xénophobes, car nous sommes bronzés ».

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Le drapeau de l'Union Jack

Ils ont beau s'abriter derrière un parti-pris esthétique, difficile de considérer les adeptes du blackfishing comme des icônes de style. En réalité, Instagram semble bien pauvre en potentiels influenceurs partisans du Brexit. Les plus à même de s'en rapprocher sont ceux qui cherchent à exhumer l’esprit des années 90 à tout prix - l'une des dernière fois où il a été possible d’exprimer publiquement un sentiment patriotique sans faire face à la rage d’un bulldog incontinent. Un âge d’or sur lequel régnait McQueen à Londres et pendant lequel se préparait le pré-scandale Galliano à Paris. Geri Halliwell portait un énorme drapeau Union Jack sur scène sans qu’on la dise fasciste, bien avant que les mornes groupes indie-pops du milieu des années 90 ne ruinent la crédibilité musicale du Royaume-Uni. La création d’une mode nationale inédite et orgueilleuse, l'avènement des taille basses, des robes drapeaux et de tout le reste.

Le sportswear

Le Royaume-uni a toujours entretenu des relations complexe avec le sportswear : autrefois signe d’une jeunesse à la marge, son succès s'étend désormais aux cercles de banquiers gays kiffeurs de sneakers et à ceux des étudiants alternant entre kétamine au Bristol et classiques à la bibliothèque. Les joies de la démocratie ! Le problème, c'est que lorsque les prix se seront stabilisés, les seules personnes qui auront les moyens d’acheter du Adidas importé seront d'insupportables gosses de riches et des banquiers gays. Plutôt que de détourner l’attention d’un riche patrimoine personnel, le sportwear va permettre de l’accentuer. Mais ne faisons pas comme si nous ne nous étions pas préparés à ce phénomène : à l’est du W1 à Londres, personne n’a pu s’acheter une pièce « streetwear » depuis 2016. Dans un avenir post-Brexit, posséder un survêtement à trois bandes aura au moins autant de valeur que son nom sur la liste de chez Loulou [club très privé londonien NDLR].

Les parcs

Ils vous sont sûrement déjà familiers, mais je me permets de les mentionner pour signifier qu’ils sont toujours bien présents. Rien ne me rend plus fier de paresser dans un parc bondé dont l’herbe est marron dès la mi-juillet, une cannette de K Cider à la main entouré d'une foule bruyante : voilà de quoi forger le caractère, Shakespeare a certainement dû y puiser l'inspiration pour son Sonnet 18.

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Cotweiller automne/hiver 19. Photographie @mitchell_sams

Le cruising

Vous risquez également de voir certaines pratiques se multiplier dans votre square de quartier, en fonction de celui que vous choisirez de fréquenter. Rodant autour des buissons, jetant des regards furtifs comme autant de flèches à un Cupidon débraillé, vous vous demandez ce que ces hommes font là. À votre place, si je n’avais pas encore compris, je terminerai ma lecture ici afin de garder un peu d'innocence.

Vous restez là ? Ok, vous vous demandez peut être en quoi le Brexit peut mener à une hausse de la pratique du cruising ? Ce que trop peu de monde a pris en considération, c'est à quel point la crise traversée par la Grande Bretagne est maîtrisée par les grandes multinationales européennes, tout comme le sont nos réseaux de télécommunications : EE, Deutsche Telekom et Orange France font front commun, tandis que O2 appartient à Telefónica, une entreprise qui, comme ses consonances l'indiquent, n'a rien de très britannique. Lorsque la Grande-Bretagne coupera les ponts qui la relient au continent, et qu'elle se laissera voguer à la dérive, les pylônes de communication seront les premiers à tomber. Et les gays seront les premiers frappés par la panne de 4g. Sans Grindr, cette culture du cruising underground, répandue dans la Grande Bretagne d’avant l’Union Européenne, reprendra son expansion et il semblerait que les Anglais y soient déjà préparés. Pour les innocents qui ont choisi de poursuivre cette lecture, ne pensez pas que ce paquet de mouchoirs bleu dans la poche de l’homme qui vous dévisage se trouve là parce que c’est sont nez qui doit être soulagé.

Cet article a été initialement publié sur i-D UK.

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