Dans le radar i-D : Coperni, retour vers le futur

Relancé en 2019, le label d’Arnaud Vaillant et Sébastien Meyer poursuit sa route vers une mode concrète et innovante, inspirée du digital et des nouvelles technologies.

par Claire Beghin
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11 Août 2020, 9:00am

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Courtesy of Coperni

C’était en 2013, avant le « see now, buy now », avant qu’une vague de streetwear n’inonde l’industrie de la mode, et que les mots « éthique », « responsable » ou « sustainable » n’arrivent sur toutes les lèvres. Arnaud Vaillant et Sébastien Meyer lançaient leur label Coperni Femme, après avoir fait leurs armes aux studios Chanel et Balenciaga (période Nicolas Ghesquière) pour le premier, et au sein de divers projets de design pour le second. Le concept : une mode portable et ultra détaillée, tournée vers le futur, avec pour mots d’ordre recherche et innovation. Tous deux originaires du sud de la France, ils se sont rencontré sur les bancs de l’école parisienne Mod’art, où Sébastien Meyer a étudié le stylisme et Arnaud Vaillant le management. Et ne se sont plus quittés. « Tout est allé hyper vite, on a eu de la chance. » dit-il. Clara Cornet, alors acheteuse pour Opening Ceremony, repère la marque et achète toute la première collection. L’année suivante, ils remportent le prix des premières collections de l’Andam. « On est passé d’un point de vente à une quinzaine, dont Colette et Le Bon Marché. »

Du space age au techno-chic

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Courtesy of Coperni

À l’époque, le champ est encore libre pour les jeunes marques dites « créateurs » et les noms qui ont, depuis, transformé le paysage de la mode, commencent à peine à se faire connaitre : Craig Green, Virgil Abloh, Simon Porte Jacquemus et Demna Gvasalia sont tous finalistes de l’édition 2015 du LVMH Prize, aux côtés de Coperni. Dans la foulée, le duo prend la direction artistique de la maison Courrèges. « On voulait développer Coperni, mais on avait 25 ans, pas vraiment d’employés, Courrèges était un si beau projet qu’on ne pouvait pas refuser. » dit Sébastien Meyer. Ils laissent leur label de côté et, pendant trois ans, oeuvrent à réintégrer la marque culte des années 1960 à son époque, en réactualisant son ADN « space age » minimal à grands coups de vestes en vinyles, de mini-jupes et d’expérimentation technologique. « Avec les moyens de Courrèges, on a pu faire des choses géniales. » se souvient Arnaud Vaillant. « Des manteaux chauffants, des vêtements imprimés en 3D… on s’est éclaté dans la recherche, avec des codes à respecter bien sur, mais toujours la touche Coperni. »

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Courtesy of Coperni

Lorsqu’ils quittent la marque, en 2017, ils décident de revenir à leur premier amour, et relancent Coperni deux ans plus tard. Pour leur première collection automne-hiver 2019, ils présentent un vestiaire hyper précis, des tailleurs, des jupes et des robes aux coupes nettes, parfois subtilement ajourés ou comme figés dans le mouvement. Point fort : le sac Swipe, petit bijou de design dont la forme est inspirée du bouton central des smartphones. Suit le modèle Wifi, qui reprend le pictogramme triangulaire taillé dans du cuir. Pour accompagner le lancement, le duo imagine « Copernize your life », une histoire interactive sur Instagram qui plonge l’utilisateur dans l’univers digital et technologique de la marque. Suit « Coperni Arcade », une série de jeux accessibles en stories, où l’on peut choisir les tenues des mannequins, jouer avec le logo ou découvrir le processus créatif du sac Swipe.

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Courtesy of Coperni

« On voulait une marque digitale. » affirme Sébastien Meyer, passionné de tech et d’innovation, qui prend en charge le design des vêtements. « Coperni vient de Copernic, il y a cette idée de progrès, de science, d’astronomie. On aime les choses concrètes de la vie de tous les jours, se servir des outils qu’il y a autour de nous. » Dans leur studio du IIème arrondissement de Paris, il dessine exclusivement sur tablette. « On essaye, chaque saison, de créer des projets digitaux autour de la marque, pour faire interagir les clients. » Pendant le confinement, ils lancent un concours sur Instagram et invitent leurs followers à réinventer le Swipe. « On s’est beaucoup rapproché de notre communauté, c’était très excitant. C’était la première fois qu’on parlait vraiment avec les gens qui apprécient la marque. Ca nous a donné envie de nous en rapprocher encore plus, de comprendre vraiment ce que veulent nos clientes. »

Un vestiaire pragmatique tourné vers l’avenir

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Courtesy of Coperni

Cette obsession pour la technologie se poursuit dans leur dernière collection, présentée cet hiver sur le campus parisien de Station F, l’un des plus gros incubateurs de start-up au monde, et baptisée World Wide Web. Pour leur tout premier défilé, ils présentent des tops imprimés de lignes de code, des textiles tissés comme des réseaux de câbles et des costumes futuristes, mais très portables. Leurs références de toujours : « Uma Thurman dans Bienvenue à Gattaca, Trinity dans Matrix, des livres sur Elon Musk ou Apple, tout ce qui touche au progrès. » Mais aussi beaucoup de design et d’architecture, comme Le Corbusier ou Mies van der Rohe. Une influence qu’on retrouve dans les sacs, dont le dernier en date, l’App. Pensés comme des objets, ils ont cette esthétique ultra satisfaisante où l’équilibre des formes est parfaitement respecté, « comme une chaise que tu poses là, et qui traverse le temps. »

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Courtesy of Coperni

Et pourquoi pas, à l’avenir, se tourner vers le design ? Si on en croit l‘exposition que le duo a récemment imaginée avec USM, le fabricant suisse de mobilier avec qui il travaille sur tous ses showrooms ou pop-ups, l’idée n’est pas à bannir. Pour l’occasion, ils ont dessiné des bureaux, lits ou consoles à partir d’un système de boules et de tubes entièrement modulables. Mais Coperni reste une priorité, avec toujours cette volonté de regarder vers l'avenir, et de proposer un vestiaire aussi créatif que pragmatique, portable de jour comme de nuit. « C’est notre devoir en tant que créateurs. » affirme Sébastien Meyer. « Aujourd’hui, on ne peut pas juste se permettre de faire de jolis vêtements, il faut qu’ils aient un sens, qu’ils accompagnent les gens. » Arnaud Vaillant confirme : « On habille une jeune parisienne de 30 ans, on ne fait pas de la haute couture. On cherche à développer le bon produit, dans la bonne gamme de prix, avec toujours cette idée de confort et de progrès. » Et dans des matières innovantes consciemment développées, pour s’aligner sur les nouveaux enjeux responsables de la mode. « Notre rêve, ce serait d’évoluer vers le vêtement intelligent. Mais ça demande beaucoup de temps et de moyens. Pourquoi pas le faire en collaboration, avec Apple, Nike ou Uniqlo par exemple, ou même des marques comme Hermès, pour réinventer l’artisanat. » À bon entendeur.

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Courtesy of Coperni
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