Courtesy of Joe Holder

Joe Holder ou le bien-être à l’américaine

Véritable gourou du bien-être Outre-Atlantique, l’entraîneur personnel très convoité de Naomi Campbell, Virgil Abloh ou encore Derek Blasberg est devenu en quelques années l’une des figures les plus influentes du bien-être aux États-Unis.

par Claire Thomson-Jonville
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12 Mai 2020, 2:03pm

Courtesy of Joe Holder

Son nom et son visage ne vous sont peut-être pas encore familiers pourtant Joe Holder incarne le nouvel “american wellness”. Avec son modèle “Ocho System”, l’acronyme de “One can help others, others can help one”, l’athlète afro-américain diplômé de l’Ivy League promeut une approche innovante, inclusive et démocratique du sport et de la santé. Une philosophie holistique “feel good” qui résonne particulièrement dans le pays de l’American Dream où la culture du “bien-être” reste encore un luxe.

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Courtesy of Joe Holder

Au cours de ses multiples collaborations avec Nike, GQ et des personnalités emblématiques de la société américaine, Joe Holder a su créer sa propre tribu comme en témoigne ses 114 000 abonnés sur instagram. Fondant son succès sur les “relations humaines”, il est sans conteste l’une des figures phares de la nouvelle génération “wellness”.

Rencontre avec Joe Holder, le nouveau gourou du bien-être et directrice de la redaction i-D France, Claire Thomson-Jonville.

Claire Thomson-Jonville : Quel est votre mantra ?

Joe Holder : Une personne peut aider les autres, et les autres peuvent aider une personne.

CTJ : Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le système Ocho ?

JH : Le système Ocho est une manière réfléchie de penser le bien-être. J’ai commencé à l’élaborer lorsque je souffrais de blessures liées au football américain que je pratiquais à l’université de Pennsylvanie. Je voulais trouver un meilleur moyen de me remettre de ces blessures. En faisant des recherches théoriques sur le bien-être physique et personnel, j’ai entrepris de comprendre les autres domaines qui entraient en jeu. Ces domaines étaient émotionnels, mentaux, et bien sur sociétaux. On peut dire que le système Ocho est ma propre théorie humaine. C’est un programme de bien-être qui vise à travailler les questions globales avec la même attention que la santé personnelle à sa plus petite échelle, dans l’idée, je l’espère, de créer une meilleure société.

CTJ : Vous êtes coach depuis 2014, quelle importance accordez-vous aux réseaux sociaux et au digital en général dans le croissance de votre business ? Aviez-vous un plan pour assurer cette croissance ? Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui commencerait ?

JH : Même si les réseaux sociaux sont importants, il est indéniable que cela prend du temps. La manière dont je réfléchis à toujours été d’être simplement bon dans ce que je fais. Être un leader expert et réfléchis. Je ne suis pas un influenceur et je ne me considère pas comme tel. Je suis bon à ce que je fais et en raison des gens ou des marques avec qui j’ai travaillé, j’ai engendré un certain nombre de followers mais ce nombre s’explique par mon expertise, ou mes capacités. Avoir des likes, ce n’est pas cela qui paie mes factures, au moins sur le long terme. L’écosystème des influenceurs va s’assécher, surtout après la prise de conscience liée au COVID, du moins je l’espère.

Avoir une certaine notoriété digitale m’a certainement aidé mais le seul plan que j’avais, c’était simplement de documenter ce que je faisais, ou du moins essayais de faire, d’une manière intéressante. Il y a quelque chose de dépassé dans le fait de suivre un plan de manière scientifique. Mon unique plan était de rendre l’information belle, d’essayer de connecter avec les gens d’une manière réelle. Tout ce que je veux, c’est aider. C’est vrai que Heron Preston qui m’a ensuite mis en contact avec Virgil, je l’ai rencontré sur les réseaux sociaux. D’autres clients, comme Romee Strijd qui est si gentille et avec qui je travaille de temps en temps depuis des années, m’ont contacté d’abord sur les réseaux. Les réseaux sociaux ne sont qu’un outil pour diffuser plus d’informations et ainsi pouvoir aider plus de gens. Si tu fais partie de l’industrie des services, et c’est le cas du coaching, il faut essayer de l’utiliser à bon escient et de continuer à le faire. En plus, cela peut t’aider à construire ta personnalité.

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Courtesy of Joe Holder

La chose la plus essentielle que je puisse dire et qui fonctionne pour la plupart des gens, c’est de ne pas trop penser aux réseaux sociaux. En tout cas au début, ne pensez pas en termes du nombre de followers que vous essayez d’avoir. Chercher une manière de mettre en valeur la qualité du travail que vous fournissez, et chercher à attirer l’attention de quelques personnes importantes, faites que ces personnes vous remarquent. C’est cela qui permet d’avoir un réel impact dans le monde tangible, si c’est cela qui vous intéresse.

CTJ : Quel a été votre big break ? Y a-t-il un moment que vous marqueriez comme déterminant dans votre carrière ?

JH : Je citerai en priorité le moment où j’ai signé avec Nike en 2014-2015, mais en même temps, chaque jour est déterminant pour ma carrière. On ne peut pas avoir de big break à moins d’être constamment préparé sans savoir ni quand ni si ce big break aura lieu. Ce qu’on appelle les big breaks ne sont que le résultat de petites entailles dans ce qui vous bloque la route et qui, à la fin, commence à s’écrouler si vous faites ce que vous devez faire. Tout est une question de contexte. Mais je pense qu’il faut plus qu’un seul big break pour avoir du succès.

Je ne peux pas ignorer l’impact que ma collaboration avec Nike a eu sur ma carrière, mais cela entrait aussi en corrélation avec ce que je faisais à l’époque. Beaucoup des gens qui avaient signé avec Nike à ce moment là ne sont plus de la partie, et cela m’encourage d’autant plus à travailler avec toujours plus de consistance et d’implication dans ce que je dois gérer.

CTJ : Donc vous travaillez avec des marques comme Nike, mais vous coachez aussi des mannequins comme Naomi Campbell, où situez-vous l’importance de ces collaborations ? En quoi votre approche change lorsque vous travaillez pour une grande entreprise ou un client privé ?

JH : Sans le travail en collaboration on est rien, que ce soit avec des individus ou bien des marques. Pour moi, les relations sont au fondement du succès, pas seulement vos capacités, votre talent ou votre dur labeur. C’est la combinaison de tout cela qui peut créer une longue carrière. Lire des livres, écouter des conférences ou des podcasts etc. L’histoire ne manque pas de figures plus intelligentes ou simplement meilleures que vous qui pourtant ne sont plus là. Apprenez d’eux. Toutes nos idées ne peuvent qu’être collaboratives, ce serait naif de penser le contraire. En théorie, toutes mes idées sont en collaboration avec quelqu’un d’autre d une certaine manière, même si ces personnes ne sont pas au courant.

Quand je travaille avec des personnes ou des marques, l’essentiel n’est pas de savoir ce que je sais faire, mais de savoir ce que je sais faire et qui sera aussi profitable pour eux. Il ne faut pas mettre sur la table seulement les choses qui vous font plaisir, il faut chercher à trouver ce que vous pouvez faire pour alléger la souffrance de l’autre. Si vous faites ça, vous pourrez peut-être connaitre le succès. À l’université, la meilleure chose qu’un professeur ne m’ait jamais dite c’était de « trouver le Tylenol ». Le concept de connaitre du succès par l’apaisement de la douleur est resté avec moi depuis.

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Courtesy of Joe Holder

Ce qui me rend bon pour Nike ne pourra pas forcément aider GQ. Ce qui me rend bon pour GQ ne sera peut-être pas utile pour Dyson. Ce qui me rend bon pour Dyson n’aura surement pas d’impact sur Naomi. C’est la raison pour laquelle j’ai autant de clients, je peux adapter mes capacités et les transformer en talent spécifique qui sera bénéfique à la personne avec qui je traite sur le moment. Donc mon approche change forcément quand elle cherche à comprendre avec qui je traite sur le moment.

CTJ : Comment nourrissez-vous votre créativité ?

JH : En faisant des pauses et en me tournant vers d’autres disciplines que la mienne. Je pensais auparavant que le travail sans interruption était la solution à tout, c’était surement ma naiveté qui parlait. Mais après avoir fait des recherches, et après avoir tiré des conclusions d’expériences réelles, on se rend vite compte que les moments de pauses sont les moments où votre esprit fait ces connections si spéciales. J’ai lu une interview de Marc Newson qui parlait de sa manière de gérer ce qu’il appelait son « inefficacité à cogiter ». Réfléchir est un acte qui n’est pas directement productif de manière inhérente. Cela prend du temps. Donc il faut éteindre son téléphone et prendre le temps de rêvasser. Faites une promenade, regardez le ciel, piquez vous de curiosité pour quelque chose d’aléatoire. C’est dans ce genre de moments que l’on trouve les connections secrètes qui sont souvent laissées de côté car les gens de ma profession regardent souvent tous dans la même direction. C’est ce qui cause une stagnation, et la tendance qu’on certaines personnes à copier. Il faut nourrir sa créativité en prenant le temps de ne rien faire parfois. Renseignez-vous sur d’autres disciplines. Fixez-vous des défis aussi. Par exemple, parfois je choisis au hazard trois machines différentes et j’essaie de voir combien d’entrainements différents je peux imaginer.

CTJ : Pouvez-vous partager plus de conseils pour ceux qui débutent dans la profession ? Comment combiner de manière intelligente les réseaux sociaux et le sport ? Quelles sont les leçons essentielles que vous avez apprises ?

JH : L’argent se fait dans le monde réel, il n’est que stimulé sur les réseaux sociaux. Ne pensez pas que les réseaux sociaux sont le lieu de votre business. Ils ne le seront jamais. Mais par contre, ils constituent un lieu où vous pouvez devenir prof, créer une tribu. Il faut se faire respecter pour être bon à son job, pas pour avoir un physique car le physique ne sera plus votre point fort un jour.

Évidemment, il vaut mieux rendre les choses intéressantes pour les yeux. Après avoir choisi une discipline principale, vous pouvez aussi parler des choses qui gravitent autour de cette discipline pour la rendre encore plus intéressante. Aussi, soutenez toujours les autres online. Il est question de créer une communauté pas seulement un média.

CTJ : Vous êtes très positif et pleins de motivation. Avez-vous toujours été comme ça ? Vous entrainez-vous pour être pour penser positivement ? Comment le confinement a affecté votre travail ?

JH : Ce que j’ai appris a évolué un peu parce que je me suis battu contre mes démons. Je ne dirai pas nécessairement que je suis toujours positif, mais au moins je suis vrai. Je parais peut-être positif parce que j’accepte le spectre entier de mes sentiments. On essaie d’éviter la tristesse, le chagrin, la douleur, mais tout cela fait partie de la vie. On ne peut pas connaitre la joie sans connaitre la tristesse, mais cela ne veut pas dire qu’il faut rester triste. Il faut entrainer certains états d’esprit qui te permette de rebondir d’une bonne efficace. La positivité, ou la fausse positivité, nous empêche parfois de gérer les choses stressantes dans la vie car nous imaginons que tout doit être incroyable tout le temps. C’est loin d’être le cas ! Voilà pourquoi je préfère une approche plus pragmatique qui privilégie une forme de résilience, c’est cela qui peut nous mener vers le positif.

J’ai été très occupé pendant le confinement en fait, mais le temps semble s’accélérer. Je me suis amélioré dans ma gestion de planning, je fais de mon mieux pour m’y tenir.

CTJ : À quelle fréquence vous entrainez vous vraiment ? Vous préférez des petites sessions fréquentes ou plutôt moins de grandes sessions ?

JH : Cela dépend de mon emploi du temps. Je ne gagne pas ma vie en m’entrainant, je ne donne pas de cours, la majorité de mon travail concerne des activités de consulting, d’écriture etc. M’entrainer c’est plus un hobby finalement, un hobby qui me passionne et me permet indirectement de gagner ma vie. J’aime aider les autres et je pense que le bien-être physique c’est important.

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J’ai beaucoup moins le temps de m’entrainer qu’on pourrait croire, j’essaie d’intégrer ces activités dans ma journée. C’est une idée fausse de croire que le fitness se passe seulement à la salle de sport. Je cours ou fais du vélo plutôt que de prendre une voiture ou le métro. Quand je me réveille, j’essaie de m’étirer et de m’activer un peu. La manière dont je m’entraine peut évoluer, pendant la quarantaine, j’ai surtout fait des petites sessions fréquentes. Mais généralement, je suis un rythme plutôt hybride : deux ou trois sessions de 90 minutes par semaine, et les autres sessions durent plutôt 30 ou 45 minutes. C’est ce qui me permet de rester actif sans trop en faire non plus et en privilégiant une variété d’activité : du Tai Chi au yoga en passant par la course ou les poids.

CTJ : Pouvez-vous expliquer ce qu’est un entrainement fondé sur la performance et quelles sont les différences avec un entrainement traditionnel ?

JH : Un entrainement fondé sur la performance cherche à considérer toute chose d’un point de vue vraiment fonctionnel, qui s’appuie sur la science, pas seulement la transpiration. On obtient du succès en ayant un but prédéterminé et en cherchant à atteindre ce but correctement. La performance existe si on fait les choses avec une conscience de la direction que l’on souhaite prendre. Ça peut être sympa, mais il n’est pas question d’aller à la salle de sport juste pour transpirer un coup, il s’agit d’avoir un but. Dans l’entrainement, ou le fitness, il ne suffit pas de rassembler des choses aléatoires ensemble en espérant qu’elles fassent corps. Le risque c’est de faire les choses sans être vraiment sur que ça fonctionne juste parce qu’on veut les faire, mieux vaut avoir un sens du but que l’on veut atteindre.

CTJ : Pourriez-vous proposer des entrainements de quinze minutes pour nous mettre en jambe, ou des conseils pour nous mener vers une vie plus saine ?

JH : Suivez @exercise_snacks! Je vous promet vous allez trouver des routines supers qui vous permettront d’aller dans la bonne direction.

CTJ : Quelles sont les chansons que vous écoutez pour vous entrainer ?

JH : J’aime écouter des mixs de DJ car ils sont sans interruption. J’écoute beaucoup Just Blaze, il a une super radio sur Apple Music. Sinon DJ Ethan Tomas a un mix génial sur soundclound en ce moment. Voici mes cinq favoris :

1/ (DJ MIX) Just Blaze, Abstract Radio Takeover

2/ (DJ MIX) Ethan Tomas, The ORIGINALS VOL 1 (Songs and their Samples)

3/ Jay Z, “Lyrical Exercise”

4/ DMX, “Bring Your Whole Crew”

5/ Future and Young Thug, “No Cap”

CTJ : Et quel est votre top 5 des applications sport, des entraineurs ou des programmes d’entrainement ?

JH : Kirsty Godso dans le monde de l’entrainement, et toute la famille Nike en général. ALTIS world c’est génial pour un vrai travail de performance. Pour les applications, j’aime bien celles de récupération comme Powerdot qui est vraiment merveilleuse. La méditation aussi, c’est du sport pour moi car j’ai besoin de m’entrainer mentalement, pour cela j’utilise Insight Timer.

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