Et si l’on quittait tout ? Le come-back du Van-Life

Partir sur les routes, ambiance Kerouac, et Van, jamais le fantasme de ce mode vie n’a autant habité notre quotidien. Après ce confinement, le mot liberté est sur toutes les lèvres, après tout, mieux vaut tard que jamais ?

par Camille Laurens
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05 Juillet 2021, 3:51pm

L’esthétique Van Life : entre com’ et émancipation

Déjà apanage de la panoplie hippie-70’, on doit le concept à Foster Hunting, un surfeur, photographe, vidéaste américain qui en 2011, à seulement 20 ans, rend le #vanlife plus populaire que jamais. Le principe ? Littéralement “ Votre maison est là où vous la garez”. Traduction ? S'aventurer dans les plus beaux paysages du monde, armé d’une caméra et en saisir la beauté afin de partager ses clichés sur les réseaux. Gourou de ce style rétro/ healthy/ néo-hippie, Forest est la référence ultime en la matière, tellement que depuis, 4 reportages lui sont dédiés au même titre que des livres/guides. Les marques se l’arrachent et le retour à l’esthétique sunset californien ne se déloge pas de notre feed Insta. Gucci, Ralph Lauren, Saint Laurent, la mode se régale de cet enthousiasme pour ce mélange entre sport et écho Woodstockien, tout comme les spots ambiance hippie chic qui profitent de cette nouvelle génération d'affranchies. 

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Courtesy of Brock @996roadtrip

Car la Van Life est un mélange entre des idéaux qui font écho à un mode de pensée propre. Caley Vanular, australienne d’une trentaine d’années, sportive de haut niveau durant sa jeunessse, a appris à fonctionner en voyageant en permanence. Cet esprit nomade, Caley le pérennise au prisme de ces aventures qu’elle distille sur Instagram : “ La Van Life c’est la liberté sous sa sa forme la plus pure. Votre planche de surf, le van et la route. C’est tout. Cela vous permet de passer une nuit ou un mois partout dans le monde … Il y a quelque-chose d’anti-système. Choisissez qui sont vos voisins, cuisinez simplement, passez plus de temps dehors et achetez moins de choses dont vous n'avez pas besoin. Notre mode de vie va à l'encontre des normes. Quelle joie” Plus qu’un fantasme, la Van Life cristallise cette volonté de rompre avec une routine, le classique métro-boulot-dodo qui tétanise les nouvelles générations, plus enclines à se libérer des diktats sociaux. 

Les digital workers : nouveau-né de la Van Life 

Si dans l’imaginaire collectif, vivre dans un van semble l’apanage d’une niche, les jeunes générations sont plus friandes que jamais de ces expériences qui intègrent leur combat, “plus militant, plus écolo, moins consumériste, les jeunes envisagent la sédentarité comme un concept dépassé. Avec l’explosion des digital workers, travailler de partout n’est plus un luxe mais une réalité. On croit souvent que les van-lifers passent leur temps à surfer, chiller et conduire. C’est faux. Ils travaillent toute la journée et profitent le soir. Comme la plupart d’entre nous.” assure Solène. C'est un fait, avec le confinement, les prises de conscience d’un besoin d’ailleurs ont pris le pas sur les peurs du quotidien : avoir un CDI, un appartement … Vivre cloîtré dans son 15m2, en télé-travail, durant plusieurs mois a poussé les reconversions et les départs vers les lieux où la nature est présente “J’étais partie à la base pour un mois à Ericeira, un village de pêcheur au Portugal l’an dernier, je ne suis jamais repartie. La semaine dernière, je me suis offert mon premier Van, j’ai commencé le surf et la médiation. En parallèle je commence à écrire et documenter mon voyage. Que demander de mieux ? " s’émerveille So*, ancienne parisienne prenant part à cette nouvelle vague d’exode. Beaucoup de van lifers établis depuis plusieurs années remarquent ces changements et la multiplicité de nouveaux profils qui viennent partager ce besoin de césure. Thomas Lodin, photographe documentaire et chercheur de talents pour des marques telles que Vans, ou Oxbow sur la côte basque, a passé un mois en van en Australie il y a plusieurs années, aujourd’hui, il compare : "il y a des plus en plus de volontaires qui décident de partir un an ou deux sur les routes. Le surf fait partie de ces profils et les marques cherchent des identités atypiques à sponsoriser. L’un dans l’autre, le milieu évolue, s’ouvre mais reste tout de même restreint".

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​Courtesy of Caley Vanular

Oui, les capitales connaissent aujourd'hui une petite désertion, et les mentalités changent : plus saines, sportives, ferventes d’expériences simples mais surtout loin du béton, du stress et de l'effervescence des grandes villes. Tout comme la volonté de manger mieux, de penser responsable et de consommer éthique, car la Van Life c’est avant tout se projeter avec son environnement, être dépendant des éléments et donc de réapprendre ses habitudes “il y a des avantages indéniables, mais vous êtes aussi en proie à de réelles difficultés. Se faire expulser des lieux se produit souvent. Et surtout, si votre van tombe en panne, toute votre vie aussi. Dans l'ensemble, lorsque les choses ne vont pas bien, c'est à ce moment-là que votre camionnette commence à devenir inconfortable” confie Caley. 

Van Life 3.0 : Evolution des concepts 

Vivre en autonomie, ne signifie pas en autarcie. Les van lifers insistent sur cette volonté de rencontrer une communauté qui partagent les mêmes valeurs : le van est un moyen, les retrouvailles sont une fin. Si les plus téméraires partent pour plusieurs mois dans des contrées périlleuses, d’autres témoignent de ce besoin de se retrouver les soirs. L’application park4night rassemble presque 80 000 voyageurs qui partagent leurs informations pour vivre les plus belles expériences ensemble. Car l’un des moteurs des voyageurs est aussi de fuir l’hôtel, les prix exorbitants et les aboutissants d’un voyage dont le coût dépasse souvent les budgets des nouveaux aventuriers.

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Courtesy of Brock @996roadtrip

Une solidarité réelle existe entre ceux et celles qui confessent parfois essuyer des difficultés dues à ce mode de vie : “ voyager avec cette idée de ne pas savoir ou vous allez dormir, peut aussi être effrayante. Vous devez compter sur vos vivres, votre connaissance des lieux, et les aléas de la route. J’en sais quelque chose car je dors sur une tente au-dessus de ma porsche. Si beaucoup se moquent en premier lieu, partir avec une petite voiture, sans douche, sans rangement demande plus d’organisation qu’il n’en a l’air” confie Brock, qui partage ses aventures sur @996roadtrip. Cet amoureux du back backing a la quarantaine et un CV d’aventurier. Il a fait ce choix avec sa femme il y a plusieurs années, même s’il confie avec autodérision avoir été le premier à se moquer du concept. Parti pour installer une tente sur une Ranger, il s’est avéré que la Porsche pouvait répondre à des demandes nouvelles : accès à des routes plus éloignées, un amour de la vitesse et un challenge différent de celui qu'il avait connu jusque-là. Brock assume l’excentricité de ce choix “ la première réaction est toujours amusante. Les Van lifers sont sceptiques, et avec les conversations, les rencontres ont inspiré un autre mode de Van Life. Être coupé d’internet, s’adapter à l’environnement et vivre au jour le jour : nous partageons les mêmes idéaux ! En partageant nos aventures, nous nous sommes rendus compte que les réactions étaient positives, notre but est de faire rêver et cela fonctionne non ?” 

Faire rêver grâce à des images fortes, de voyages et de personnalités suivies par des milliers de d’internautes, les marques ont compris le potentiel de ces nouvelles icônes. Les collaborations entre marques et influenceurs outdoors sont la source principale qui permettent à certains de vivre de leur passion. Oxbow, Patagonia, Lafuma sont autant de partenaires qui sponsorisent et rémunèrent les van-lifers, car ce mode de vie est devenu une marque qui fonctionne autant que les youtubeuses beauté. Autre exemple, Grégoire Kengen plus connu sur le @Greg Way, youtubeur belge, et créateur de contenu extrêmement populaire sur la toile, a faitun road trip aux Etats-Unis. Bloqué au Mexique en raison du confinement, il a proposé un concours pour gagner son van d'une valeur de 30.000 euros à ses internautes afin de pouvoir garantir son retour en France sans son véhicule. Même si la démarche a déplu à une partie de sa communauté, elle prouve l’impact de la van life dans le monde, qui se sont disputés les goodies de Grégoire. 

“Certains de mes souvenirs préférés de cette vie dans notre camionnette lorsque nous avons conduit avec mon copain jusqu'à la pointe de Baja. Je me sens plus à l'aise dans mon être quand je suis salé, bronzé, que je ne porte pas de chaussures, que j'attrape du poisson pour le dîner, et que je surfe jusqu'à ce que mon corps ressemble à une nouille. Puis je m’endors selon l'horaire du soleil.” décrit Caley. Voilà comment résumer la Van Life. Qu’attendons-nous ?

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