un docu nous plonge dans les coulisses du premier défilé de natacha ramsay-levi pour chloé

Un documentaire de dix minutes, réalisé par l'artiste Sofia Mattioli, révèle l'envers du défilé printemps/été 2018 de Chloé et toute la puissance abstraite, intime et féminine de la mode de la nouvelle créatrice à la tête de la maison.

par Antoine Mbemba
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19 Février 2018, 11:46am

En septembre dernier, l'industrie de la mode observait avec attention les premiers pas de Natacha Ramsay-Levi chez Chloé. L'ancienne collaboratrice de Nicolas Ghesquière signait sa première collection en solitaire. Résultat ? Un défilé ultra-féminin, franc, moderne et assumé. Une entrée en matière décryptée, saluée, analysée, dont on connait aujourd'hui un peu mieux les secrets de confection. Parce que c’est justement dans les coulisses de ce défilé que s’est fabriqué le nouveau documentaire de l’artiste africaine et italienne Sofia Mattioli. Pour son film de dix minutes, qu’elle a réalisé et monté avec Rebecca Salvadori, Mattioli est allée visiter l’envers du podium, la préparation, le processus créatif de la designer parisienne et a filmé de près tous les rouages, corps, cerveaux et talents qui ont participé à ce premier succès. En ressort, au-delà d’une imagerie vintage, parfois abstraite mais toujours intimiste et touchante, le récit d'une création collégiale, faite d’amour, de tensions, de diversité d’opinions et d’observations, et surtout de dévouement collectif. Sofia Mattioli retranscrit la douceur et la détermination de la mode de Natacha Ramsay-Levi. On lui a posé cinq questions, pour comprendre ce qu'elle a voulu montrer, et ce qu'elle a gardé du tournage.

Quels aspects de Chloé et de la mode de Natacha Ramsay-Levi t’ont donné envie de réaliser ce film ?
J’ai travaillé dans la mode quand j’étais plus jeune, dans ma vingtaine, puis pendant cinq ans je me suis tournée exclusivement vers des projets d’écriture, artistiques, musicaux ou en rapport avec des causes humanitaires. Je n’aurais jamais pensé travailler à nouveau dans ce secteur, mais Chloé semblait être un choix évident. Natacha a une vision très claire, mais laisse aussi énormément de liberté créative quand on travaille avec elle. C’est très rare. Elle est intellectuelle, mais garde un esprit très ouvert. Elle est toujours très excitée quand on lui présente des idées. Ça donne beaucoup d’énergie, de confiance. Elle parvient à faire sortir des choses de toi, particulièrement celles que tu veux exprimer le plus ardemment, mais qui te font aussi le plus peur.

Que voulais-tu montrer de la vision de la féminité déployée par Natacha Ramsay-Levi chez Chloé ?
Je voulais avant tout montrer l’aspect sans fard et réel des coulisses. L’humanité qui y règne. Les mannequins, les employés, les rires et les tensions. Mais je garde quand même une part de mystère et de mysticisme, parce que « l’inconnu » est toujours essentiel à la vie. Il y a ce que l’on voit, et ce que l’on ne voit pas. Les artistes ont une mission : trouver, comprendre et exposer la vérité, la nôtre et celle des autres. Natacha m’a tirée vers le haut avec son énergie féminine. Elle a ce don-là : tirer les gens vers le haut, leur donner de la consistance. Du concret. Du sérieux sans être ennuyeux. Elle est très forte et déterminée mais d’une manière très douce.

Que penses-tu de la pertinence du format documentaire pour la mode, une industrie qui vit sur la fantaisie, le fantasme, en en cachant parfois les recettes ?
La mode, comme tous les autres univers, compte ses bons et mauvais côtés. On a tous besoin de fantaisie dans nos vies. À petites doses, tout est bénéfique : le réalisme, la fantaisie, l’évasion. Les gens cachent leurs recettes et leurs secrets dans tous les secteurs. C’est triste parce que nous sommes tous interconnectés, et là réside toute la beauté de la vie : dans le fait de montrer que nous contribuons tous ensemble à quelque chose, dans toutes nos différences. Quand elle m’a demandé de faire ce documentaire, Natacha voulait que je montre ça : que les choses ne tournent pas uniquement autour d’elle, mais autour de tous les gens qui l’entourent et qui l’aident à faire opérer la magie.

Qu’est-ce qui t’as poussée à opter pour ces tons vintage dans l’image, qui rappelle parfois certains documentaires de mode des années 1980-1990 ?
J’adore les vieux films. Les choses crues, naturelles et simples. J’aime beaucoup l’abstraction, mais j’aime aussi la netteté, la précision. Je veux que les choses aient un air conceptuel, poétique, mais tout aussi intense. Je ne suis pas fan des visuels trop produits, ou trop haute résolution. Avec Rebecca, on a tourné le documentaire à l’iPhone, avec un vieux Canon et une VHS. Nous vivons dans un monde où tout est très construit, très retouché, et je ne pense pas que ce soit très sain. J’aime les choses qui touchent directement à la source : parfois je préfère les démos aux morceaux terminés, et les esquisses aux peintures finies.

Qu’est-ce qui t’as surpris le plus du processus créatif de Natacha et de ton expérience passée en coulisses ?
Ce qui m’a surpris le plus : sa force de travail, sa rapidité de pensée, sa manière de sourire. Toute la recherche qui se joue derrière ce qu’elle fait. Je pense que c’est ce que nous avons de plus fort en commun : l’insatiable curiosité, pour la littérature, le cinéma, la musique, l’art. J’ai été impressionnée par le respect qu’elle a pour tout ce que ça signifie, d’être une femme, dans toute notre lumière et notre obscurité.

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