si vous aimez les synthés et radio nostalgie, vous allez fondre pour saint dx

Balavoine, « Take My Breath Away », Michel Berger, Eric Serra… Aurélien Hamm confesse son amour de la pop (parfois honteuse) des années 80 qui transpire des neuf titres de son premier EP.

par Pascal Bertin
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09 Décembre 2019, 11:34am

Avec les années 2000, tout est devenu possible. Comme appeler son projet solo Saint DX du nom du synthétiseur Yamaha DX7. Mais c’est surtout au niveau sonore que des limites autrefois infranchissables ont volé en éclats. Cet instrument fabriqué dans les années 80 a contribué à façonner un certain son de l’époque, à la fois métallique et kitsch. De Phil Collins à Billy Ocean en passant par Toto, Simple Minds, Dire Straits ou Michel Jonasz (!), il correspond au synthé FM par excellence, aussi utilisé dans la new-wave tendance électro-pop chez Bowie, Talk Talk, Etienne Daho, Depeche Mode ou les Pet Shop Boys. Comme embarqué dans sa DeLorean, Aurélien Hamm a remonté le temps pour retrouver la bande-son de la décennie qui l’a vu naitre une fois son projet solo lancé dès la fin de son groupe Apes & Horses.

Deux ans plus tard, le voilà de retour, présentant son premier EP. Soit neuf titres parmi lesquels ses premiers singles, une reprise du mythique « Take My Breath Away » qui a fait vibrer une génération d’ados à la larme facile, et des compositions finalisées à la fin de sa tournée mondiale en tant que musicien de Charlotte Gainsbourg. Aurélien voit déjà vite et loin puisqu’après le clip de « Prime Of Your Life » tourné à Honk Kong vient d’arriver celui de « Xphanie » shooté en Estonie. Désormais, le temps semble s’emballer, son rythme de production s’accélérer, à tel point qu’il entraperçoit déjà son premier « vrai » album pour 2020. En DeLorean, en voiture à hydrogène ou en hoverboard, il n’a pas encore décidé comment y aller mais une chose est sûre : on sera avec lui.

Tu t’es lancé il y a pile deux ans, quel recul as-tu sur tes débuts en solo ?
Le disque résume ce travail de deux ans. J’ai sorti mon premier single, « Regrets », en 2017. L’année dernière, j’ai mis une touche finale aux chansons, au mix, et suis parti en tournée avec Charlotte [Gainsbourg NDLR], ce qui m’a pris beaucoup de temps. Ce n’est que durant l’été 2019 que j’ai pu finir cet EP dont je préfère parler comme d'une collection de chansons. Ce n’est pas non plus un album bien qu’il y eu ait neuf: elles ne sont pas toutes liées les unes aux autres, et correspondent à différentes époques. En parallèle, j'ai passé un an à travailler le live, et je suis aujourd'hui fin prêt pour la scène avec l’ex-batteur d’Apes & Horses, avec lequel je n'ai jamais cessé de travailler.

J’imagine que tu avais aussi envie de faire connaitre tes premiers titres ?
Oui, j’ai sorti mes trois premiers morceaux sans attendre de format plus long. C’était bien de les ajouter à l’EP vu que l’objet sort aussi en vinyle, il offre un beau résumé de mes débuts en solo.

Te sens-tu déjà progresser ?
J’avais pris beaucoup de temps à sortir « Regrets », puis j’ai sorti une chanson tous les six mois, ce qui est un délai très long. Là, je suis dans un rythme beaucoup plus frénétique. Tout s’est très vite enchaîné là où le projet avait mis énormément de temps à démarrer. J’ai plus de facilité à sortir les choses, sans plus attendre que tout soit toujours parfait. Même si ma musique n’a rien à voir, je suis influencé par la façon dont certains rappeurs s'entourent d’un grand nombre de producteurs. Il se passe quelque chose de fascinant dans la musique américaine actuelle, avec tellement de moyens dans les productions, que ce soit Tyler The Creator, Travis Scott, Kanye West… Dans le documentaire sur Travis Scott, on découvre qu'il reçoit les voix de Drake juste la veille de la sortie de l’album. Il y a un truc d’urgence où tu produis, tu mixes, tu sors, et bisous. Je suis aussi dans cette logique : je compose des chansons, les mixe, les masterise. Tout se fait très vite à la fin.


Es-tu donc devenu plus sûr de toi ?
Oui mais j’ai surtout appris à un peu lâcher prise, à ne plus essayer de travailler un morceau indéfiniment, ce qui est très agréable. Je souffre beaucoup quand j’écris et quand je compose, et je ne sais pas si c’est l’âge ou l‘expérience, mais j’ai envie que les choses soient plus faciles. J’y gagne en spontanéité et retrouve l’excitation de mes débuts et de mes premières démos. Au lieu de trouver le son parfait se créé un truc bien plus facile. Mais en bossant seul, en produisant de A à Z, c’est impossible de rivaliser avec les producteurs américains que j’évoquais. Seul un mec comme Kevin Parker de Tame Impala arrive à sortir des trucs incroyables car c’est un pur génie. C’est pour ça que j'ai mis deux ans à faire ces chansons : si tu veux en être très fier, ces allers et retours avec soi-même prennent du temps.

Depuis tes débuts sous le signe du DX7 qui te donne ton nom, lui es-tu resté fidèle ?
Je l’ai toujours chez moi, je l’adore mais n’utilise quasiment plus aucun de ses sons. J’en utilise beaucoup d’autres et bosse en particulier sur un autre synthé, une sorte de DX7 plus récent, le Yamaha TG33, mais ça reste de la synthèse FM. Ça a effectivement été mon postulat de départ mais je ne me pose plus trop la question. Je me suis donné des contraintes artistiques afin d’avancer plus rapidement. J’avais cette volonté de n’utiliser que des « presets ». Je ne déformais pas du tout le son du DX7 hormis une reverbe que j’utilisais. A part ça, je gardais les sons d’usines comme pour retrouver la saveur des disques que j’aime, de Sade à la musique du Grand Bleu d’Eric Serra. Mais même moi, au bout d’un moment, je me suis lassé, j’ai eu envie d’autres sons.

Comment es-tu tombé amoureux de ces sons ?
En arrêtant Apes & Horses pour partir en solo, je me suis mis à réécouter toute la musique de mon enfance, notamment ce CD du Grand Bleu qui a toujours trainé chez moi, que ma mère écoutait en boucle. Il me fascinait, c’était un de mes films préférés. Les disques de Sade tournaient aussi beaucoup chez ma mère. J’ai acheté le DX7 le jour où j’ai voulu retrouver le son de base de « Take My Breath Away », le single de Berlin pour la bande originale de Top Gun. Le morceau a d’ailleurs été composé par Giorgio Moroder, ce que j’ai appris en m’occupant des crédits de mon vinyle. J’ai tapé « son de basse + Take My Breath Away » sur internet, je suis tombé sur « DX7 ». J’en ai acheté un direct. C’est pour ça que la reprise de la chanson s’imposait dans cette collection. Au début de Saint DX, j’ai vraiment eu envie de revenir à la musique qui me collait les plus gros frissons quand j’étais jeune.

C’est ta madeleine à toi ?
A fond. D’ailleurs, à la même époque, je lisais « A la recherche du temps perdu » de Proust, j’étais dans une phase de nostalgie, de retour aux sources.

Comment est né ton hommage à Prince, « Prince is Dead » ?
A la base, il n’était pas volontaire. Il m’est arrivé une histoire compliquée le jour de sa mort. J’étais sur mon piano et j’ai composé cette chanson d’une traite. A la fin, en improvisation, je me suis mis à chanter sur la mort de Prince. J’ai gardé la chanson comme un hommage car je l’adore. Et aussi pour me souvenir de tout ce qui s’est passé ce jour-là.

Une partie de la pop française des années 80 utilisait aussi le DX7, tu l’as aussi écoutée ?
J’ai récemment réécouté toute cette période de Serge Gainsbourg dont l’album You’re Under Arrest, c’était incroyable. J’adore vraiment et pourtant, je n'étais pas fan des années 80 quand j’ai commencé dans la musique. J’étais plus fan de Pink Floyd, des Rolling Stones, des Beatles… Le son DX7 me paraissait alors tellement artificiel. Je n’ai pas du tout été bercé par la musique française, car à part Gainsbourg, mes parents n’en écoutaient pas. Je rattrape aujourd'hui mon retard sur Nostalgie. Récemment, j'ai découvert Michel Berger et Daniel Balavoine que je trouve extraordinaires.

Tu écris et chantes en différentes langues, c’est un autre signe de la liberté que tu as gagnée ?
Ça a commencé dès que j’ai démarré en solo, avec « Regrets », un mélange de français et d’anglais pas calculé. Sur ma première chanson écrite en français, « La même », j’ai posé une voix en gardant les mots tels quels. Je n’utilise pas le français de la même façon que l’anglais, surtout vocalement. Il y a aussi quelque chose de plus intime avec le français, je m’adresse à une personne en particulier, en ayant envie qu’elle comprenne. Ce sont des messages personnels mais même les personnes concernées ne savent pas toujours que je parle d’elles.

« Staccato » a un petit côté « Sans contrefaçon » de Mylène Farmer, est-ce conscient ou inconscient ?
Ce n’est pas qu’un petit côté ! J’ai honte de raconter ça mais je me suis fait choper à voler un CD dans le centre commercial de la ville de mon enfance. C’était un best of de Mylène Farmer. J’adorais les textures sonores et sa voix qui se mélangeait. « Staccato » est parti d’une blague. Avec des potes, on a mis un remix méga trance de « California » pour rigoler et ça nous a scotchés. On s’est mis à écouter Mylène Farmer pour de bon. C’est là où j’ai composé « Staccato » et la mélodie m’est venue.

Avouer aimer Balavoine, Mylène, Berlin, tout ça aurait été inimaginable avec ton groupe !
Oui, seul je ne peux avoir honte de rien. Dans un groupe, tu parles souvent d’une seule et même voix, tu dois faire attention à l’image du groupe. Là, je me sens libre de dire ce que je veux, à qui je veux. Je n’avais jamais osé revendiquer Coldplay comme influence alors que j’étais fan quand j’étais ado.

La tournée avec Charlotte Gainsbourg t’a-t-elle fait grandir ?
J’y repense constamment, ça a été une expérience incroyable, une chance énorme aussi de pouvoir passer tout ce temps en concert, à faire le tour du monde. C’était tout ce dont je rêvais. J’ai participé à un an et demi de sa tournée, ce qui représente un grand nombre de concerts. L’ambiance était parfaite entre tous les musiciens, avec Charlotte aussi qui est une personne incroyable. Ça m’a nourri, j’ai beaucoup gagné en expérience, à la fois pour la scène et la vie autour de la scène. Arriver à ce niveau implique des sacrifices, du temps qu’il faut se ménager pour ne pas péter un câble. D’ailleurs le retour est dur et si tu n’as rien à faire, le vide doit être énorme. Heureusement, je devais finir mon album.


EP : SDX (Cracki / Because)

En concert à Paris (Point Ephémère) le 12 décembre

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