Lifting high-tech pour Dior avec sa collection AW22

Protection extrême garantie grâce à Maria Grazia Chiuri et ses airbags gonflables, chevillères de maintien et autres vestes Bar à température contrôlée.

par Osman Ahmed
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03 Mars 2022, 1:50pm

Les créateur·rice·s parisien·ne·s aiment à décrire les ateliers de couture comme des laboratoires, mais c’est à un véritable laboratoire scientifique que Maria Grazia Chiuri s’est adressée pour sa collection AW22, faisant appel à l’entreprise italienne D-Air Lab, spécialisée dans des technologies de pointe assurant une meilleure ergonomie aux vêtements de sport (extrême), comme le body-mapping. Ce n’était qu’une question de temps pour que celle qui a déjà développé une ligne sportswear pour Dior (avec tapis de course, planches de surf et vêtements de ski griffés) se décide à appliquer ces technologies innovantes et pratiques à ses collections de prêt-à-porter habituellement plutôt animées par un certain romantisme. On a donc vu dès l’ouverture du défilé des combinaisons intégrales aux coutures ultra-voyantes et en fait réfléchissantes, dessinant une sorte de cartographie artérielle du corps.

Nous découvrions ainsi des tenues incorporant une technologie de contrôle de la température, gardant son·a porteur·se au chaud lorsqu’il fait froid et le·a rafraîchissant lorsqu’iel sent la chaleur monter — de quoi affronter en toute sérénité les conditions climatiques extrêmes que nous connaîtrons très certainement bientôt à cause de vous-savez-quoi. Et la deuxième silhouette n’était pas en reste, revisitant l’iconique veste Bar de Dior, ici de couleur grise, en la dotant d’une ample surjupe Péplum en tulle qui servait aussi d’airbag. Vous avez bien lu : une tulle grise qui protège la personne qui la porte en cas de chute, comme un airbag.

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« Chutes de mannequin fréquentes », voilà bien un panneau qu’on a jamais vu dans un défilé, pourtant. Mais il est vrai que ces satanés talons hauts restent une menace pour l’équilibre, quelle que soit l’adresse des mannequins. Grâce à Dior, plus besoin d’avoir peur : les adorables petits talons si caractéristiques de l’ère Maria Grazia Chiuri sont ici équipés de lanières « anti-torsion » qui protègent des risques que l’on encourt à affronter les pavés de Paris, par exemple. Si cela donne un look extrême, c’est parce que ça l’était. Par rapport aux trenchs en tweed rassurant, aux jupes plissées de manière asymétrique, aux robes diaphanes en mousseline de soie plissée — classiques incontournables de l’offre actuelle de Dior —, tous ces gadgets à l’esthétique robotique transformaient les silhouettes en cyborgs hybridant la femme et la machine. De tels choix pouvaient sembler choquants par moments — un effet que la créatrice a peut-être parfois souhaité voire prévu — mais nous vivons après tout dans une époque tout à fait extrême (!!!!), où les corps sont plus que jamais devenus des armes. Voilà comment Maria Grazia entendait protéger le corps des femmes contre les atteintes de notre société patriarcale, que celles-ci soient symboliques ou concrètes. On pouvait aussi y lire l’influence d’un fait plus terre-à-terre : ont récemment été nommées ambassadrices de la maison plusieurs athlètes féminines — le matériel d’entraînement et les habits qu’elles utilisent encouragent la haute performance, alors pourquoi pas aussi l’innovation en mode ?

La collection ne s’égarait cependant pas dans le métavers ou autre dédale techno-technique. Si elle reconnaissait à la technologie une puissance voire un savoir-faire, et la faisait entrer sur l’Olympe de la maison Dior, elle l’intégrait à des tenues remarquablement ordinaires en apparence, d’autant plus aux côtés des matières ultra-techniques et des rembourrages aussi imposants des armures. « Il faut que tout change pour que rien ne change », semblait dire Dior après Lampedusa, et une étonnante harmonie s’établissait entre ces ajouts technologiques et une ribambelle de pièces et motifs iconiques, représentatives entre toutes d’un certain classicisme, comme les carreaux Dior, la mousseline plissée, les broderies sombres et les costumes gris à la coupe sablier si distinctive. Certains habits étaient barrés du titre officieux de la collection, « The Next Era » [L’ère qui vient], mais cette radicalité extrême se mariait élégamment à la tradition. À l’automne prochain, ne pourrions-nous pas revêtir une combinaison intégrale moulante topographiant notre circulation sanguine un jour, et le lendemain une robe en mousseline digne d’une prêtresse antique ? D’ailleurs, quand on pense à nos vies apparaissant aujourd’hui de manière si fragmentée et discontinue sur les réseaux sociaux, l’enchaînement déconcertant mais séduisant de cuirs de motards, de robes brodées et de sacs Lady Dior high-tech composait probablement une sorte de message prophétique. 

Quelques éléments de contexte importants se décelaient aussi dans le décor du défilé, un espace carré entouré de hauts murs richement drapés de bordeaux et couverts d’œuvres de Mariella Bettineschi, du sol au plafond comme dans les galeries d’art de l’Ancien Régime. L’artiste féministe italienne numérise de célèbres portraits de femmes à travers les âges — le plus souvent peints par des hommes — et renverse leur perspective en faisant en sorte que le sujet féminin soit la regardeuse et non plus seulement la regardée. Une fois de plus, ce n’était pas anodin pour Maria Grazia de collaborer avec une artiste féministe s’attachant à décortiquer et subvertir le male gaze. Le ton était donné pour ce nouveau dialogue musclé avec l’immense héritage de Christian Dior — un homme dont le goût pour les tailles de guêpe et les corsets rigides rendaient sans doute ses vêtements contraignants pour les femmes. Et si le New Look originel emprisonnait les femmes dans des idéaux puritains absolument démodés, le New Look version 2022 vise à les protéger. Airbags gonflables, chevillères et armures, vestes Bar à température contrôlée : ou comment la mode se penche au bord du précipice de la prochaine ère… extrême !

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Crédits


All images courtesy Dior

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