Courtesy of Aijani Payne

Paris Fashion Week Sessions : Ciesay

En une dizaine d’années, l’anglais et photographe Ciesay s’est forgé une place de choix dans l'industrie du rap devenant un de ses portraitistes officiels.

par Patrick Thévenin
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17 Mai 2022, 10:55am

Courtesy of Aijani Payne

D’abord vidéaste, le londonien Imran Ciesay, s’est il y a un peu plus d’une dizaine d’années, spécialisé dans la photo. Shootant, avec son style brut et sans artifices Drake, Kanye West, Travis Scott ou A$AP Rocky pour n’en citer que quelques-uns, Ciesay s’est rapidement imposé comme un des meilleurs documentaristes de la scène hip-hop américaine. Créatif infatigable, avec son meilleur ami, Solomon Boyede (aka Soulz), lui aussi photographe, Ciesay a lancé le concept PLACES + FACES, entité globale et créative, mélangeant streetwear, fanzines, mixtapes et expositions itinérantes.

Si vous aviez à vous présenter ?

Ciesay : Je suis originaire de Gambie et je suis photographe, réalisateur, DJ et je m’occupe de la marque PLACES+FACES.

Vous pouvez nous en dire un peu plus sur PLACES+FACES ?

C’est une marque que j’ai fondé en 2013 avec un de mes meilleurs amis. A l'époque, je prenais des photos à New York et lui shootait à Londres des musiciens, des acteurs, des artistes qu’on apprécie, on a décidé de partager ses clichés, on les a mis sur un Tumblr et de là tout est parti. On a lancé des fringues, organisé nos soirées, mis en place de nombreux pop-up stores tout autour du monde, à Tokyo, New York, Los Angeles et même au Nigéria. A partir de là, ces neuf dernières années, nous avons réalisé collectivement ce que nous rêvions de faire, mais nous l’avons fait pour nous même au lieu de le faire pour les autres.

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T-shirt vintage, talent’s own. Casquette, COURREGES. Lunettes, PLACES + FACES. Jewelry, talent’s own.

Comment êtes-vous arrivés là où vous êtes aujourd’hui ?

Tout simplement parce que je suis passionné par ce que je fais. Au départ, je me suis juste demandé ce que je voulais faire et ce que je voulais accomplir et je me suis lancé. Quand j’ai commencé à prendre des photos, je n’étais même pas photographe, mais petit à petit j’ai appris et j’ai développé mon talent. Comme lorsque j’allais dans des soirées, je regardais le DJ et je me disais : Wow, je ferais bien pareil, comme ça je pourrais passer la musique que j’ai envie d’écouter, et c’est ce que j’ai fait ! Idem avec les vêtements, j’ai commencé à réaliser des fringues avec des amis, car il y avait des pièces que je voyais et que j’avais envie de porter. Alors j’ai commencé à faire mes propres vêtements et certaines personnes ont voulu me les acheter. Donc oui, tout ce que j’ai fait pour en arriver là, c’est croire en ses rêves et les transformer en réalité.

Vous étiez intéressés par l’art très tôt ?

J’ai toujours été intéressé par les médias et l’idée de prendre part à cette industrie. Quand j’étais jeune, je voulais être un acteur, je faisais beaucoup de théâtre et toutes ces choses. Et puis, à un moment de mon existence, je me suis senti plus à l’aise derrière la caméra que devant. Et, à partir de ce virage, je suis revenu à mes passions premières, c’est-à-dire la photographie et le cinéma.

Il y a d’autres métiers que vous aimeriez exercer ?

Certainement être cuisinier. Si je n’étais pas occupé par tout ce que je fais en ce moment, je serais certainement en train de suivre des cours de cuisine, pour essayer de devenir chef ou de travailler dans un restaurant car j’adore cuisiner.

Vous êtes un bon cuisinier ?

J’aime penser que oui !

Votre spécialité préférée ?

Comme je suis originaire de Gambie, j’ai une prédilection pour la cuisine africaine, j’adore faire un plat traditionnel qu’on appelle benachin et, évidemment, l’incontournable mafé.

Quels sont les gens qui vous ont inspiré et donné la force d’être là où vous êtes aujourd’hui ?

Honnêtement, ce sont mes parents, parce qu’ils m’ont appris la justesse, mais surtout parce qu’ils m’ont permis d’avoir un passeport très jeune. Ce qui m’a permis de voyager très tôt et de réaliser qu’il y a dans le monde tellement d’autres choses qui sont plus importantes que de vivre en Angleterre ou en Gambie. Ensuite, d’autres artistes m’ont inspiré et encouragé, comme Quentin Tarantino car j’ai grandi en regardant ses films, ou Nigo, parce que j’ai compris que le hip-hop faisait partie de ma culture.

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T-shirt vintage, talent’s own. Casquette, COURREGES. Lunettes, PLACES + FACES. Jewelry, talent’s own.

Vous aimeriez apporter quoi au monde ?

Je veux documenter le monde pour que les gens puissent un jour regarder en arrière. Lorsque vous feuilletez des livres de photos prises dans les 90’s ou les 60’s ou 50’s, les personnes qui les ont prises se sont désignées comme les documentaristes de l’époque. C’est l’impact que je veux laisser au monde, quand dans une centaine d’années des gens tombent sur ces photos et se disent :  Ah, le monde était comme ça à l’époque !

Vous espérez qu’un jour vos photos soient exposées dans un musée ?

Je sais qu’elles y seront !

Quelles qualités sont requises pour exercer votre job ?

Je pense que l’essentiel est de savoir ce que tu veux et d’avoir confiance en toi. Croire dans ce que tu réalises tout en sachant que tu peux encore t’améliorer. Si nous n’avions pas, avec mon partenaire, eu le courage de voyager et de prendre des photos, je ne serais certainement pas là à vous parler.

Quelles qualités sont requises pour exercer votre job ?

Je pense que l’essentiel est de savoir ce que tu veux et d’avoir confiance en toi. Croire dans ce que tu réalises tout en sachant que tu peux encore t’améliorer. Si nous n’avions pas, avec mon partenaire, eu le courage de voyager et de prendre des photos, je ne serais certainement pas là à vous parler.

Où trouvez-vous l’inspiration tous les jours ?

J’allais répondre dans ma manière de vivre quotidiennement, quand je me réveille et que je vois que sur les réseaux sociaux mes amis ont posté une nouvelle photo qu’ils ont prise ou une chanson qu’ils viennent de terminer et toute la joie et l’honneur qui s’en dégagent. Et ça me challenge car je me dis, bon maintenant qu’est-ce que je peux poster ou réaliser qui va m’apporter autant de joie qu’eux ?

Il y a des combats politiques ou sociaux qui vous touchent plus que d’autres ?

Il y a une chose dans laquelle je suis très investie, c’est Wave l’association de ma mère en Gambie, qui se bat pour que les femmes bénéficient de la meilleure éducation possible, ou pour aider celles qui ont été mariées de force à un très jeune âgé, quand elles n’ont pas subi de violences sexuelles.

Le meilleur conseil qu’on vous ai donné dans la vie ?

Toi aussi, tu peux le faire !

Face au monde complexe dans lequel nous vivons, pensez-vous que l’art soit une solution ?

Je pense que l’art, et ses différentes formes d’expression, peut aider à sauver le monde. Il y a tellement de choses horribles qui se passent actuellement que les gens ont besoin de s’échapper, et ça peut se faire par l’art. Ça peut être une chanson qu’on écoute en boucle pour se sentir mieux, une photo qu’on regarde régulièrement pour se souvenir que la vie était peut-être meilleure avant, bref des échappatoires de quelques instants à la dure réalité !

Une chanson qui vous aide à surmonter les moments difficiles ?

Sans aucun doute Water No Get Enemy de Fela Kuti.

Crédits

Photographer Aijani Payne

Stylist Dan Sablon

Creative Direction Claire Thomson-Jonville

Videographer Martin Josserand

Groomer Sacha Giraudeau

Video Assistants Tanguy Tworzydlo & Eryl Bounekhla

Video Editor Matthieu Desreumaux

Stylist Assistant Clara Viano

Production Lotti Projects

Remerciements à la Galerie Bourbon.

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