Oulaya Amamra dans Le monde est à toi, de Romain Gavras, présenté dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs

les 21 films qui feront notre cannes

À seulement quelques jours du festival de Cannes, il est temps de vous livrer, en toute subjectivité, la liste des films qu'on a déjà hâte de vous raconter.

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mai 2 2018, 11:28am

Oulaya Amamra dans Le monde est à toi, de Romain Gavras, présenté dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs

La promesse de l’été, celle du crépitement des flashs, d'un défilé de diamants, de strass, de paillettes et de stars : le festival de Cannes, c’est un peu tout ça à la fois. Un morceau de rêve hors de portée et une part de réel taillée dans de vrais films. Cette année, pour la 71ème édition, le festival le plus chic du monde battra la mesure des moments de cinéma à venir. Pour en saisir pleinement l'ampleur, i-D sera sur place, en partenariat avec la Quinzaine des réalisateurs. Alors avant de s’énerver, de pleurer et de vivre au gré des films qui nous seront présentés, continuons de rêver un peu : voici la liste (subjective) de ceux dont nous attendons le plus.

Un couteau dans le cœur, Yann Gonzalez

« La transgression, pour moi c'est essentiel – d'autant plus aujourd'hui, » confiait Yann Gonzalez à i-D en octobre dernier. L’an passé, il remportait la Queer Palm pour un court-métrage intitulé Les îles, labyrinthe de désirs et de sensations brûlantes, dans lequel il rappelait sa capacité à troubler le cinéma français. Signe d’évolution (et d'ouverture), le festival a choisi de faire du réalisateur des Rencontres d’après minuit un sérieux prétendant à la Palme d'Or. Dans un univers mêlant polar, thriller et érotisme, Un couteau dans le cœur verra Vanessa Paradis en productrice de pornos gay cherchant à reconquérir son ex-compagne (Kate Moran), avec l’aide du facétieux Nicolas Maury. Reste à savoir ce qu'il nous réserve à l'image - mais sur le papier, niveau transgression, on frôle la perfection.

Burning, Lee Chang-Dong

Si la compétition officielle surprend (en bien) par son exceptionnelle proportion de premiers films, Lee Chang-Dong n’en est pas à son coup d’essai. Il y a 8 ans, la délicatesse poignante de Poetry lui avait valu le prix du scénario. On sait peu de choses de l’histoire de son nouveau film Burning, si ce n’est qu’elle porte sur la rencontre entre Jongsu, un jeune coursier et Haemi, son ancienne voisine dont il accepte de garder le chat. Un garçon qui court dans la lumière bleue et une fille qui le regarde intensément : le teaser distille peu d'indices mais impose la certitude qu’une fois de plus, les secrets seront au rendez-vous.

Rafiki, Wanuri Kahiu

Inspiré du livre Jambula Tree, une histoire d’amour entre deux filles ougandaises, écrite par Monica Arac de Nyeko et récompensée par le prix Caine 2007 (prix littéraire qui récompense des œuvres africaines), Rafiki est le premier film Kenyan de toute l'histoire du festival de Cannes. C'est aussi la toute première romance lesbienne à venir de ce pays. Plus qu'une consécration, c'est d'abord une promesse pour le cinéma : il semblerait qu'au-delà de la représentation des gays, le festival de Cannes soit en train de s'ouvrir – notamment grâce à ses sélections parallèles – à la mise en scène d'autres sexualités, à leur pouvoir fédérateur et à l'idée que l'homosexualité ne peut plus se limiter à n'être perçue qu'à travers le prisme du « douloureux problème ».

Les filles du soleil, Eva Husson

Dans Bang Gang, Eva Husson racontait une jeunesse épanchant sa soif d’intensité dans le sexe, avant de se retrouver confrontée à l’incompréhension du monde des adultes. Pour son deuxième film, la réalisatrice change radicalement de décor : il sera ici question d’un bataillon de combattantes kurdes, les Filles du Soleil, dont une journaliste (Emmanuelle Bercot) vient couvrir le combat pour la liberté. Dans le rôle de la commandante de ce bataillon de femmes, on retrouvera Golshifteh Farhani – l’un des plus beaux présages du film.

Cassandro the exotico, Marie Losier

En 2011, Marie Losier livrait l’histoire de Breyer P-Orridge Genesis – un artiste américain ayant décidé, par amour pour sa femme, de tout faire pour lui ressembler. Intime et touchant, le documentaire s’écartait du sensationnalisme pour évoquer le geste d’amour au cœur de ce récit extraordinaire. Dans son nouveau film présenté à l’ACID, la cinéaste s’attarde sur la fin de parcours de Cassandro, figure emblématique des exoticos – des catcheurs gays qui par leurs cascades, brisent le plafond de verre de la société mexicaine, et promettent - au moins - de fissurer le nôtre.

Blackkklansman, Spike Lee

En compétition officielle, le nouveau film (imprononçable) de Spike Lee s’inspire de l’histoire vraie de Ron Stallworth, premier officier de police afro-américain à s’être infiltré dans l’organisation du Ku Klux Klan. John David Washington – déjà brièvement apparu dans Malcolm X – endosse le rôle-titre tandis qu’Adam Driver se glisse dans le costume de l’autre inspecteur chargé de cette mission d’infiltration. La présence de Spike Lee à Cannes est prometteuse : elle permettra peut-être d'exporter le débat sur la représentation des minorités et quand on sait que c’est c’est Jordan Peele – le réalisateur de l’impressionnant Get Out – qui assure la production de son film, on ne peut que s'en réjouir d'avance.

Les Moissonneurs, Etienne Kallos

Premier long-métrage d'Etienne Kallos présenté par Un certain regard, Les Moissonneurs plonge dans l’univers d’une communauté blanche en Afrique du Sud. Coupée du reste du monde, son conservatisme est censé garantir le respect des traditions et faire des garçons des exemples de virilité. Mais forcément, tous n’aspirent pas à se fondre dans cette fabrique des rôles : c’est le cas du timide Janno, dont le face-à-face avec Pieter - un orphelin des rues adopté par sa mère – va le révéler à lui-même.

Shéhérazade, Jean-Bernard Martin

Dans Les mille et une nuits, Shéhérazade est une conteuse, qui par ses histoires, empêche le roi de Perse d'assassiner chaque matin une nouvelle femme. Pour le premier long-métrage de Jean-Bernard Martin, c'est le prénom de la fille dont Zachary, jeune délinquant tout droit sorti de prison, va tomber amoureux. Tourné avec des comédiens non-professionnels à Marseille, la ville d'origine du réalisateur, le film a largement été inspiré par leur expérience, donnant au récit la force d'un thriller documentaire : « Dylan Robert, le comédien principal, est très proche du personnage de Zachary, explique Jean-Bernard Martin, Avec les autres acteurs, j’ai recherché cette coïncidence entre le réel et le scénario. Un autre acteur, incarcéré depuis quatre ans, sortait de prison tous les jours pour interpréter un des personnages principaux. » Le film sera présenté en séance spéciale lors de la Semaine de la Critique.

Les oiseaux de passage, Ciro Guerra et Cristina Gallego

On doit à la Quinzaine des réalisateurs la découverte de L'étreinte du serpent, film colombien qui avait, en 2015, électrisé le cinéma jusqu'à se hisser parmi les nominés aux Oscars du meilleur film étranger. Dans un noir et blanc libéré des contraintes du temps, le film racontait la confrontation entre deux mondes, celui d'un chaman amazonien et d'un ethnobotaniste américain, évoquant l'héritage des traditions et leur avenir incertain. Pour Les oiseaux de passage, Ciro Guerra s'associe à Christina Gallego – productrice exécutive de son précédent film – et renoue avec la couleur pour opposer une famille d'indigènes colombiens à une jeunesse américaine déconnectée de son histoire, le tout, sur fond de naissance des cartels de la drogue.

Girl, Lukas Dhont

En 2017, la question de la transexualité avait traversé le festival de Cannes avec They - film iranien présenté en séance spéciale et encore privé de date de sortie en France - et Coby , un documentaire retraçant le changement de sexe d’une jeune fille américaine. Dans Girl, ce sont deux sujets singuliers qui se croisent pour raconter le parcours de Lara, 15 ans, en lutte contre un corps né garçon qu'elle tente de plier à la discipline du ballet classique. Le festival de Cannes n'avait pas sélectionné de flamand depuis trente ans : à seulement 27 ans, Lukas Dhont fait déjà l'évènement dans la catégorie Un certain regard.

Le monde est à toi, de Romain Gavras

Il y a huit ans, Romain Gavras livrait Notre jour viendra dans l'ébahissement général : un premier film en forme de road-movie dans lequel deux roux (Olivier Barthélémy et Vincent Cassel) luttaient pour rejoindre l'Irlande, un pays dans lequel ils ne seraient enfin plus discriminés. Poussant l'absurde jusqu'à la poésie en se payant, au passage, le luxe de la satire sociale, Romain Gavras n'avait pas récidivé en format long-métrage depuis. À en juger par les premières images de Le monde est à toi, cela valait la peine d'attendre : Oulaya Amamra, Isabelle Adjani, Karim Leklou, François Damiens et Vincent Cassel sont réunis au casting d'un film parti pour très mal finir – en beauté.

Nous les coyotes, Hanna Ladoul et Marco La Via

Amanda et Jake ont une vingtaine d’années, l’envie de vivre leur amour et surtout, celle de ne dépendre de personne. Dans l’espoir de conquérir leur liberté, ils quittent Chicago pour Los Angeles. Mais leur désir d’émancipation se heurte à des réalités économiques… À travers ce film qui retrace les premières 24 heures de leur nouvelle vie, les français Hanna Ladoul et Marco La Via font de la Cité des Anges l'emblème contradictoire de l'American Dream, un lieu où la violence des désillusions est à la mesure de tous les possibles. Visages d'une nouvelle génération d'acteurs américains, Morgan Saylor et Mccaul Lombardi seront à l'affiche de ce premier long-métrage présenté à l'ACID.

Carmen y Lola, Arantxa Echevarria

Carmen et Lola sont gitanes. Dans leur milieu, encore plus que dans d'autres, l'homosexualité est taboue. Mais alors que leurs familles les encouragent à fréquenter des garçons, elles tombent amoureuses l'une de l'autre. Présenté dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs, ce premier film de l’espagnole Arantxa Echevarria est en lice pour la Caméra d’Or. Entre soleil de plomb, interdits familiaux et attraction magnétique, les premières images annoncent l'histoire d'un désir suffocant, qui semble bien parti pour montrer à quel point l'amour peut changer - sans même l'avoir planifié - un regard sur toute une société.

Wildlife, de Paul Dano

De Little Miss Sunshine à There Will Be Blood en passant par Prisoners, voilà une dizaine d’années que Paul Dano trimballe sa gueule étrange dans ce que le cinéma américain fait de meilleur. À Cannes cette année, il célébrera son passage à la réalisation : sans doute la meilleure nouvelle de cette Semaine de la Critique, dont Wildlife fera l'ouverture. Avec Carey Mulligan et Jake Gyllenhaal, ce premier long-métrage en lice pour la Caméra d'or évoque la lente décomposition d’un couple à travers le regard d’un enfant de 14 ans, les années 1960 en toile de fond.

Gueule d’ange, de Vanessa Filho

L’an dernier, Marion Cotillard était à Cannes pour y défendre Les fantômes d’Ismaël, une histoire de deuil, d’amour et de survivants réalisée par Arnaud Despleschin. C’est dans un registre beaucoup plus inattendu qu’elle revient cette année, à l’affiche de Gueule d’ange, un premier film réalisé par la française Vanessa Filho et présenté dans la catégorie Un certain regard. Laissant entrevoir une douloureuse relation mère fille, la bande-annonce révèle une Marion Cotillard sensible et maquillée qui n’arrive plus à s’occuper de sa jeune enfant. Le film sera en salle dès le 23 mai et si le piano vous fait déjà chavirer, vous y rendre avec des mouchoirs est une excellente idée.

Climax, de Gaspar Noé

Années 1990, la dernière soirée d'un stage de danses urbaines vire à la transe collective, à cause d'un bol de sangria visiblement empoisonné... D'après les premières informations disponibles, voilà l'histoire dont se rapprocherait le nouveau film de Gaspar Noé. Enfer, paradis, violence, orgies, dub step et hystérie ont donc de bonnes chances de s'inviter dans ce qui s'annonce, trois ans après Love, comme le nouveau petit scandale du festival de Cannes, présenté dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs.


Plaire, aimer et courir vite, de Christophe Honoré

« Pour une génération qui a démarré sa sexualité à la fin des années 1980, la menace permanente du sida, cette espèce d'ordre absolu de la prudence ne peut pas ne pas avoir laissé de traces, » confiait Christophe Honoré à i-D en septembre dernier. Cela fait plusieurs années que l'épidémie traverse l’œuvre du réalisateur des Bien-aimés, qu’il affleure par touches et laisse deviner au second plan. Avec Plaire Aimer et Courir vite, Christophe Honoré fait du sida la toile de fond d’une histoire d’amour entre Arthur (Vincent Lacoste) et Jacques (Pierre Deladonchamps). Tout juste un an après la déferlante 120 battements par minute, parions que cet amour en trois temps fera battre nos cœurs très fort.

Joueurs, de Marie Monge

Dans ce premier long-métrage de Marie Monge sélectionné par la Quinzaine des Réalisateurs, Stacy Martin incarne Ella, une jeune femme dont le père restaurateur se fait voler par l’un de ses employés (Tahar Rahim). Mais quand la fille du patron rattrape l'escroc en fuite, elle finit par se laisser happer par son charme et surtout, par l'étrange univers dans lequel il gravite – le milieu du jeu où d’un instant à l’autre, tout peut basculer.

Sauvage, Camille Vidal Naquet

L'an dernier, l'acteur Félix Maritaud faisait irruption dans 120 battements par minute et dans Les îles, le film de Yann Gonzalez auréolé de la Queer Palm du court-métrage. Cette fois, un rôle principal lui a été confié par Camille Vidal Naquet, dont le premier film présenté à la Semaine de la critique raconte l'errance de Léo, un garçon de 22 ans tiraillé entre précarité, prostitution et amours homosexuelles. À seulement quelques mois d'intervalle, le retour de cet acteur à Cannes donne envie de croire à l'existence d'une nouvelle garde de cinéastes, guidée par son goût pour les visages inconnus et son appétit pour la liberté - un renouveau dont Camille Vidal Naquet pourrait bien faire partie.

Leto (L'été), de Kirill Serebrennikov

Si vous n'êtes pas russophone, que l'histoire culturelle de la Glasnost vous laisse aussi indifférent qu'un calendrier de l'avent et qu'aucun de vos ancêtres ne vous relie à la Russie, il y a peu de chances pour que le nom de Viktor Tsoi vous dise quelque chose. Pourtant, il s'agit de la plus grande rockstar soviétique du début des années 1980, morte à 28 ans dans un accident de voiture et encore considérée aujourd'hui comme une véritable légende. Leto retrace l’été 1981 à Leningrad (actuel Saint-Pétersbourg) et explore la scène underground soviétique de l'époque Brejnev. Présenté en compétition, le film a été mis en difficulté par l'arrestation du réalisateur dans le cadre d’une enquête sur un détournement de subventions. Assigné à résidence, il ne cesse de clamer son innocence.

À genoux les gars, Antoine Desrosières

De quoi la vidéo montrant Yasmina, Salim et Majid dans un parking a-t-elle réellement été témoin ? Ce nœud d’interrogations est le point de départ d'À genoux les gars, le nouveau film d’Antoine Desrosières présenté dans la catégorie Un certain regard. Interdit aux moins de 16 ans, le film poursuit l’interrogation entamée par Haramiste, court-métrage savoureux dans lequel Desrozières pointait déjà, non sans humour, l’ambivalence des rencontres façonnées par notre usage d’internet.

Under the silver lake, David Robert Mitchell

En 2015, la Semaine de la critique avait révélé le talent de David Robert Mitchell grâce à It Follows, un thriller inquiétant flirtant entre sexe, adolescence et sentiments. Si vous l’avez vu, il se peut que vous ayez ne soyez pas retourné dans une piscine couverte depuis. Rassurez-vous, cette année David Robert Mitchell vous fera échapper à l’odeur du chlore avec Under the silver lake, thriller aux allures de comédie présenté en Compétition officielle. On y retrouvera le génial Andrew Garfield dans le rôle de Sam, un chômeur rêvant de célébrité qui se met à enquêter sur la disparition de sa voisine. (Oui, d'accord ça fait 22, mais je n'aime pas les chiffres pairs).