Chicago, années 1960, Vivian Maier

Vivian Maier, photographe de l’invisible

Le musée du Luxembourg consacre une exposition à cette Américaine découverte en 2007, qui de nourrice anonyme dans le Chicago des années 50 est devenue l’une des plus grandes figures de la photographie de rue.

par Claire Beghin
|
15 Septembre 2021, 4:39pm

Chicago, années 1960, Vivian Maier

Plonger dans l’oeuvre de Vivian Maier, c’est « comme un voyage au centre de la Terre » dit Anne Morin, commissaire de l’exposition dédiée à cette photographe restée inconnue de son vivant, nourrice de profession. Une oeuvre découverte presque par hasard en 2007, quand l’agent immobilier John Maloof achète aux enchères le contenu d’un box au loyer impayé, où il trouve des images d’une qualité frappante, aussi percutantes que celles des plus grands photographes du siècle dernier. Il décide alors de retracer l’histoire et l’oeuvre de cette Américaine anonyme, reconnue depuis comme l’une des figures majeures de la photographie de rue. 

Chicago, 1956, Vivian Maier.jpg
Chicago, 1956, Vivian Maier

Vivian Maier est décédée en 2009. Elle a laissé derrière elle quelque 120 000 images, films en super 8 et en 16mm, négatifs et pellicules non-développées, prises entre les années 50 et la fin des années 90. Anne Morin les a minutieusement triées pour tenter de percer son langage, de comprendre sa démarche et le regard qu’elle posait sur son époque. L’exposition en présente 278, inédites pour la plupart. Parmi elles, quelques objets : l’appareil photo Rolleiflex avec lequel Vivian Maier capturait les scènes de la vie new-yorkaise ou les portraits saisissants des ouvriers de Chicago, un chapeau en feutre, quelques boitiers de bobines annotés à la main… En marge d’un corpus colossal d’images, il reste peu de choses. Elle a pourtant une présence incroyable, dans le regard de ses sujets, dans ses films où l’image bouge en même temps que son oeil qui cherche à capturer le bon angle, dans ses nombreux autoportraits, où on retrouve partout des jeux de miroirs, de reflets, d’ombres et de fragments, comme si elle cherchait comment s’intégrer à l’espace, au monde dans lequel elle évoluait.

Chicago, 16 mai 1957, Vivian Maier.jpg
Chicago, 16 mai 1957, Vivian Maier

 L’exposition couvre plusieurs thématiques, du portrait à la photo de rue en passant par les gestes, et par un étonnant travail de prise de vue proche d’une démarche cinématographique - des jeux de répétitions, des planches contact comme de petites histoires, les tirages qui comprennent à la fois l’image et l’amorce de la suivante, comme sur une pellicule. On voit sa démarche évoluer, ses techniques se perfectionner, jusqu’à atteindre un degré remarquable de précision et de subtilité dans l’intention. « Il y a quelque chose de très organique, de très vivant dans cette archive, qui ne fait que grandir et pousser comme un arbre. » dit Anne Morin. Au fil des salles, on voit se dessiner les obsessions de Vivian Maier, qui au milieu d’une foule parvient à détecter les détails qui racontent une histoire. Elle filme la sortie des bureaux comme les frères Lumières filmaient celle des usines, saisit les faits divers en gros titres des journaux, les visages des travailleurs fatigués,  les jeux des enfants qu’elle garde, les mouvements hésitants des hommes qui font les cent pas devant un cinéma porno. Elle offre comme un zoom dans l’Amérique du 20ème siècle, avec un incroyable talent narratif qui passe par les regards, par le placement des corps et des vêtements. Et fait honneur aux « invisibles », aux gens au bord de la misère, avec une attention et une dignité sublime, magnifie leurs postures et les gestes de leurs mains, joue sur les formes de leurs visages qui suivent celles du paysage, donne à ces inconnus une place frontale dans le monde qui les entoure. Elle compris.

Chicago, sans date, Vivian Maier.jpg
Chicago, sans date, Vivian Maier

« En tant qu’anonyme dans la société, je pense qu’elle voulait mandater sa présence, chercher à exister un tout petit peu. Elle avait une impérieuse nécessité de tisser un lien avec le monde, qui passait par les images. » Vivian Maier a passé sa vie a travailler au service des autres. Depuis sa mort, elle a déjà fait l’objet de plusieurs expositions et d’un documentaire, Finding Vivian Maier, où John Maloof raconte les conditions de sa découverte et interroge ceux qui l’ont connue. Elle qui a passé sa vie à immortaliser ce qu’on ne voyait pas, existe maintenant plus que jamais. 

Exposition Vivian Maier, jusqu’au 16 janvier 2022 au Musée du Luxembourg, Paris

New York, 3 septembre 1954, Vivian Maier.jpg
New York, 3 septembre 1954, Vivian Maier
Chicago, années 1960, Vivian Maier.jpg
Chicago, années 1960, Vivian Maier
Chicago, 1960, Vivian Maier.jpg
Chicago, 1960, Vivian Maier
New York, 31 octobre 1954, Vivian Maier.jpg
New York, 31 octobre 1954, Vivian Maier
Tagged:
Paris
New York
exposition
rue
Vivian Maier