pourquoi le discours de sandra oh aux golden globes m’a tant émue

L’actrice principale de Killing Eve m’a permis de me rendre compte que c’était, en effet, « déjà un honneur d’être Asiatique ».

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10 Janvier 2019, 2:59pm

Photo de Paul Drinkwater/NBCUniversal via Getty Images

Il m’a fallu une journée entière pour digérer ce que j’ai vu dimanche soir, lors des 76èmes Golden Globes. Un jour de plus pour absorber le choc causé par une poignée de brillantes remarques, et par un moment incroyable. Et encore un jour pour essayer de résumer les sentiments de toute une vie en une pensée complexe mais tout de même cohérente.

J’essaie de regarder le plus de cérémonies possible durant la saison des récompenses, qui s'étend de janvier à mars. En dépit des opinions bien tranchées que vous pouvez avoir au sujet de ces prix, il faut reconnaître qu’il est plutôt spectaculaire d’assister à des moments tels que la victoire de Moonlight, ou – plus fréquemment – à des épisodes où l’histoire se répète, à notre grande déception (#OscarsSoWhite). Ma participation dépend également de la personne en charge de la présentation. Vous pouvez compter sur moi si Amy Poelher et Tina Fey sont désignées. Mais Billy Crystal, pour la énième fois ? Je jetterai peut-être un coup d’œil aux 20 dernières minutes. Cette année, le visionnage des Golden Globes m'a semblé obligatoire, et ce pour une bonne raison – Sandra Oh. Cette femme charismatique jusqu'aux sourcils co-présentait la soirée avec le comédien Andy Samberg.

Lors de l'ouverture des Golden Globes, les Gens Les Plus Sympa du Show Business se sont lancés dans un monologue parsemé de compliments pour leurs collègues, ainsi que de piques assassines envers leur industrie. Lorsque l’actrice de Killing Eve s’est gentiment moquée de notre communauté et des mères asiatiques qu’il est impossible d’impressionner, il s'agissait plus d'une blague entre amis que d’un stéréotype malvenu - ce genre de blague ne peut être réussie que si la personne qui la fait est elle aussi concernée. J’ai commencé à céder à l’émotion lorsqu’elle a pris un instant pour exprimer sa gratitude et évoquer les « visages du changement ». C’est là qu’elle mis l’accent sur ce que nous voyions tous – une femme coréenne présentant les Golden Globes. Une distinction qui mérite qu’on s’y arrête un instant.

En tant que femme coréenne, je suis membre à vie du « Fan-Club de Sandra Oh ». J'en suis la présidente, la vice-présidente, la secrétaire, la directrice des ressources humaines, et la stagiaire. Quand je l’ai vue pour la première fois, dans le rôle de la formidable Cristina Yang dans Grey’s Anatomy, j’étais estomaquée. Je suis actuellement en plein marathon de rediffusions de la série médicale, et je tombe un peu plus amoureuse d’elle à chaque épisode.

Mais voilà, Sandra Oh n’est pas une nouvelle venue. Sa carrière court sur plusieurs décennies, et ce n’est que maintenant qu'elle apparaît enfin comme une actrice principale. Elle admet d’ailleurs que le lavage de cerveaux de l’industrie a eu sur elle un effet si démoralisant qu’elle en a presque oublié sa propre valeur. Mais dimanche dernier, Sandra Oh est entrée dans l’histoire. La voir devenir non seulement la première personne d’origine asiatique à présenter l'une des plus grandes cérémonies de remises de prix, mais aussi la seconde actrice asiatique de l’histoire à remporter le Golden Globe de la Meilleure Actrice dans une Série Dramatique est une victoire pour nous tous. Il est incroyablement décevant que toutes ces premières n’aient lieu qu’en 2019, mais il faut bien que quelqu’un ouvre la voie.

Dans les médias et le divertissement, lorsque les personnes qui vous ressemblent, parlent la même langue que vous, et partagent le même héritage culturel que vous sont si peu nombreuses, vous ne pouvez pas vous empêcher de miser sur elles. C'est le problème de toutes les communautés sous-représentées : une seule personne représente tout le monde. Si l’un d’entre nous échoue, nous échouons tous. Et les deuxièmes chances se présentent rarement. Cette pression et ce poids sont une circonstance malheureuse, mais c’est la réalité dans laquelle nous vivons pour l’instant. Alors quand j’ai vu Sandra Oh rayonner sur cette scène au Beverly Hilton Hotel, j’ai rayonné à mon tour, comme si c’était ma sœur ou ma cousine que je voyais sur scène. Je me suis sentie fébrile, et j'ai senti mes mains devenir moites à chacune de ses apparitions.

Quand Sandra Oh a débuté la cérémonie avec un : « Bienvenue aux Golden Globes Awards de 2019 » enthousiaste et presque suffisant, j’ai frissonné.

Quand Sandra Oh a envoyé une pique à Ghost in the Shell et à Aloha pour avoir attribué des rôles d'Asiatiques à des personnes blanches, je me suis un peu fait pipi dessus.

Quand Sandra Oh s’est exprimée en coréen pour remercier ses parents, avant de s’incliner respectueusement, j’ai pleuré à chaudes larmes. Quand elle a dit, en tremblant : « Maman, Papa, je vous aime » en coréen, j’ai poussé un cri aigu et je me suis exclamée, surexcitée : « Oh mon Dieu, je n’arrive pas à croire que je viens d’entendre parler coréen aux Golden Globes ! »

Bien que beaucoup d’attention ait été accordée à Timmy et à son harnais Off-White, ou à la porteuse d’eau Fiji, j’enjoins les spectateurs à se souvenir de ce genre de moments, car ce sont ceux-là qui rendent les trois interminables heures de cet honteux festival d’applaudissements supportables. Je sais que c’est essentiellement de la poudre aux yeux, mais lorsque des gens comme Barry Jenkins, Indya Moore et Sandra Oh sont nominés et font partie des favoris, alors oui, il s'agit d'un moment important. Nous voyons, encore et encore, que la question de la représentation est essentielle.Le chemin à parcourir est encore long, mais nous sommes un peu plus représentés à la télé, dans les films, et en politique. Si nous ne prêtons pas attention aux moments où advient le changement, c'est peut-être que nous vivons vraiment dans un monde de cynisme et d’ignorance. Ces personnes méritent d’être récompensées, car leur travail est une lueur d’espoir dans une nuit où règne l’homogénéité la plus totale.

Ces Golden Globes m’ont inspiré beaucoup de sentiments, le plus fort était sans doute, que c’est vraiment déjà un honneur d’être Asiatique.

Cet article a été initialement publié sur i-D US.

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