10 titres underground japonais que vous rêviez d'écouter

Ambiant, free-jazz ou house 90's : le Dj français et directeur de label Alixkun est incollable sur l'histoire musicale du Japon. Il livre à i-D une liste de ses morceaux préférés – au grand bonheur des plus curieux (ou flambeurs) d'entre nous.

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sept. 6 2018, 12:32pm

Capture Youtube

« What ? T'as jamais écouté les impros ambiant de Toshimaru Nakamura ? Chaud. » Si vous aussi ce genre de remarque vous donne l'envie soudaine de torturer des bébés chats, sachez que vous n'êtes pas seul. Mais il faudra tout de même reconnaître à votre ami relou une curiosité peu banale et avec lui, vous rendre à l'évidence : du post-punk au free-jazz et de la synth-pop à la new-wave, les Occidentaux ont tendance à oublier qu'au-delà de la pop à boys-band, chacun des genres musicaux qui ont marqué ce dernier siècle possède son émule japonais. Trop souvent cantonnées à la marge et réduites au statut de pastiches sauce umami, ces interprétations nippones ont largement participé à mener un tas de mouvements musicaux vers de nouveaux paysages, avec une finesse et un souci du détail tout à fait rares – au grand bonheur des plus geeks d'entre nous.

En 2018, les explorateurs et les crâneurs les plus aguerris peuvent se réjouir : il n'a jamais semblé aussi simple de s'en aller découvrir sur Youtube, Soundcloud et consorts des artistes japonais trop longtemps éclipsés par l'histoire musicale occidentale. Et pour aller encore plus loin, vous pouvez aussi vous laisser guider par le musicien et Dj français Alixkun, installé depuis quelques années au Japon et que l'on retrouve à la tête du très précieux label Jazzy Couscous. En 2015, accompagné de son compère Brawther, Alixkun publiait la compilation en trois volets ハウス Once Upon A Time In Japan entièrement consacrée à ce qu'il se produisait de mieux dans l'underground japonais des années 1990, émaillée de bijoux comme les titres « I need Luv » de Katsuya ou ce morceau de house ouateuse signé Yikihiro Fukotomi.

Ce mois-ci, c'est à la décennie 80 qu'il s’attaque avec la sortie d'un nouveau carnet de voyage d'un autre registre, cette fois-ci – plus ambiant et trippy. Une époque connue comme celle du « miracle économique japonais », marquée par une prospérité et une croissance spectaculaires, juste avant que la bulle spéculative japonaise n'explose en plein vol et embarque le pays dans sa « décennie perdue ». La richesse des synthés, la quiétude des harmonies, la légèreté des chants féminins se font comme les gages d'une époque où tout semble aller bien et durant laquelle le Japon découvre, insouciant, les avantages du capitalisme. Il n'y a qu'à se laisser-aller sur le titre d'ouverture de l'opus « Underwater Dreaming» de Takashi Kokubo ou sur « Love Song» de Mami Koyama pour goûter quelques secondes à la béatitude collective qui traversait alors le Japon.

i-D a demandé à Alixkun de concocter une liste des 10 titres japonais underground les plus précieux de sa collection. Aussitôt dit, aussitôt fait, deux heures après l'envoi de notre requête, la dite-liste atterrissait dans notre boite mail, accompagnée de quelques re-contextualisations bien arrangeantes pour nous profanes. Bon voyage !

"Ponta" Murakami – « Song for Nabi »

Dans les années 1970/1980, Murakami était, avec Pecker, LE batteur que tout le monde s’arrachait pour produire un album de jazz au Japon. « Song for Nabi » commence avec une cadence militaire classique avant qu’une couche ne s’installe pour toute la durée du morceau. De plus en plus puissante, elle ajoute des percussions qui évoquent le verre et le bois, tandis que Jun Fukamachi distille finement ses touches groovy.

Yoshio "Chin" Suzuki – « Persian Breeze »

« Persian Breeze » est l’un de mes morceaux de jazz japonais préférés. Une œuvre musicale extraordinaire qui voit Nana Vasconcelos à la batterie, orchestrée par Pharoah Sanders et Pat Metheny. Une fois de plus, Yoshio Suzuki prouve son génie, capable de naviguer à travers entre jazz, jazz funk, ambient et synth-jazz.

Arakawa Band – « Music for a flowered pig »

Dès les premières notes, « Music for a flowered pig » met la barre très haut et les cuivres y sont pour quelque chose. Arakawa band parvient à délivrer un morceau jazz-funk grimpant dans les BPM, appuyé sur une solide ligne de basses, émaillé d'un solo de clavier absolument irrésistible

Joanne Brackeen & Ryo Kawasaki ‎– « Trinkets And Things »

Cette chanson est une version épurée de « Trinkets & things », un classique de Ryo Kawasaki extrait de son album Mirror of my mind. Mais ce qui est drôle, c’est qu’il s’agit en réalité de la version originale, sortie un an avant le titre que tout le monde connaît. Sur ce morceau, il a fait équipe avec le pianiste jazz américain Joanne Brackeen. Cela donne un merveilleux dialogue entre sa guitare acoustique et le piano malicieux de Brackeen.

The Players – « Galaxy »

The Players est un groupe japonais de jazz fusion qui rassemble différents talents de cette époque mais c'est surtout un ensemble dirigé par Hiromasa Suzuki, aka Colgen, l’un des musiciens de jazz les plus talentueux de sa génération. Avec Galaxy, The Players nous fait entrer au cœur d’un film de la Blaxploitation des années 1970, compilant tous les codes du genre, du début à la fin.

Masahiko Togashi, Isao Suzuki ‎– « A Day Of The Sun »

« A Day Of The Sun » démarre comme un lever de jour, sur de douces notes de piano, avant de se transformer en festival de percussions emmené par Togashi. Une vibrante démonstration de son talent, qui finit par s’écarter pour laisser place à la contrebasse de Suzuki. Une conversation musicale autour du soleil, à la fois minimaliste et délicieusement groovy.

Jun Fukamachi – « Evening Star : Oh, Star Of Eve, Thy Tender Beam »

Jun Fukamachi devrait avoir une place dans n’importe quel top 10 portant sur la musique japonaise. C’est un miracle à lui tout seul. À travers cette chanson, il nous livre une variante du « O du mein holder Abendstern », tiré de l’Opéra Tannhauser. Mais ne vous attendez pas à un classique pour autant. Fukamachi transforme le thème original en morceau de jazz épique, avec un groove d’une puissance tout simplement extraordinaire. Génie.

Tranzam – « Dance Ritual Of Fire From Love, The Magician »

Tiré de son premier album Funky Step , ce morceau est un bijou oscillant entre rock psychédélique pendant sa première moitié et pur jazz sur la deuxième. L’album contient d’autres pépites, dont « Morning From Peer Gynt Suite No.1 » que je recommande chaudement.

Keizo Inoue – « Keizo Wave »

Keizo Wave représente à la perfection le genre d’expérimentations qui ont agité le jazz pendant les années 1980. Écrites par une autre légende du jazz, Kazumi Watanabe, ces chansons ne peuvent être rangées dans aucune case. S’il lorgne du côté du reggae à de nombreuses reprises, « Keizo Wave » comporte un thème insistant et hypnotique qui invite à la transe, avant de redescendre grâce au saxophone d’Inoue, comme tout droit sorti d’une longue nuit.

Sadao Watanabe – « pembe za watanabe (watanabe's horns) »

Je ne suis pas un un grand fan de tout ce qu’a produit Watanabe, mais ce morceau ne peut se passer d'une mention. Watanabe a enregistré cet album avec l’ensemble « Inter-African Theater Group ». Cela donne ce « pembe za watanabe », un morceau de jazz à la fois tribal et joyeux où il souffle dans son saxophone comme s’il était possédé. Masterful !