Blue Monday: un mix exclusif signé Michel Gaubert, pour nous aider à aller mieux

Le collectif EBIT formé récemment se propose d’alarmer sur la santé mentale chez les artistes avec une série d’évènements et lance l’assaut avec un mix exclusif signé Michel Gaubert.

par Patrick Thévenin
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18 Janvier 2021, 11:19am

Avec la pandémie de Covid, et la manière dont elle a affecté psychologiquement le genre humain, études à la clé (augmentation des insomnies, des idées suicidaires, comme de la consommation d’alcool ou de l’usage d’antidépresseurs, d’anxiolytiques ou de somnifères…), le monde ose enfin parler de santé mentale, sujet hautement tabou s’il en est. C’est avec ce non-dit en tête que l’anglais Simon Whitehouse - ancien directeur de JW Anderson puis de l’agence de talents Art Partner - a imaginé il y a quelque mois le concept de EBIT pour Enjoy Being in Transition.

EBIT ou l’art au service de santé mentale

Une sorte de projet global à 360° d’un genre nouveau, jouant autant sur les codes du virtuel et du matériel et réunissant photographes, DJ’s, curateurs sonores, sculpteurs, graphistes, stylistes, histoire de lancer des happenings éphémères pour éveiller les consciences face au problème de la santé mentale, notamment chez les artistes. Interrogé Simon déborde d’enthousiasme sur la genèse d’EBIT : « C’est venu de manière très organique, c’est un feeling, un projet sans calendrier, sans stratégie, avec juste une totale liberté d’expression. L’idée est d’inviter une série d’artistes qui vont travailler autour de cette notion de santé mentale, mais pas de le faire de façon explicite mais plutôt inspirante, pour justement attirer l’attention sur la santé mentale. C’est un catalyseur. » 

Le sujet, Simon le connait bien et ne le cache pas : son frère est schizophrène et lui-même a connu des périodes de dépression récurrentes. C’est certainement pour cette raison que le deuxième manifeste EBIT, après un event en décembre dernier avec une série de photos signées du photographe de mode Glen Luchford, est un mix exclusif signé Michel Gaubert intitulé Blue Monday. Une référence au blues du lundi récupéré par le mouvement house pour nommer la descente d’ecstasy après être sorti en rave tout le week-end. Mais aussi un hommage au fameux tube de New Order, une tornade pour dancefloor symbolique de la dance music et de la culture club, une des plus grosses ventes de singles de l’histoire avec sa pochette sublime signée Peter Saville, un morceau intemporel qui marque le passage de Joy Division et sa cold-wave noire et dépressive à New Order et son hédonisme ecstasié. 

« Blue Monday » ou le blues du lundi transformé en hymne à la joie

Un tube que Michel Gaubert adore. « C’est un de mes disques phares. Je me souviens quand il est sorti, je travaillais chez Champs Disque à l’époque, ça devait être vers 82 ou 83, c’est un des disques qu’on a le plus vendu, on le passait en boucle toute la journée, on était fasciné. Manchester était devenu tout d’un coup le temple de la musique, on se demandait tous ce qu’on allait pouvoir faire après un tel morceau. J’ai rencontré Bernard Sumner (un des membres de New Order, ndr), pour un défilé Calvin Klein il n’y a pas si longtemps, il est venu me féliciter pour la bande son et je n’ai pas pu m’empêcher de verser une petite larme. » Quand on le questionne sur sa participation au projet EBIT, Michel Gaubert est on ne peut plus limpide : « Je connais Simon du temps où il travaillait chez JW Anderson, il a toujours été très sensible aux problèmes de santé mentale, l’épidémie de Covid a accéléré les choses et quand il m’a contacté j’ai tout de suite donné mon accord. C’est un sujet important et délicat qu’on met trop de côté, que les gens évitent d’aborder. Mon mix est conçu pour libérer les gens, comme les images, le cinéma, l’art, c’est une petite fenêtre qui peut ouvrir vers d’autres horizons. Il y a plein de choses différentes dans ma sélection, ça commence par « It’s Alright » des Pet Shop Boy car les paroles résonnent parfaitement en ce moment avec ce qu’on vit, après tu as du Black Madonna, des petits bouts de Philip Glass, du Planningtorock…» 

EBIT pour développer l’empathie

Fidèle à sa réputation de sélecteur hors-pair, Michel Gaubert livre un mix jouissif - où évidemment le « Blue Monday » de New Order trône comme un roi - en forme d’irrésistible machine à danser, raffinée et cheesy à la fois, puisant son inspiration dans l’énergie des 90’s, son clubbing acharné et ses raves sans fin. Ce qui n’est pas sans ravir Simon, grand fan devant l’éternel du label Factory, de l’Hacienda, des DJ’s John Digweed et Sasha, de méga-clubs comme Renaissance et de toute cette énergie hédoniste qui débordait. « J’aime l’indépendance, la liberté de création, l’expression artistique de ces années, quand tout le monde était rassemblé sous les effets de l’ecstasy. Fini la violence, le racisme, on était tous ensemble à partager un moment sincère et profond, on se souciait tous des autres, on se demandait : « Tout va bien ? » ou « Tu t’amuses ? » Tous ces moments échappaient aux algorithmes du web et c’est ce qu’on veut faire avec EBIT, des performances offlines et d’autres virtuelles, certains accessibles comme d’autres inaccessible et le tout sans règles, déclare Simon avant de conclure d’un définitif, In EBITTM enjoy the E ! » Suivant cette règle la sélection de Michel Gaubert sera accessible uniquement sur le mixcloud de John Digweed selon trois plages horaires (11h, 16h et 22h) et le week-end prochain pour la version on line du Reference Festival réputé de Berlin, où il sera accompagné d’un environnement virtuel et immersif pensé par EBIT et Abdul Franklin. Avec son logo et son identité graphique dessinés par le duo M/M, un plongeur s’enfonçant vers des eau plus claires, EBIT avance comme un remède à la dictature de la compétitivité espérant bien semer le trouble dans ce nouvel ordre organisé. « Si vous tapez « ebit » sur Google vous aller tomber sur un terme financier qui signifie « earning before incoming taxes » (revenus nets avant les prélèvements, Ndr), ce sont des histoires de marge, de nombres, de dollars, explique avec malice Simon, j’imagine à quel point se serait inspirant pour de jeunes entrepreneurs qui effectueraient cette recherche de tomber sur ce projet et ses créations et comment ça pourrait changer leur point de vue sur la santé mentale, sur ces enfants qui sont harcelés à l’école ou ces adultes écartés du monde du travail. C’est très post-moderne comme attitude, mais c’est exactement le but d’EBIT ! »

https://www.mixcloud.com/michel-gaubert/enjoy-being-in-transition-mix-1-by-michel-gaubert/

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