Photography Susan Middleton

qui est patrick cowley, le musicien préféré de la disco et du cinéma porno gay ?

Du haut de son synthé, Patrick Cowley a participé au plus grands tubes disco qui soient et composé les BO de plusieurs films porno gay des années 1970. i-D revient sur sa carrière sulfureuse.

par Daniel Dylan Wray
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06 Novembre 2017, 9:52am

Photography Susan Middleton

Adulé par New Order et les Pet Shop Boys ; compositeur de morceaux ayant atteint les sommets du Billboard Dance Chart ; joueur de synthé pour l'un des morceaux disco les plus célèbres de tous les temps – You Make Me Feel (Mighty Real) de Sylvester – et créateur insolent d'un tout nouveau genre de musique électronique, la Hi-NRG. À première vue, un artiste au palmarès aussi fleuri parait forcément connu et reconnu par le monde de la musique. Et pourtant... Amusez-vous à mentionner Patrick Cowley au détour d'une conversation et vous verrez que la réaction la plus fréquente suivant son nom n'est qu'un regard interrogateur.

Pendant sa courte vie – Cowley est mort du Sida en 1982, à l'âge de 32 ans – il a pourtant été un pionnier incroyablement prolifique de la musique électronique. Très tôt, inspiré par le travail de d'artistes comme Wendy Carlos et Giorgio Moroder, il comprend l'attrait et l'intérêt du synthétiseur. À l'université, alors qu'il commence à expérimenter sur ses machines, ses sons arrivent à l'oreille du groupe disco Sylvester, qu'il ne tarde pas à intégrer. À côté de ça, il prend du temps pour produire une oeuvre personnelle et sort une trilogie d'albums – Menergy, Megatron Man et Mind Warp – et collabore avec de nombreux artistes disco dont Paul Parker, Frank Loverde et Jorge Socarras. Il est aussi à l'origine d'un des remix les plus fous de tous les temps avec son « Mega Mix » du « I Feel Love » de Donna Summer – un voyage déroutant et sauvagement innovant de 15 minutes qui donne une tout autre dimension à un morceau déjà proche de la perfection.

Mais au-delà de ses albums solos, de ses remix, de ses collaborations et de son rôle au sein de Sylvester, se une autre facette de la vie de Cowley qui n'a été révélée que récemment : son travail comme compositeur de bandes-son de films pornos gays. À San Francisco (où il s'installe en 1971 après avoir vécu à New York), Cowley se plonge dans la scène gay locale, explorant les saunas et les backrooms qui se multiplient à la fin de la décennie 1960 marquée par la révolution sexuelle. Rapidement, il rencontre un producteur, John Coletti, désireux de tirer parti du boom de la VHX et du Betamax pour transformer ses films pornos muets 16mm en cassettes à regarder chez soi. Coletti décide que ses films ont besoin de musique, et que Cowley est l'homme de la situation.

Pensez au stéréotype de la musique de film porno : une ligne de basse horrible, des jeux de claviers ringards au possible et un côté cheesy à l'inverse même du sexy. Mais la trilogie porno de Cowley – sortie sur trois albums ces cinq dernières années, School Daze, Muscle Up et Afternooners – est bien différente. C'est un voyage innovant : des sonorités qui n'ont pas peur d'être sombres, de toucher à l'exploration ambient, à l'électro funk et de laisser parler les ruminations des synthés. Si Cowley s'est fait connaître grâce à un style de musique disco up-tempo – comme dans son album Mind Warp de 1982 – ses soundtracks pornos sont très loin et très distinctes de ses velléités dancefloor. Elles ajoutent un ton neuf et idiosyncratique à sa musique. « On dirait la musique d'une autre planète, » commente Josh Cheon, directeur du label Dark Entries qui s'est associé à Honey Soundsystem pour ces sorties musicales. Mais c'est justement cette dichotomie qui importait à Cowley. Comme le dit son collaborateur de l'époque Jorge Socarras : « Une soirée exclusivement Hi-NRG finissait par ennuyer profondément Patrick – comme une unique manière de faire l'amour. »

La comparaison entre l'approche musicale de Cowley et sa vie sexuelle est pertinente. Si la bande-son porno de Cowley occupe une place à part dans sa carrière musicale, la sexualité a toujours été intrinsèquement liée à son travail. Quand il ne produisait pas de la musique pour soutenir l'image de deux hommes s'unissant à l'écran, il faisait la même chose pour le dancefloor. Si les deux parties de son œuvre sont très éloignées, elles partagent un sens de l'intime et de l'expérimentation. Son tube de 1981 « Menergy » est un hymne manifeste, une glorieuse célébration de la culture gay. La sexualité imprègne toute la création de Cowley, ce qui explique peut-être pourquoi sa musique, même quand elle est extraite du contexte de sa création, irradie à ce point de caractère et d'énergie.

Les deux premiers albums de bande-son porno gay à paraître, School Daze et Muscle Up, rassemblent des morceaux issus d'albums préexistants, d'abord enregistrés par Cowley pendant ses années de fac, puis modifiés, divisés, accélérés ou ralentis pour les adapter aux scènes des films. Afternooners est différent : il contient certains des derniers enregistrements de Cowley avant sa mort. Et permettent de saisir toute l'évolution de sa musique. Alors que Muscle Up et School Daze apparaissent comme des explorations électroniques sombres et merveilleusement égarées, Afternooners donne dans le beat futuriste et paraît plus fini, plus parfait encore. Un exemple, très tôt, de la méticulosité et de l'éternelle quête de pureté vers lesquelles allait se tourner la musique électronique. Et une indication supplémentaire du talent de Cowley à s'aventurer vers de nouveaux territoires.

Ami et collaborateur de Cowley, Maurice Tani confirme : « Le San Francisco de Patrick était magique. C'était loin d'être féérique, mais c'était une bulle dans le temps et l'espace, où le yin et le yang se confondaient. Sortis de leur contexte, les morceaux que Josh a exhumé des archives ne racontent qu'une partie de leur histoire. Pat était toujours à la recherche de la nouveauté. »

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