20 ans après, « jawbreaker » est toujours la bible mode de la parfaite mean girl

i-D s’est entretenu avec le scénariste et réalisateur Darren Stein à propos de l’esthétique des « mean girls » d’origine, des mini-jupes en PVC aux corsets aux couleurs pastel.

|
22 Février 2019, 11:26am

Il y a toujours quelque chose de fascinant chez les mean girls d'un film pour ados que ce soit la bande d’Heather Chandler dans Heathers ou la clique de Regina George dans Lolita Malgré Moi. Par « mean girl », entendez ces lycéennes pestes et ultra-populaires, ces filles simultanément adulées et haïes par leurs camarades de classe. Il faut d'ailleurs un certain « je-ne-sais-quoi » pour être capable d’interpréter une telle dualité à l'écran. Au fil des années, nous avons pu voir des cliques de mean girls absolument remarquables défiler dans les couloirs de lycées reconstitués, mais aucune de ces cliques n’est aussi mémorable que celle de Jawbreaker.

Jawbreaker n’a pas été un succès au box-office quand il est sorti en 1999 – il y a 20 ans, pratiquement jour pour jour – mais il a fini par devenir culte parmi les fans de cinéma, en particulier ceux qui apprécient le style et le charisme de l’archétype de la bad girl. Le film raconte l’histoire d’une clique de lycéennes, Courtney, Marcie, Julie et Liz, aussi connues comme étant les « Quatre Fantastiques ». Les filles veulent surprendre Liz (Charlotte Ayanna) pour son anniversaire et la kidnappent. Elles lui enfoncent une boule de mammouth (en anglais jawbreaker, littéralement «casse-mâchoire ») dans la bouche afin de la bâillonner, l’enferment dans le coffre d'une voiture pour l’emmener prendre un petit-déjeuner. Arrivées à destination, les jeunes filles ouvrent le coffre et découvrent leur amie morte, étouffée par la boule restée coincée dans sa gorge.

Darren Stein, le scénariste et réalisateur de Jawbreaker, souhaitait explorer le scénario d’une farce qui tourne à la catastrophe. « J’ai toujours adoré les films d’horreur et ces histoires d'adolescentes californiennes hyper aisées qui se kidnappent les unes les autres pour fêter leurs anniversaires m'ont toujours troublé », dit-il. Quant à sa décision de faire de l’arme du crime une boule de mammouth, Stein déclare : « J’avais une fascination pour ces énormes boules de mammouth de la taille d'une balle de baseball quand j’étais petit, elles sont si bizarres. Imaginez le temps qu'il faut pour en lécher une jusqu'au centre ?? Il paraît que des gens vont jusqu'à saigner de la langue ! »

1550609699027-IMG_9729

Dans la mesure où l’incident de la boule de mammouth se produit dès le début du film, nous ne connaissons la défunte, Liz Purr, qu’à travers ce qu’en disent ses amis et ses admirateurs. Elle est décrite comme étant le « rêve adolescent » - belle, populaire, riche, mais aussi sympathique, et en cela, elle diverge du traditionnel stéréotype de la mean girl. Il y a un réel contraste entre Liz et Courtney, brillamment interprétée par Rose McGowan – la plus vicieuse de toutes les mean girls. Ses cheveux noir de jais, ses jupes crayon moulantes, ses escarpins aux talons d’une hauteur démesurée et son esprit acerbe valent à Courtney le sobriquet de « Satan en talons », l’opposant diamétralement à Liz, « la Lady Di de Reagan High ». Stein a choisi McGowan après l’avoir vue jouer Amy Blue dans le road-trip apocalyptique de Gregg Araki Doom, Generation. « Elle avait une beauté et un mordant que je n’avais vu à l'écran, dit Stein. J’ai presque cru que ce serait trop évident ou trop facile de lui attribuer le rôle de Courtney, mais il se trouve qu’elle était exactement ce qui manquait au film. Il n’existerait pas sans elle. »

En plus des répliques cultes balancées par Courtney & cie et de son intrigue inventive, Jawbreaker se distingue des autres teen movies sortis à la fin des années 1990 – et Dieu sait qu’ils sont nombreux – par son sens de la mode immuable. Les filles portent toutes des vêtements vintage et voyants : des cardigans près du corps, des mini-jupes en PVC, des robes nuisettes, et des corsets aux couleurs vives. La scène où elles remontent le couloir principal du lycée au ralenti dans ces tenues est l’un des moments les plus emblématiques du film. « Je savais que je voulais qu’elles soient intemporelles, et qu’elles portent une mode qui soit aussi saturée de couleurs, inattendue et intimidante que la boule de mammouth elle-même », explique Stein. Il savait qu’il voulait un mélange de bonbon acidulé et de punk : l’innocence des années 1950 juxtaposée aux femmes fatales des années 1920, mais aussi des looks punk et fétichistes de la fin des années 1970 et du début des années 1980. Stein s’est tourné vers Vikki Barrett - qui a collaboré avec la créatrice de costumes Mona May sur les films à la pointe de la mode Clueless et Romy et Michelle, 10 Ans Après - pour faire de sa vision une réalité.

1550609626756-IMG_9723

Avec son faible budget, Barrett a écumé les friperies de Los Angeles, comme Jet Rag, réputée pour ses légendaires soldes du dimanche à 1$. « Nous n’avions pratiquement que des fringues vintage. Je ne pouvais pas me permettre de faire du shopping normal, alors il ne restait plus que les friperies. Je pouvais aussi confectionner les vêtements moi-même, parce que le type de looks que nous recherchions n’était, de toute façon, pas vendu en magasin », se remémore Barrett. Elle achetait des jupes vintage chez Jet Rag, puis les retouchait pour qu’elles aient une silhouette plus rétro. « Je me suis pas mal inspirée de Grease. Je voulais du contemporain mélangé à un style années 1950. Des talons aiguilles et des sacs à main vintage. »

Et à chaque fille son look : « Julie devait paraître à la fois innocente (Rebecca Gayheart) et sexy dans sa jupe en latex, décrypte Barrett. Elle n’était pas aussi sévère que Courtney, qui était plus audacieuse, et davantage portée sur les corsets. Le look de Julie était plus tendre et sa palette de couleurs plus douce et romantique, davantage dans les tons pastels. »

1550609647215-IMG_9724

En plus des talons aiguilles et des jupes crayon en latex, les tenues monochromes sont un autre élément phare de l’esthétique mode de Jawbreaker, en particulier pour Courtney, qui porte du rouge et du violet de la tête aux pieds. Barrett ajoute de petits – mais frappants – détails pour accentuer cet aspect, comme le fait de s’assurer que ses collants correspondent à sa tenue. « J’ai mis des coutures de couleur à l’arrière de chaque paire de collants. »

Vylette (Judy Greer), elle aussi n'a d'yeux que pour une couleur. Devenue populaire du jour au lendemain, Vylette a dû troquer ses vêtements ternes, subir un relooking extrême, et change de nom pour intégrer la bande....vêtue de rose. « Le rose vif avait pour but de symboliser sa transformation en reine des garces capable de rivaliser avec Courtney », détaille Stein. Il ajoute que l’icône de Los Angeles Angelyne était une référence majeure pour le personnage, qui teint ses cheveux en blond platine, porte du rose vif et conduit une Corvette.

1550609714071-IMG_9728

Marilyn Manson, qui sortait avec Rose McGowan à l’époque et qui fait une apparition dans le film, est responsable de l’une des tenues. Il avait offert à McGowan un pull-over sans manche bleu pastel qui a fini dans l’une des scènes. « Je pense qu’elle l’a porté un jour sur le plateau et que je lui ai demandé si nous pouvions l’utiliser pour Courtney dans le film, se souvient Stein. Elle le porte dans la scène où elle confronte Vylette dans les toilettes des filles. À l'écran, le contraste entre le bleu pastel, le rose vif de Vylette et la blancheur immaculée du lieu donne un truc génial. »

Pour Stein, l’héritage de ce film culte perdure parce qu’il est essentiellement « une célébration de la bad girl ». Même si Courtney est l’antagoniste du film, il estime que nous finissons quand même par être de son côté. « C’est un univers dominé par les femmes où les hommes sont des personnages secondaires ou des accessoires ; où les femmes ont le pouvoir, et où leur force et leur sexualité sont célébrées. » Il est aussi devenu une bible de style pour toute une génération de filles.

1550609741135-IMG_9720
1550609729638-IMG_9722
1550605340840-jaw10
1550605355519-jaw12
1550605321445-jaw2
1550605449479-jaw13
1550605598760-jaw3
1550605648432-jaw7
1550605657307-jaw8

Cet article a été initialement publié sur i-D US.

Retrouvez i-D sur Facebook, Instagram et Twitter.