À la rencontre des skateuses ghanéennes, libres et badass

La photographe Abena Appiah a suivi le Skate Gal Club, un jeune collectif de skateuses d'Accra qui s'émancipent à travers le skate.

par Rolien Zonneveld
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26 Mars 2020, 1:40pm

Des half-pipes, des chaussées régulières, des spots de skate praticables, voilà quelques-uns des éléments que l'on estime nécessaires au développement de la culture du skate. Mais que faire s'il manque tout cela ? Prenez le Ghana, par exemple, un pays où le skate est de plus en plus populaire, mais où ces infrastructures demeurent plus ou moins inexistantes. Ce sport y est encore largement considéré comme antisocial, et les skaters comme des fauteurs de troubles. Leurs altercations avec la police y sont par conséquent monnaie courante.

Dans ce contexte difficile, un jeune collectif s'est donné pour mission d'apporter le vent du changement : le Skate Gal Club. Créé par des filles et pour les filles, le club est la petite sœur de Surf Ghana - le tout premier club de skateboard du pays. Fondé l'année dernière par la française Sandy Alibo et son amie Kuukua Eshun, il a pour mission de cultiver le talent de ces jeunes skateuses et de leur créer le meilleur écosystème possible pour qu'elles puissent s'entraîner et s'imposer sur la scène locale. Lors du tout premier événement du Skate Gal Club, plus de 60 filles se sont présentées, et elles ont depuis appris le skate à plus de 200 autres jeunes femmes.

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Abena Appiah, photographe documentaire de 22 ans basée à Londres, a passé dernièrement de plus en plus de temps au Ghana - le pays d'où ses grands-parents ont émigré dans les années 1960 - ce qui lui a donné l'occasion de rencontrer le collectif. Immédiatement séduite par l'esprit intrépide et audacieux de cette bande, Abena leur a demandé si elle pouvait les suivre et les photographier durant son séjour. "Ce qui m'a vraiment plu chez elles, c'est qu'elles skatent juste pour elles-mêmes, elles n'attendent la permission de personne", dit Abena au téléphone. "Le club veut inviter les jeunes femmes à essayer de nouvelles pratiques dans un environnement où elles se sentent à l'aise. Il ne s'agit pas seulement de sport, mais plutôt d'oser être vulnérable et confiante. Le skate est plutôt un moyen de se connecter aux autres". Ce qui a commencé comme un petit groupe de skateuses a maintenant transcendé toute une communauté qui s'entraide et s'inspire mutuellement. L'un des derniers événements qu'elles ont organisé, à l'occasion de la Journée internationale de la femme, a consisté à aider les femmes à prendre pleine conscience de leur propre beauté.

En photographiant cette équipe de skate, Abena a également pu se reconnecter avec son propre héritage ghanéen. Ayant grandi à Londres, elle a toujours rêvé travailler dans la création artistique, mais, prudente face au futur incertain de nos sociétés, elle a décidé d'étudier les sciences biomédicales, par sécurité. Mais alors qu'elle réalisait de la photographie documentaire pour son simple plaisir, son talent a été repéré, et c'est ainsi qu'elle a commencé à produire des campagnes pour Adidas et Highsnobiety. Son diplôme universitaire en poche, Abena se consacre désormais pleinement à la photographie.

Partir toute seule au Ghana a constitué pour Abena une étape importante de son parcours de vie, une étape nécessaire afin qu'elle puisse enfin partager les histoires personnelles qui lui tenaient à coeur de raconter depuis longtemps. "En tant qu'enfant de la diaspora ghanéenne, j'ai toujours ressenti ce sentiment d'entre-deux. Quand je retourne au Ghana, je me distingue parce que je n'ai pas grandi là-bas, mais ici à Londres, il est clair que mes racines sont ailleurs". Le fait de voyager à travers le Ghana seule et selon son propre programme lui a ouvert les yeux sur la signification de cette identité biculturelle. "Le fait d'avoir vécu toutes ces expériences différentes et d'avoir été exposée à de multiples cultures me donne aujourd'hui l'impression de mieux appréhender le monde", dit-elle. Le fait de voir à quel point chacune des filles s'exprimait sans réserve a incité Abena à révéler sa propre voix. "Il y a une énergie vraiment formidable au Ghana que je qualifierais de confiance tranquille", conclut-elle. "Elles se fichent de qui peut bien les regarder, elles ne font pas tout cela pour l'apparence. Mais elles méritent assurément davantage de reconnaissance".

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Credits


Photographies : Abena Appiah
Remerciements à Eden, Harmonie (Blue), Efya et Sandy of the Skate Gal Club

This article originally appeared on i-D UK.

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