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qu'est-ce la nostalgie des années 2000 dit de notre génération ?

La pop culture aurait disparu en 2009, et c’est peut être mieux ainsi.

par Dani Ran
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15 Mai 2019, 11:17am

Ouvrez votre Instagram et tomberez très certainement sur une jeune influenceuse en survêtement Juicy Couture, un saddle de chez Dior au bras. Sur internet, tous les emblèmes des années 2000 font leur grand retour, comme les fameux motorolas à clapet, le compte Tumblr «Pop Culture Died in 2009» s'est érigé en une véritable Bible, glorifiant la presse à scandale, le toutou de Nicole Richie et les frasques de Michael Jackson. On y voit souvent des coupures des magazines Us Weekly ou de People du début du millénaire portant sur les différentes dépressions des célébrités, leur problème de régime et leurs abus d'alcool en boites de nuit. Le tout estampé d'un immense titre sensationnel, jaune fluo. Dans ce brassage nostalgique, un grande partie d'entre nous se souvient des années 2000 comme la décennie des mini-lunettes aux verres tintés rose, mettant complètement de côté les problèmes sociaux et politiques qui traversaient aussi cette période.

Quand on pense à la pop culture des années 2000, le boom des tabloïds nous vient tout de suite à l’esprit. On se souvient du décolleté de Janet, de l'Umbrella gate de Britney, et de l’obsession malsaine de TMZ pour le poids fluctuant de Nicole Richie. Mais comme toutes les sagas tabloïds, gouvernées par des paparazzis obsédés, il est trop facile d’oublier que les histoires juteuses qui font la vie de ces vieux magazines people concernent de vraies femmes, célèbres ou non. Cette culture des paparazzis, des célébrités et des tabloids à atteint de tels sommets dans les années 2000 que nous nous sommes retrouvés à assister passivement à la chute spectaculaire (et publique) de grandes célébrités. Ainsi, nous avons tous indirectement pris part à cette déchéance.

Il est difficile d’imaginer, qu'il y a seulement 19 ans, bien avant les diatribes Twitter et les vidéos d’excuses sur youtube, qu’une presse people sans vergogne contrôlait l’image de femmes célèbres, mondaines, actrices, et autres popstars. C’était l’époque où Us Weekly était obsédé par l’alcoolisme de Lindsay Lohan, tandis que les photographes suivaient Britney Spears de si près que son très jeune fils lui a presque échappé des bras. Au delà de ce qui peut être montré sur les comptes Instagram qui se passionnent pour les années 2000, ce qui les caractérise ne sont ni les survêtements en velour ou les bottes UGG, mais plutôt la misogynie et l'abus des médias harceleurs.

La représentation des femmes célèbres à travers la pop culture des années 2000 a beaucoup influencé nos vies. Avant les réseaux sociaux – grâce auxquels, reconnaissons-le, les célébrités ont pu reprendre le contrôle de leur exposition médiatique – le culte de la célébrité dans les tabloids était le seul moyen de déterminer la façon dont une femme célèbre pouvait ou non agir.

Près de deux décennies plus tard, bien que ces tabloids ont aussi bien vieilli que Columbo, ils restent l'objet d'une idolâtrie morbide. Force est de constater qu'à l'inverse, la montée en puissance des réseaux sociaux a généré une plus grande empathie pour les célébrités qui sont désormais considérées comme des être humains. Pourtant, c’est aussi sur les réseaux sociaux que la génération Z idéalise aujourd'hui les tabloids des années 2000 et la pop culture qu'ils ont générée, pourtant opposés aux valeurs qu'ils défendent. Pourquoi cette même génération concernée par les questions de genre, le débat féministe, le développement durable et les combats LGBTQ idéalise toujours une époque aussi problématique que celle des années 2000 ? Imogen Wilson, une londonienne de 20 ans qui publie régulièrement des clichés des années 2000 sur Tumblr et Instagram, tente d'expliquer cette contradiction.

« M’habiller avec ces vêtements me rappelle ma jeunesse, la pop culture et la musique de l’époque, » explique Imogen a i-D. Il y a une vraie nostalgie associée aux vêtements et aux marques que je choisi de porter maintenant. Il est vrai que je n’associe pas la mode des années 2000 aux problématiques plus profondes de l’époque. Pour moi, la mode est séparée de ça, principalement parce que j’étais très jeune au début des années 2000 et je ne m’en rendais pas compte. »

Fondamentalement, est-ce qu’idéaliser les tendances de la pop culture des années 2000 induit nécessairement que nous sommes insensibles aux problèmes de l’époque ? C'est la question que se pose Andi Zeisler, co-fondatrice et directrice du média féministe Bitch Media : « Il est normal d’aimer quelque chose et de se rendre compte en grandissant que des choses nous ont échappé parce qu'on ne disposez pas du langage, des idées ou de la conscience nécessaires. Ce n’est pas parce que nous vivons dans une époque où la conscience de certaines personnes s’est éveillée, que l'on doit tout condamner et faire comme si nous détenions l’universelle vérité. On peut laisser ces choses là dans le passé.»

En effet, peut-être que nous pourrions continuer à utiliser joyeusement des sonneries Motorola, mais il semble nécessaire de se demander d’abord comment ces pratiques peuvent influencer la pop culture de demain.

Onze ans après la très médiatisée dépression de Britney Spears, une autre jeune pop star, qui avait elle aussi commencé sa carrière alors qu'elle n'était qu'un enfant, s’est retrouvée dans une situation similaire. Demi Lovato n’est pourtant pas étiquetée comme une « catastrophe » dans les journaux ou sur les réseaux sociaux. Elle est même applaudie pour son honnêteté et sa participation à l’ouverture des discussions menées au sujet des troubles mentaux. Plus tôt cette année quand Britney elle-même a révélé qu’elle était internée dans un établissement spécialisé dans le traitement des troubles mentaux, le nombre de réactions positives était tel que la popstar a gentiment demandé à ses fans de respecter un peu sa vie privée. « Leave Britney Alone » n’est plus une blague sur internet et la plupart des gens lui laisse le temps de se soigner. Aujourd'hui, Demi Lovato semble maitre de sa vie privée et de son exposition de sa vie privée qu'elle gère elle-même sur les réseaux sociaux. Ce qui n’aurait sûrement pas été le cas il y a dix ans.

Si le compte Tumblr très populaire Pop Culture Died in 2009 a vu juste, et que 2009 est réellement le moment qui a permis de mettre un terme à cette pop culture, peut être est-ce pour le meilleur. Le monde actuel est loin d’être parfait, mais on peut supposer que si des couvertures aussi choquantes que celles proposées dans le passé par les tabloids étaient publiées aujourd'hui, le grand public ferait preuve d'une plus grande empathie que dans les années 2000. Ce n’est pas un crime d’être nostalgique du début du millénaire, mais nous devrions nous rappeler que ce n’était pas seulement le temps des téléphones à clapet. Les années 2000 sont aussi synonymes d’une misogynie constante dans la presse. Si nous voulons nous souvenir de cette époque, nous devons également nous rappeler de toutes ses erreurs.