croyez-nous, le futur de la trap est au maroc

Le rappeur Laylow s'est associé aux rappeurs marocains Shobee et Madd pour le clip de « Money Call », réalisé par Ilyes Griyeb. Ensemble, ils nous rappellent avec un talent fou que leur trap locale ne va pas le rester longtemps.

par Antoine Mbemba
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23 Février 2018, 1:04pm

En 2016, on se demandait au détour d'une interview du photographe franco-marocain Ilyes Griyeb à quoi rêvait la jeunesse marocaine. Depuis quelques années, il semblerait que la jeunesse marocaine rêve de rap, mais surtout de trap. 7liwa, Shayfeen, Madd, Toto ou encore Inkonnu sont autant de groupes et d'artistes qui font danser la jeunesse locale, sont largement suivis sur les réseaux sociaux et encaissent leurs millions de vues sur Youtube avec un but qui semble commun à beaucoup : donner de l'espoir aux jeunes et prouver au monde ce que le Maroc sait faire. Pour Shobee, qui faisait déjà de la trap avec son groupe Shayfeen avant que la vague n'emporte tout, c'est aux alentours de 2016 « qu’on a vraiment commencé à sentir ce que le public marocain voulait vraiment. Ce n'était pas le rap engagé, pas le rap qui chante sa douleur, mais le rap qui sortait leur rage. Ils avaient besoin de sortir cette rage. Leur rappeler les causes de leur tristesse, c'est fait, refait, ce n'est pas ça qui va changer quelque chose au Maroc. »

De l'égotrip, parfois de l'insulte, qui dans d'autres pays peut paraître futile et facile, mais qui au Maroc prend un tout autre air, salvateur. « C’est compliqué au Maroc, continue Shobee. Les libertés ne sont pas les mêmes qu'en France ou aux Etats-Unis. Il y a l'islam, la culture du hchouma, de la honte. Mais je pense que c'est en train de changer. Je suis confiant pour la suite, pas seulement par rapport à la musique au Maroc. Je suis convaincu que les jeunes, dans le monde entier, peuvent tout changer. Internet a tout niqué ! » Crier sa rage, c'est sortir d'un carcan social et politique, mais aussi et surtout élever la culture musicale marocaine, l'amener au niveau des grosses industries musicales occidentales et se faire respecter pour son art partout ailleurs. « En 2016, on a sorti notre premier grand clip, à 20 000 euros, c'était une première au Maroc. Ça donne de l'espoir aux jeunes. Ça montre que même du tiers-monde, tu peux vraiment être respecté ailleurs pour ce que tu fais. Je suis très optimiste pour la suite. Maintenant il y a plus d'espoir d'avoir un hit mondial. Quand tu entends des Coréens ou des Japonais faire du buzz au États-Unis... Avec la bonne vibe, tu peux conquérir le monde. »

Et pour conquérir le monde, il faut bien s'accompagner. Pour le clip qui sort aujourd'hui, Shobee et ses collègues de la scène trap marocaine on fait appel à nul autre qu'Ilyes Griyeb à la réalisation. Récemment, l'artiste alliait ses forces à celles de Mohamed Sqalli (avec qui il écrivait la tribune "Et si on laissait enfin les artistes arabes raconter eux-mêmes leur(s) histoire(s) ?" l'été dernier) pour créer NAAR, une entité (dont on vous reparlera très vite) « destinée à diriger, produire et promouvoir des projets effectués en partenariat avec des artistes arabes » dont vous pouvez lire le manifesto ici. Une entité qui œuvre notamment à ce dont parle Shobee : la valorisation de la scène trap marocaine en Europe et dans le monde. C'est par le biais de NAAR que devrait voir le jour en avril prochain un album de collaborations entre artistes trap marocains et européens, que se tiendra le même mois un concert de trap marocaine à la Belleviloise et que s'est organisé une résidence artistique à Casablanca en octobre dernier, où a justement été enregistré le morceau « Money Call ».

« On était tous là, dispos, à Casa, se souvient Shobee. Le son s'est fait dans une super vibe et ça se voit, c'est vraiment l'une des meilleures collabs que j'ai faite, sincèrement. C'est particulièrement homogène, en même temps chaque flow et chaque couplet diffèrent. » Et en 2018, on n'a pas vu encore de plus belle énergie que celle de « Money Call », sublimé par les images, le cadrage, la sensibilité, les couleurs du Maroc et de l'objectif d'Ilyes Griyeb. « Mohamed Sqalli et Ilyes Griyeb ont une vision, assure Shobee, c'est pour ça qu'on s'est retrouvés. On est sur la même longueur d'onde sur ce qu'on veut véhiculer. On ne veut pas juste rapper pour rapper, pas pour faire du buzz mais pour s'exporter, se faire respecter ailleurs et acquérir une notoriété au Maroc qui nous permettrait de changer la donne, culturellement. » Alors maintenant vous savez où garder un oeil, et ne dites pas qu'on ne vous avait pas prévenus.

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