All photography 

j'ai photographié les stars d'hollywood avant qu'elles ne soient des stars (et avant instagram)

Les 22 ans de Charlize Theron, Paul Rudd à un concert de Hole et Jason Statham qui joue des bongos en soirée appart… De la fin des années 1990 au début des années 2000, Randall Savin a immortalisé la jeunesse hollywoodienne pré-Instagram.

par Felicity Kinsella
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06 Novembre 2019, 11:35am

All photography 

Avant que les stars d’Hollywood ne deviennent les paparazzis de leurs propres vies avec l’avènement d’Instagram, Randall a parcouru ces mêmes collines, accompagné d’un pote pas encore célèbre et d’un Olympus Stylus en poche, sans savoir qu’il photographiait les derniers instants d’une ère qui allait changer à jamais.

Comédien en galère à une époque où la guest list des Oscars constituait le graal du réseautage, Slavin a vu passer une flopée de gens beaux passer devant la station essence dans laquelle il travaillait pour arrondir les fins de mois pour pénétrer dans le studio photo juste en face. Les suivre a été la meilleure décision de sa vie, avec celle de quitter ladite station essence pour photographier les nouvelles têtes, prendre des photos de ses potes (parmi lesquels une certaine Hilary Swank, avec laquelle il a partagé un agent), et finir par comprendre que ses talents étaient cachés derrière l’appareil, pas devant.

Depuis, Randall Slavin est devenu le photographe du haut du panier hollywoodien. Celui que les magazines appellent pour être sûr de leur coup. Mais ce sont les clichés qui traînaient au fond de son placard depuis 30 ans qui composent aujourd’hui son nouveau livre, We All Want Something Beautiful, qui documente avec précision l’évolution d’Hollywood. Titré d’après une chanson de Counting Crows, et publié avec certaines de ses portraits plus récents et moins candides, le livre retranscrit l’ambiance des nuits de Los Angeles où se côtoyaient des grands noms juste avant qu’ils ne deviennent grands. Une époque où les starlettes pouvaient sortir en zigzaguant d’un club sans qu’un flash d’une caméra de TMZ ne leur éblouisse la face, et avant que les smartphones n’enregistrent tous les détails d’une soirée pour les recracher en désordre et au monde entier la même nuit.

Sur ses images, on retrouve Leonardo DiCaprio aux 22 ans de Charlize Theron, Kate Hudson pendant la seconde vague des fêtes du manoir Playboy (avant que les appareils n’en soient bannis), et Orlando Bloom en train de jouer au backgammon dans un jardin de Malibu. Un selfie dans les toilettes du Met Gala ne pourra jamais concurrencer un noir et blanc en 35mm d’un gosse des années 1990 gentiment ivre en soirée, juste avant la célébrité mondiale.

Pour marquer la sortie de We All Want Something Beautiful cette semaine, on est allé poser quelques questions à Randall.

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Eddie Mills and Reese Witherspoon

Que signifie pour toi le titre We All Want Something Beautiful ?
J’ai toujours été fan de cette phrase tirée de la chanson « Mr. Jones », elle a plein de sens possibles. Est-ce qu’on ne cherche pas tous la beauté dans nos vies ? Quelque chose qui nous permet d’échapper l’espace d’un instant à la morosité du quotidien ? Et puis, l’auteur de la chanson, Adam Duritz, est un très bon ami à moi, que l’on retrouve à plusieurs reprises dans le livre.

Comment t’es-tu retrouvé à côtoyer autant de célébrités ?
Los Angeles donne l’impression d’une grande ville, mais en réalité c’est un petit village d’entreprise. Tout le monde connaît tout le monde et, pour la grande majorité, on bosse tous dans le même secteur. Le secteur du « showbiz ». Quand tu es jeune et que tu passes tes nuits à Hollywood en quête de fête et de filles, tu finis par rencontrer un peu tout le monde. Je sortais énormément en clubs, je rencontrais d’autres artistes en galère et on traînait ensemble. Et puis 25 ans plus tard, tu te retournes sur cette époque pour te rendre compte que ces jeunes adultes sont devenus des légendes.

Pourquoi as-tu décidé de publier ces photos maintenant, aux côtés de photos plus récentes ?
Le timing me semblait être le bon. J’ai souvent été approché au fil du temps, mais je ne pensais pas que suffisamment de temps avait passé pour donner de la force aux images. Il fallait de la distance. Je voulais aussi inclure mes portraits parce que j’estime qu’il y a un lien direct entre ces instantanés que je prenais avant d’être professionnel et le photographe que je suis devenu. Ces premiers clichés démontrent un certain amour de la composition et du spontané. Je voulais montrer l’évolution de mon œil depuis.

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Channing Tatum

Qu’est-ce qui se tramait dans les fêtes de célébrités du Los Angeles des années 1990 ?
La même chose qui se passe dans une fête à Youngstown dans l’Ohio, ou à Portland dans l’Oregon. Simplement de longues nuits avec de la bière très bon marché. Beaucoup de rires, de drague et de cœurs brisés. Les comptes bancaires ne sont pas le mêmes, les voitures sont plus belles, mais une fête à la maison c’est toujours pareil.

Tu es allé à quelques fêtes dans le manoir Playboy. Tu dis qu’elles sont devenues plus sombres au milieu des années 2000. Qu’est-ce qui a changé ?
Quand Hefner est redevenu célibataire et qu’il a ouvert son manoir, c’était incroyablement excitant. Ma génération n’avait jamais rien connu de tel. Pendant quelques années c’était vraiment le paradis de la débauche. Mais, comme le dit le poème de Frost, « rien ne peut rester d’or pour toujours ». La foule est devenue de moins en moins glamour, et l’ambiance de plus en plus triste voire sordide. Vers la fin, je me retrouvais assis dans un coin avec mes potes, et on se regardait, abasourdis par le fait qu’on s’ennuyait au manoir Playboy. Mais il restera ces années fantastiques. De superbes souvenirs.

Est-ce qu’il y a une image du livre qui te touche plus que les autres ?
Les deux photos les plus fortes pour moi sont celles touchées par la tragédie et la famille. Il y a une superbe image de Chris Cornell et sa famille en backstage que j’adore. Chris, sa femme Vicky et ses enfants Toni et Christopher déambulent en backstage sous un soleil de fin d’après-midi. Je l’ai imprimée il y a quelques années pour la donner aux Cornell. Une autre photo importante, c’est celle de Scott Weiland qui joue avec sa très eune fille Lucy. J’adore cette image parce que c’est un côté de Scott que le public n’a jamais vu. Tu sais, le fait de parcourir ces vieilles planches contact pour compiler le livre m’a rappelé le nombre de personnes que l’on a perdues. C’est triste, autant de vies perdues et de familles dévastées par l’addiction.

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Kate Hudson

Quel effet ça fait, de photographier un ami qui a réussi, comparer à un ami qui vient tout juste de se lancer dans l’industrie ?
C’est génial ! Les fois où j’ai été engagé pour photographier quelqu’un que je connaissais avant la gloire sont toujours hyper agréables. Il y a une forme de familiarité, de facilité. Avec Fergie, on a fait un shoot pour un gros magazine et je n’ai pas arrêté de l’appeler « Stacy ». Quelqu’un de son équipe m’a fait remarquer que son nom était Fergie, et elle m’a défendu : « Il me connaît depuis suffisamment longtemps. Il peut m’appeler Stacy. » Haha.

La documentation et la consommation de la culture des célébrités a énormément changé depuis l’époque de ces images. Tu penses qu’Hollywood a perdu son exclusivité et son glamour ?
Totalement ! Quand les célébrités postent des vidéos d’elles chez le dentiste, où est le glamour ? Il y a une telle demande, une envie insatiable de voir les stars comme des gens « comme nous », que ça en devient écœurant. « Oh, regarde, Beckham aussi ramasse les crottes de son chien ! Je pensais qu’il avait quelqu’un qui s’en chargeait à sa place ! » J’aime que mes stars de cinéma et mes rock stars soient mystérieuses et distantes. Je ne veux pas voir Ozzy en papy poule. Je veux qu’il reste le Prince des Ténèbres.

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Hilary Swank

Quelle est la différence entre travailler et photographier les starlettes millenials et celles des années 1990/2000 ?
Oh, mon dieu. La différence c’est que, tu dois attendre qu’elles fassent leur Boomerang et leurs photos Instagram avant qu’elles se concentrent et qu’on puisse enfin réellement travailler.

Tu penses que les réseaux sociaux peuvent capter la nature de la célébrité comme toi tu l’as fait avant qu’ils existent ?
Il y a trop de choses, trop de contenus ! Trop d’images ! Trop de tout ! Pense aux grandes stars de l’ère pré-Internet et pré-réseaux sociaux : Madonna, Prince, Marilyn Monroe, James Dean. Pour chacun d’eux il me vient une flopée d’images iconiques. Par contre, je ne peux pas penser à une image iconique de Lady Gaga, ou de Beyoncé. Désolé, maintenant je parle comme un vieux con.

Quel genre de photo préfères-tu aujourd’hui, entre la photo de mode, le portrait, le photojournalisme ?
J’adore le portrait. J’adore me connecter aux gens, essayer de voler une partie d’eux. Je suis d’accord avec les tribus ancestrales qui affirment que prendre la photo de quelqu’un c’est voler une partie de son âme.

De qui rêves-tu de tirer le portrait ?
Oh, j’ai une liste : Barack Obama, Yoko Ono, Bono. C’est déjà un bel échantillon. Hey, i-D, tu me file un coup de main ?

CharlizeTheron
Charlize Theron
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Jason Statham
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Paul Rudd and Jeremy Davies
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Alysson Hannigan

Cet article a été initialement publié dans i-D UK.

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