Deborah Harry et Selfie avec Grace Jones © Maripol. All photos courtesy of the artists

Maripol a photographié New York la nuit dans les années 1980

Icône du Studio 54 et « Queen of Polaroids », Maripol a photographié Bianca Jagger, Debbie Harry, Grace Jones, Sade et plus encore.

par E.R. Pulgar
|
31 Décembre 2020, 10:43am

Deborah Harry et Selfie avec Grace Jones © Maripol. All photos courtesy of the artists

Le monde s’est révélé à Maripol la première fois qu’elle a eu un appareil photo Polaroïd en main. C’est son petit ami de l’époque qui lui a offert un SX-70, le photographe suisse Edo Bertoglio, responsable du documentaire iconique sur New York Downtown 81, à une époque où Manhattan explosait avec son énergie, ses fêtes, et le glamour qui a définit les années 1980.

« C’était magique » nous raconte Maripol depuis son studio de la banlieue parisienne. « J’avais étudié aux Beaux-Arts les portraits. Un ami était allé à la Factory et m’avait montré les portraits que faisait Andy Warhol, et j’aimais Andy. Il était très gentil, pas du tout prétentieux ».

Warhol n’était pas la seule figure légendaire avec qui trainait Maripol. Sa collection de portraits parcoure l’étendue de la sphère culturelle new-yorkaise de l’époque : de Debbie Harry à Keith Haring en passant par Jean-Michel Basquiat. Son désir de capturer cette époque et sa place dans l’underground l’ont rendue à l’aise avec les punks autant que la bande du Studio 54 ou encore la scène de la mode qui était en train d’éclore. En tant que directrice artistique pour Fiorucci, Maripol sortait nuit après nuit.

maripol-polaroids-80s-new-york
Maripol.

Des milliers de Polaroïds plus tard, cette femme de la renaissance a gagné sa réputation dans le monde de la mode, ainsi que deux surnoms : « la gardienne du temple de la culture 1980 » et « la reine des Polaroïds ». L’oeil de cette icône culturelle ne s’est jamais abimé comme elle l’a prouvé en photographiant récemment la collection automne / hiver 2020 de Dior, un shoot marathon qui a duré quatre jours pendant lesquels elle a photographié 150 looks différents à travers 700 portraits chics. En revenant sur le processus, elle raconte, « Nous avons décidé que les Polaroïds donnent beaucoup d’âme aux images. En digital, les choses deviennent formatées et cela devient ennuyeux ! »

Maripol revient sur les portraits iconiques qu’elle a fait pendant l’âge d’or de New York et la manière dont elle tient à l’analogue dans notre monde digital.

Qui était la première personne que vous avez photographié ?

Je ne saurais pas répondre ! (Rires) J’aime bien les photos que j’ai prise au Studio 54. J’ai pris un selfie à cette époque avec Bianca Jagger et mon amie Edwidge, qui était venue nous rendre visite à New York. On était au fond. Mon petit ami a pris une photo de moi en train de prendre la photo, mais on ne voit que moi et mes avant bras qui cachent les visages des filles. J’étais pas encore très bonne.

maripol-polaroids-80s-new-york
Sade.

Il y a vraiment une dimension intime dans chacune de vos images ! Vous avez des photos de personnes qui représentent toute la diversité du monde de la nuit à New York dans les années 1980, des punks au Studio 54. Quand avez-vous commencé à prendre votre appareil avec vous ?

Il y avait pleins de vagues de personnes qui venaient à New York à l’époque. Les gens sortaient. Je travaillais chez Fiorucci, et je faisais beaucoup de mode moi-même. L’appareil photo était mon outil. On avait pas de téléphone portable, pas d’internet, mais on savait où la fête se déroulerait cette soirée là, quelle galerie avait un vernissage. Notre scène était relativement petite. On avait des téléphones fixes, et les gens faisaient des invitations papier que l’on recevait par courrier si on était sur la bonne liste. Si vous vouliez parler à quelqu’un, c’était facile. C’était facile de rencontrer les gens. La boite devenait votre salon pour la soirée, et la journée passée à la maison devenait la nuit. Parfois on était debout jusque sept heure du matin, et l’été il faisait très chaud, on cherchait une piscine ou un parc où aller, même si on avait pas le droit.

Pouvez-vous nous raconter une nuit en particulier ?

Je ne prenais que des photos la nuit ! La plupart du temps on faisait des fêtes dans mon loft, comme celle où j’ai photographié Debbie Harry en 1979 ou en 1980 quand j’habitais au coin de Bleecker et Broadway. Mon mur était recouvert des Polaroïds que je prenais et qui ont capturé l’essence de la communauté de New York à l’époque.

maripol-polaroids-80s-new-york
Edwige et Bianca Jagger.

Comment votre expérience de photographe vous a aidé quand vous êtes devenue directrice artistique chez Fiorucci puis styliste pour Madonna ? Comment est-ce que la mode et la photographie communiquent selon vous ?

Quand j’étudiais aux Beaux-Arts de Paris, on apprenait à dessiner, à prendre des photos. Au même moment, j’allais aussi dans une école technique, donc je faisais mes propres vêtements dès l’âge de quinze ans. Je pense que c’est un talent que l’on a ou pas. J’ai grandi en lisant ces magazines pour adolescentes. J’étais amoureuse de Cher et de son mari, des vidéos. Avant cela, il y avait Motown, toutes des gravures de mode. Il y avait encore l’influence de la génération précédente, les films des années 1940 et 1950. La mode était incroyable à Hollywood. Et puis Chanel a développé encore plus la manière dont les femmes s’habillent avec le corset. Il y aura toujours quelque chose pour inspirer la nouvelle génération. Dans mon cas, ça a été la musique anglaise qui arrivait à New York.

Comment voyez-vous les différences entre la mode à Paris et à New-York ?

Aujourd’hui ou à l’époque ?

maripol-polaroids-80s-new-york
Jean-Michel Basquiat.

Les deux !

Commençons par les années 1970. Est-ce que vous avez déjà vu les vêtements Gucci ? Le Gucci d’Alessandro Michele s’inspire beaucoup de cette époque. Qui aurait pu penser que les vêtements qu’il faisait atteindrait les femmes de Madison Avenue ? Vous pensez qu’on l’a fait ? Pas du tout ! C’est un mélange des choses que tu fais toi-même et le style à l’ancienne. Les gens voyagent aussi et étendent leur vision de la mode. Quand j’étais jeune, j’allais à Londres, donc mon influence venait de King’s Road. Il y avait Malcolm McLaren et Vivienne Westwood, tellement cool. Mais aussi Biba… Je pense que c’est pour ça que je suis allée aux États-Unis. C’est là où je me suis beaucoup inspirée. Vous savez qui eu le plus d’influence sur la mode ? David Bowie ! Il a inventé le glam rock, et avant lui il y avait les autres comme Elton John… les musiciens ! Comme je le disais, c’est toujours la génération précédente qui balise le terrain.

Est-ce qu’il y a des icônes contemporaines qui vont changer la donne selon vous ?

J’ai travaillé avec Maria Grazia Chiuri, la creative director chez Dior, la première femme à dessiner pour une importante maison parisienne. C’est une féministe, je pense qu’elle va moderniser et revitaliser la mode.

maripol-polaroids-80s-new-york
Anna Schroeder.

Malgré la domination du digital, on voit une recrudescence des photographes qui shootent en film. Quels conseils leur donneriez-vous ?

Je pense que c’est génial d’avoir quelque chose qu’on peut toucher. Je prends des photos avec mon iPhone, mais j’ai tout perdu. Au moins avec un Polaroïd, on a quelque chose pour toujours. C’est un objet. Avec les Polaroïds c’est aussi super fun parce qu’on peut utiliser un contour différent. Pour Dior, j’ai photographié la collection avec des contours noirs, de couleur, métalliques… les gamins reviennent à cela. Je viens d’une famille analogue, tout le monde prenait des photos de leurs vies, mon oncle, mon père, mon grand-père même pendant la Première Guerre mondiale. C’est une tradition pour moi. C’est facile d’avoir la flemme et de ne prendre que des photos à l’iPhone, mais on s’en fout en même temps. C’est pratique pour Instagram ou Facebook. Il y a un documentaire sur l’Impossible Project, juste avant que les Polaroïds ne redeviennent à la mode. À un moment, j’ai cru que je devrai arrêter parce que je ne pouvais pas trouver les pellicules, mais maintenant je suis trop contente parce que tout le monde reprend la production, avec des nouvelles pellicules, des nouveaux appareils. Ça m’a pris plusieurs jours pour scanner mes contours, mais j’ai eu très peu de rejets. Je les appelle rejets quand j’oublie le flash, ou que j’ai fait une erreur. Même si on a une pellicule un peu abimée, les gens adorent ça. Parfois on dessine même dessus.

Comme décrire New York dans les années 1980 en trois mots ?

« No Man’s Land! » Les rues appartenaient à tout le monde. Se promener dans les rues de New York était notre passe temps, on faisait du vélo ou on marchait plutôt que de prendre le métro. Ça appartenait à tout le monde, les endroits comme Los Angeles, New York, Paris, Madrid… c’était un mélange de tout, de personnes qui venaient de partout dans le monde. Un no-man’s land, je vous dis. On était la nouvelle génération dans un monde qui nous avons fait notre, qui nous appartenait.

Cet article a été initialement publié par i-D UK.

maripol-polaroids-80s-new-york
Anya Philips.
maripol-polaroids-80s-new-york
Deborah Harry.
maripol-polaroids-80s-new-york
Edwige.
maripol-polaroids-80s-new-york
Toukie Smith.
maripol-polaroids-80s-new-york
Maripol Selfie (Painted Polaroid).
maripol-polaroids-80s-new-york
Robert Latuna.
maripol-polaroids-80s-new-york
Chia and Toshi, The Plastics Band.
maripol-polaroids-80s-new-york
Selfie with Grace Jones.
Tagged:
club
NEW YORK CITY
80's