avec léonie pernet, la mélancolie est aussi politique

Fraîchement signée par le label Infiné, l'ex-recrue de kill the dj dévoile « African Melancholia », le premier clip d'un album à venir.

par Marion Raynaud Lacroix
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26 Juin 2018, 9:33am

Lancinante et silencieuse, la mélancolie est semblable à tous les états : elle trimballe avec elle une infinité de visages et au moins autant d’expressions singulières. Mais parfois, il arrive qu'on parvienne à la rattacher à un mal plus universel - qu'il se devine entre les lignes d’un poème, sur les traits marqués d’un visage ou dans le frémissement d'une voix qui chante. Avec African Melancholia, Léonie Pernet a choisi de traverser ce sentiment en lui donnant une voix - la sienne - et un visage : celui de Mohammed Mustafa, jeune réfugié soudanais contraint à fuir son pays d'origine et pourtant rejeté par la France. « Notre acteur est aujourd'hui dans une situation directement liée à la politique migratoire ignoble qui est celle de la France et plus globalement de l'Europe. Il convenait aussi et surtout de rappeler que sa situation est celle de milliers d'autres personnes. Je le savais déjà avant, mais c'est en rencontrant Mohammed Mustafa que j'en ai pris physiquement conscience. » raconte Léonie.

« Nous avons rencontré Mohammed via Corentin Fila de l'association Good Chance Théâtre, qui travaille avec des réfugiés dans le cadre d'ateliers théâtre en France et en Angleterre, raconte Léonie. J'ai été vraiment émue par cette rencontre. C'est quelqu'un qui a quelque chose de très poétique dans son regard mais aussi dans sa gestuelle. Il est dense et aérien en même temps. » Dans une course au milieu de rues désertes et de tunnels sombres du nord parisien, la caméra d'Adrien Landre se renverse, tremble et tournoie face à un être qui résiste pour ne pas se laisser aspirer.

« On aurait tendance à traduire en français African Melancholia par "mélancolie africaine", mais je l'entends plutôt comme "africaine mélancolie". C'est une convocation des origines et du rapport aux origines, en l'occurence celle des afro-descendants dont je fais partie. » À la fois sombre et fulgurant, le premier clip de « Crave » - son album à venir en septembre prochain - soutient un chant dont la douceur précède les torsions métalliques, une ballade caressante muant jusqu'à l'entêtante litanie. « Avec la musique, au mieux on éveille des consciences. On rassemble, on fédère éventuellement. On réconforte aussi... L'image a elle plus de poids, rappelez-vous l'émotion suscitée par la photo du petit Aylan. Nous vivons dans une société du spectacle. »

Léonie Pernet sera en showcase au Pop-Up du Label le 28 Juin.