Cout James Marcus Haney

Immortaliser les festivals de musique autour du monde : amour, drogues et débauche

Le photographe James Marcus Haney a passé dix ans entre concerts et raves. Le résultat de toutes ces photos ? Son nouveau livre Fanatics qui focus sur les fans de musique.

par Emma Russell
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16 Février 2021, 12:37pm

Cout James Marcus Haney

Il y a dix ans, James Marcus Haney s’est rendu dans son premier festival de musique. Tous ses groupes favoris jouaient à Coachella, mais il ne pouvait pas se payer le ticket. Il n’avait même pas assez d’argent pour faire le plein de sa vieille Volvo. Mais déterminé, Marcus a trouvé un gars sur Craiglist qui s’appelait Acid Chris et qui était prêt à partager les frais, ils sont arrivés au festival un jour à l’avance. Il a sauté par dessus les barrières pour atteindre la zone backstage avant de passer la nuit entre les camions de production et les toilettes publiques pour émerger le lendemain matin un pass fait de lacets colorés au sharpie à son poignet, et un appareil photo autour du cou qu’il avait emprunté dans son école de cinéma.

Depuis, Marcus s’est infiltré dans plus de cinquante festivals ou évènements dans près de trente-cinq pays différents, y compris Glastonbury et les Grammys, des expériences qu’il a immortalisé dans son documentaire No Cameras Allowed et son nouveau livre de photos Fanatics. Mais ça n’a pas été un long fleuve tranquille : il s’est fait arrêté plusieurs fois et dans le Tennessee, Marcus s’est fait conduire à dix kilomètres du festival à l’arrière d’un tracteur par la sécurité qui espérait le décourager. Mais la plupart du temps, Marcus réussi à sauter par dessus une barrière, se glisser par la porte de derrière, ou à jouer la carte du photographe de presse grâce à un appareil professionnel et la force tranquille de ceux qui font partie de ce monde. Marcus parvient à trouver sa place dans les fosses ou backstage aux côtés de musiciens et autres célébrités sans véritable pass. À ce jour, il n’a toujours pas payé de ticket d’entrée.

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Au fil du temps, Marcus est devenu ami avec des gens comme Mumford & Sons ou encore Edward Sharpe and the Magnetic Zeros, et a même été engagé comme photographe officiel des tournées de Coldplay ou Elton John. Aujourd’hui, c’est du genre à se rendre en jet ou en hélico aux shows, comme la fois où il a accompagné Elton au Festival sur l’île de Wight, au sud de l’Angleterre. « Je parlais au pilote avec un talkie-walkie, raconte Marcus, et je lui demandais de faire des tours au-dessus du festival en s’approchant de plus en plus du sol. Elton s’est rendu compte de ce que je faisais et m’a vite demandé d’atterrir ».

Que ce soit d’énormes concerts à Taiwan ou des raves do-it-yourself dans de vieux chateaux en France où trois cents personnes passent cinq jours dans des tentes au bord d’une rivière à écouter de la musique et de la poésie, Marcus a capturé beaucoup du dynamisme et de la débauche qu’il affectionne tant dans les festivals. Dans Fanatics, il rend hommage à cette scène qu’il a suivi pendant plus de dix ans. Il photographie les jeunes et les vieux, les brûlés par le soleil et les tatoués. Les femmes et les hommes qui sont à moitié recouverts de boue, à moitié de paillettes qui s’embrassent, s’enlacent et dansent en extase dans les champs.

Publié au mois de décembre, après un an sans concerts et sans date de reprise dans notre ligne de mire, le livre offre une vision nostalgique d’un monde sans covid. Oubliez les live-streams ou les concerts virtuels auxquels on s’est habitué, ses images montrent des foules de gens compressés et euphoriques, un instantané d’une vie qui nous semble bien loin. Rien ne peut remplacer la vraie expérience d’un concert ou d’un festival où selon Marcus, « tu es intimement connecté à des milliers de gens en regardant ensemble un artiste qui donne tout sur scène », mais Fanatics est néanmoins un joli prix de consolation.

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« Je n’ai pas cherché à faire un livre sur les fans, mais ce sont eux qui m’attirent » dit-il. « Où est-ce qu’on peut voir un public sans aucune limite, absolument sans censure ? Quand tu es à un concert, ou bien au milieu d’une foule, si tu t’amuses à sortir les gens de ce contexte, on dirait que certains se comportent comme des fous. Si tu les imagines dans le métro, ou sur une plage ou n’importe où d’autre, ce serait impossible de les voir faire ce qu’ils font ou le degré d’émotion qu’ils dégagent ».

Dans le livre, les fans de musique, les fanatics du titre, sont jeunes et excités ou carrément déconnectés. Le livre est édité pour suivre le déroulement d’une journée de vingt-quatre heures, les photographies sont d’abord matinales, puis avancent dans la journée, avec des panneaux qui montrent comment les gens ont fait du stop pour arriver jusque là. On avance lentement jusqu’à la nuit, pleine de sueur, de baisers, et d’égratignures. Le livre se termine sur des ravers se réveillant dans les champs, dans les bras d’un inconnu ou recouvert de couverture de fortune.

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Pour Marcus, le livre montre « une juxtaposition entre innocence et innocence perdue ». Un bébé qui pleure avec un casque anti-bruit bleu qui rappelle la couleur d’un ballon qu’une femme est en train d’inhaler à côté ou un jeune garçon de dix ans au plus qui se tient devant un signe qui dit « kéta gratuite vendue ici ». Un autre signe dit « interdit de sauter par dessus les barrières : risque de poursuites et exclusion du parc » aux côtés de quatre photos de festivaliers précisément en train de le faire, ou bien en train de se faire escorter par la police.

Les pages sont emplies de drogues et d’alcool, mais surtout d’humour, de désir, d’amour, tout ce qui est non orthodoxe ou excentrique. Ponctué par des anecdotes de groupes ou de chanteurs sur les fans qui les inspirent, ou sur les années qui ont précédé leur succès : Lars Ulrich de Metallica se souvient comment il trainait autour des portes de derrière après les concerts, à la recherche d’un sentiment d’appartenance ; et Maggie Rogers se souvient du jour où elle a raconté à l’une de ses chanteuses favorites Leslie Feist qu’elle a essayé de faire un site exactement comme le sien.

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L’une des photos très puissantes du livre nous montre l’ami de Marcus, Ryan Chen, en train d’être soulevé dans son fauteuil roulant au dessus de la foule à Austin City Limits au Texas. Au même moment, la foule criant les paroles de Young The Giant : « Mon corps me dit non, mais je n’abandonne pas / Car j’en veux plus ». Dans la légende de la photo, le leader du groupe Sameer Gadhia raconte qu’il a écrit cette chanson à dix-huit ans, et qu’il n’a jamais vraiment su ce qu’il voulait dire avant ce moment. « L’amour de Ryan pour la vie, son désir de grandir et faire face à chaque défi avec grace et détermination, et surtout sa passion permanente pour toute expérience ont fait de lui une source d’inspiration énorme pour moi ».

Elton John raconte comment il se souvient des fans au tout premier festival où il a joué, le Krumlin Festival dans le Yorkshire qui est « entré dans l’histoire comme un désastre sans nom, la météo était tellement mauvaise ». Il ajoute aussi, « Parfois c’est mieux que la météo soit horrible, on voit à quel point les fans sont déterminés et ce qu’ils sont prêts à endurer, juste pour entendre de la musique live, pour s’amuser, pour faire la fête avec leurs copains. Ça vaut tellement la peine ».

Étouffés par la chaleur, en manque de sommeil, mais en s’amusant comme jamais, voilà comment Marcus capture l’esprit incroyable de ces fans à travers de petits moments spontanés. On sent bien d’après les photos qu’il est dans la boue avec eux, s’amusant comme jamais lui aussi. Pour lui, « Où ailleurs en public est-ce que vous verrez une communauté si vulnérable partager ensemble une expériences si personnelle ? ».

Vous pouvez acheter Fanatics en ligne sur Stop + Fix.

Cet article a été initialement publié par i-D UK.  

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