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la france est le premier pays d'europe à généraliser la reconnaissance faciale

Ça commence en novembre, et vous ne pourrez apparemment rien y faire.

par Antoine Mbemba
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08 Octobre 2019, 1:17pm

C’est une nouvelle qui est passée relativement inaperçue mais qui, pourtant, est d’une importance majeure. Nous l’apprenions il y a quelques jours sur Bloomberg : la France va devenir le premier pays d’Europe à généraliser la reconnaissance faciale. Une initiative gouvernementale qui pose déjà de gros problèmes.

Il y a quelques mois, le ministère de l’Intérieur a commandé le développement d’une application smartphone portant le doux nom (c’est toujours plus pratique) d’Alicem. Un logiciel de reconnaissance faciale, donc, qui a pour vocation d’être appliqué aux services publics – nous, citoyens français, aurons donc à l’utiliser pour nous connecter en ligne aux impôts ou à la Caf, par exemple. Alicem devait initialement être mise en place à Noël, mais après six tout petits mois de test, elle sera disponible dès novembre. Le dispositif a été savamment étudié et éduqué à comparer notre photo de passeport biométrique avec une vidéo que nous aurons à faire de notre visage, sous différents angles et différentes expressions faciales.

Pour justifier ce nouveau procédé, l’État français prétend « assurer sa mission régalienne de certification de l’identité dans un monde digital complémentaire du monde physique », invoque des raisons de cyber-sécurité (pour rappel, en avril dernier la messagerie interne du gouvernement a été hackée en une heure), annonce une démarche en ligne simplifiée et décrit Alicem comme la « préfiguration d’un service plus large d’identité numérique en cours de conception ». Si ces quelques lignes vous rappellent déjà votre dystopie préférée [insérez ici une référence à Black Mirror ou à 1984], c’est normal. Vous n’êtes pas les seuls à trouver ça douteux.

En juillet dernier, l’association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet, La Quadrature du Net, ne s’y est pas trompée et a lancé un recours devant le Conseil d’État. La raison ? Pour ceux qui voudront se connecter en ligne aux services concernés, il n’y aura aucune alternative possible à la reconnaissance faciale. « Le problème, c’est que cette application oblige les personnes qui veulent se créer une identité numérique en ligne à passer par la reconnaissance faciale, expliquait Martin Drago, juriste à la Quadrature du Net, au micro de France Culture ce matin. Et, dans le nouveau texte européen sur le règlement général de protection des données personnelles, il est précisé que le consentement des gens doit toujours être explicite et libre. » Malheur, il est ici ni l’un ni l’autre – sans alternative, il n’est pas de consentement libre.

La CNIL (Commission national de l’informatique et des libertés de France – gendarme des libertés en ligne, en gros) a également mis en garde l’État sur la mise en marche d’Alicem, qui serait clairement en contradiction avec le droit européen. Mais bon, comme le consentement citoyen est apparemment un concept qui bat de l’aile, Macron et son gouvernement ont décidé d’ignorer les mises en garde quant à l’aspect liberticide du projet. Si vous aviez échappé aux dérives du « 10 Years Challenge », Jupiter vous rattrapera.

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