Dans le radar i-D : le streetwear upcyclé de bentgablenits

Derrière les virgules Nike en velours et les 501 crochetés de fleurs rétro se cache un trio canadien.

par Claire Beghin
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20 Décembre 2021, 3:00pm

Tout a commencé par un cadeau, un t-shirt Nike que Karen Gable et Brenda Bent avaient customisé pour un ami en appliquant un morceau de velours sur la virgule. Ce jour là, Angelo Nitsopoulos était dans le coin. Cet ancien joueur de hockey collectionnait les pièces vintage depuis des années déjà et avait l’oeil pour repérer un design au gros potentiel. « Vous pourriez vendre ça, vous savez ? » leur a-t-il suggéré. Elles lui ont donné le feu vert. Quelques mois plus tard, leur premier drop de sweatshirt Nike brodé de velours, de fleurs en crochet et de passementerie tapait dans l’oeil de Drake. Les pièces affichent désormais sold out en quelques minutes à peine.

Karen Gable et Brenda Bent n’en étaient pas à leur premier coup d’essai. Elles furent respectivement à la tête des marques Bent Boys et Zapata, deux noms bien connus de la scène mode de Toronto dans les années 80, qui gravitaient dans les mêmes sphères de mode indé et expérimentale que Marc Jacobs ou Jean Paul Gaultier. Après avoir chacune raccroché pour élever leurs enfants, elles ont monté un studio de décoration d’intérieur penché sur les matières artisanales, les pièces uniques et les associations inattendues, façon cabinet de curiosité. Une esthétique qui répond à celles des pièces signées bentgablenits, un étonnant mélange de l’aura hype du street wear vintage, d’artisanat et d’éléments d’ameublement, fabriqués main dans leur studio.

« Nous adhérons à l’adage qui dit ‘Les mauvaises herbes sont aussi des fleurs, une fois qu’on apprend à les connaître'. » dit Brenda Bent. Autrement dit, les déchets des uns font les trésors des autres, une formule gagnante pour l’industrie de la seconde main. Mais la force de bentgablenits est justement de ne pas travailler à échelle industrielle. Angelo Nitsopoulos se charge de sourcer les pièces une par une, ou des fins de stock, dans les bonnes adresses vintage, et les deux créatrices de les retravailler. Le trio a ainsi su trouver le juste équilibre entre des créations à l’identité DIY qui ne ressemblent à aucune autre, et une qualité d’exécution irréprochable. « La construction et la qualité font partie de nos racines. » affirme Karen Gable. « Nous ne sommes pas une usine, nous pouvons donc contrôler chaque pièce une par une. (…) Travailler à la main nous donne la possibilité de sublimer ce qu’on appelle à tort des défauts. » Les trous, les marques d’usure, tout ce qui témoigne de la vie d’un vêtement. bentgablenits a réussi à rendre l’upcycling désirable, là où il souffre encore souvent d’une image de travaux pratiques.

Tout en gardant un business model consciencieux : des pièces sourcées autant que possible dans une zone proche, upcyclées à la main donc, en quantité ultra limité. « Vouloir une mode durable et éco-friendly est super sur le papier, mais la plupart des marques qui s’en réclament ne le font pas réellement. » rappelle Angelo Nitsopoulos. « Les consommateurs ont besoin de comprendre ce que le terme ‘sustainable’ implique. » Ne pas produire plus que ce qui existe déjà est un bon début. « Nous ne travaillons que ce qui nous semble pertinent. Ca part souvent d’une garniture, ou de l’une des nombreuses fleurs de nos archives. »

Elles se sont récemment retrouvées sur des pièces Air Jordan spécialement commissionnées pour les athlètes de la WNBA, sur une ligne de 501 vintage en collaboration avec Levi’s et sur un pop-up store dédié chez Selfridges. Le trio prépare également une ligne de « packagings permanents » en collaboration avec Byredo. « C’est précisément le genre de travail qui nous intéresse. » : proposer à des marques existantes la possibilité de faire mieux, tout en mettant en avant la qualité unique de leurs designs. Multiplier les collaborations est un travail d’équilibriste quand on se revendique d’un business model éthique, mais bentgablenits a trouvé la bonne recette. « Il s’agit de faire comprendre aux marques qu’elles n’ont en réalité pas grand chose à fournir. » A part des pièces issues de stocks dormants. Une fois récupérées, Karen Gable et Brenda Bent s’occupent de les transformer une par une. C’est ce que les deux créatrices considèrent comme la partie la plus fun de leur job : poser leurs marques sur les modèles des autres, qui prennent alors leur esthétique rétro et un peu flamboyante, pleine de tendresse et d’indices qui rappellent avant tout le geste humain qui est derrière. « Il suffit d’enlever le facteur usine, et tout le monde est gagnant. »