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Keith Haring, la comète du “street art”

Un documentaire “Arte” raconte l’ascension fulgurante de l’artiste américain Keith Haring, véritable coqueluche du New York arty des années 80, dont l’oeuvre prolifique résonne toujours avec autant d’acuité 30 ans après sa disparition.

par Julie Le Minor
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14 Septembre 2020, 10:56am

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Pour comprendre le parcours et l’oeuvre de Keith Haring, il faut imaginer la faillite de New York dans les années 70 qui favorise l’essor de toute une génération de jeunes artistes underground. Alors qu’une partie de la “Grosse Pomme” fait face à la ruine et  à la criminalité, une scène alternative, punk rock notamment, prend possession des quartiers “downtown”, à East Village et dans le Lower East Side. En 1978, le jeune Keith, tout droit arrivé de Pittsburgh, après avoir quitté sa Pennsylvanie natale, est bien déterminé à s’y faire un nom. “Je devais aller à New York, c'était le seul endroit qui allait m’offrir l’intensité que je recherchais tant sur un plan artistique que personnel.”, confie-t-il ainsi dans une archive du film. Le jeune homme y vivra son véritable apprentissage, découvrant également son homosexualité.

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Les “_seventies_”. East Village est alors “the place to be”. Keith s’y sent chez lui. Il passe ses journées à son école, The School of Visual Arts, et ses nuits à faire la fête, au Club 57 notamment, un club gay dans le sous-sol d’une église polonaise. Poursuivant ses expérimentations, il s’interroge sur son statut d’artiste et sa véritable signification, lui qui distingue notamment l’art de son marché. Il évolue encore en marge de ce monde jusqu’alors impénétrable et réservé aux initiés et aux nantis. Les rues de New York l’inspire et le jeune homme s’intéresse très vite à tous ces graffitis qu’il admire du matin au soir. Il se lie avec la scène street art du Lower East Side, majoritairement noire, dont l’univers se rapproche sensiblement du Pop Art. Les artistes cherchent alors à exister en dehors du circuit académique, ils prennent la rue d’assaut pour afficher leur art aux yeux de tous, comme Keith qui n’hésite pas à dessiner à la craie sur les panneaux publicitaires noirs désertés par les annonceurs. Boulimique de travail, il recouvre les allées du métro new-yorkais de ses dessins cartoonesques - des chiens, des bébés, des silhouettes - et en moins d’une semaine, à Manhattan, les passants s’enthousiasment et l’encouragent à poursuivre son oeuvre. Un mythe est né.

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1980, la consécration. En deux ans, le jeune artiste natif de la petite ville de Kutztown a su prouver à ses parents, jusqu’alors craintifs, qu’il pourrait vivre de son art. Très bien, même. Son premier vernissage fait date, on y croise le tout New-York, un public hétéroclyte rassemblant des blancs, des noirs, des portoricains, dans une Amérique encore marquée par la ségrégation. “Les gens étaient dingues de lui parce qu’il était frais, jeune et si typiquement américain. Il représentait la jeunesse, l’énergie.” En une soirée, le jeune homme récolte 250 000 dollars. La fête peut commencer. Les “eighties_” marquent en effet le retour de l’argent à New York. C’est la décennie de l’opulence, de la fête et des excès. Celle du _Club 54, de la Factory d’Andy Warhol et des soirées de Farrah Fawcett avec lesquels il est lié. Brûlant la vie par les deux bouts, son règne durera dix ans. Il est emporté par le SIDA en 1990 après avoir pris le temps de se confier à son biographe dans des enregistrements sonores que l’on peut entendre tout au long de ce documentaire “Arte”. Keith Haring restera certainement l’une des plus grandes comètes de l’histoire de l’art contemporain. Révolutionnant le monde de la pop culture, il laisse derrière lui un héritage foisonnant et plus de 10 000 oeuvres. Un vie à 100 à l’heure.

Keith Haring, “Street Art Boy”, visible sur Arte jusqu'au 25/11/2020

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