12 rappeuses et rappeurs français à suivre fin 2019 (et longtemps après)

N'attendez pas qu'ils percent : faites-les percer.

par Antoine Mbemba
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04 Septembre 2019, 10:08am

Comme chaque année, les semaines à venir seront saturées de nouveaux hits, produits par les rappeurs les plus confirmés du pays qui, comme vous, font leur rentrée. Alors que vous vous préparez à écouter en boucle ou à snober les prochains opus de Niska, Oxmo Puccino, Vald, PLK, Kalash Criminel ou SCH (il n’y a rien à snober là-dedans, en vérité), nous avons choisi de descendre d’un cran. Pas en qualité, mais en popularité, pour essayer de saisir qui seront les indispensables de demain. Les rappeuses et rappeurs qui, aujourd’hui, suent pour construire leur projet artistique et exister dans un milieu de plus en plus concurrentiel. Des artistes à suivre de très près cette année. En voilà douze.

Onze

Depuis la fin des années 1990, le producteur français Kore a marqué le rap et le r&b de son empreinte, collaborant avec une gamme d'artistes aussi divers que Scred Connexion, Rohff, Booba, Matt Pokora, Willy Denzey, ou développant la compilation Raï’n’B Fever en 2004. Aujourd'hui, il est à la tête du label AWA Gang, distribué par Sony et consacré au développement de nouveaux artistes. Une écurie jusque-là convaincante, qui compte entre autres Zola, Luv Resval et Diddi Trix – « la relève », tout du moins une partie. Parmi ces nouveaux artistes se cache également Onze, un duo du 93 assez mystérieux, avec quatre petits morceaux à son actif. Le rap des deux hommes est apparemment le résultat d’un travail de deux ans, loin des radars, qui se manifeste sur le morceau « Lélé », d'une indéniable efficacité, rapidement confirmée avec le très bon « 11.1 » en août. Quand on connaît l'amour du public rap pour les duos...

Slim C

Quand vous ne savez plus où trouver de nouvelles perles rap, il est toujours sage d’aller jeter un œil aux sorties du crew 667. Ses membres sont discrets mais bosseurs. Voyez plutôt : en une petite année, Norsacce Berlusconi, Afro S, Freeze Corleone, Osirus Jack et Slim C ont chacun sorti leurs projets respectifs. La qualité varie mais la tonalité reste fixe : sombre, au diapason des références brumeuses (et parfois borderline) des membres de cette Ligue des Ombres qui navigue entre la France et le Sénégal. Si, en termes de popularité, Freeze Corleone règne en maître, on est en droit d’espérer qu’une autre tête s’échappe un peu de l’ombre pour convaincre les non-initiés. Rappeur guinéen grandi au Sénégal, Slim C traîne son flow nonchalant dans le rap depuis de nombreuses années, et en écoutant son dernier son, « K.K.G » sorti il y a quelques jours – une instru qui résonne comme une rave souterraine – on a du mal à voir comment les radars vont pouvoir continuer à l'ignorer.

Le Juiice

S’il est légitime de s’inquiéter sur la place des femmes dans le « paysage urbain » (aïe), on peut se réjouir, depuis quelques années d’y voir cohabiter à un haut niveau de popularité et dans des styles très différents, Lala &ce, Aya Nakamura, Shay, Chilla ou Marwa Loud. C’est encore évidemment trop peu, mais les portes s’ouvrent. Et on espère y voir une personnalité comme Le Juiice s’y engouffrer. Originaire du 94, et aujourd’hui entre Paris et Washington, la rappeuse de 26 ans ne s’est lancée dans le rap qu’en 2017, mais s’est rapidement fait une place avec des freestyles convaincants et une prestation géniale dans la saison 2 de l’émission Rentre dans le cercle en juillet 2018. Depuis, la « Trap Mamma » avance lentement et sûrement, dans des morceaux où punchlines, voix grave et basses lourdes irradient. En 2018, la rumeur d’une première mixtape nous avait titillés, sans que l’on en voie la couleur. La sortie du single « Clean » le 15 août nous a redonné espoir.

Zamdane

En décembre, nous vous parlions déjà de Zamdane, jeune rappeur né au Maroc, qui a commencé à se frotter au rap en 2016 en arrivant à Marseille et en côtoyant les beatmakers de sa fac, en arpentant les studios et les open mic. Depuis, le jeune homme qui signe une musique d’exilé, à la fois mélancolique et conquérante. À l’époque, il nous expliquait ce qui l’obligeait à faire du rap : « Dans la vie, soit tu touches les allocations, soit tu t’embarques dans un CDI qui va t’emmerder, soit tu fais vraiment ce que tu kiffes. J’ai la flemme de toucher les allocs, la flemme d’avoir un patron et j’aime trop la musique. Pourquoi j’irais voir ailleurs ? » Son Ep ne s’appelait pas Affamé pour rien. En juin dernier, il en dévoilait la suite avec les dix titres de son projet Z, et au mois d’août, Red Bull publiait sur sa chaîne dédiée au rap Red Binks, une série de six entretiens passionnants avec lui, sous forme de podcasts. Si les planètes ne sont pas encore alignées, elles sont en bonne voie.

Mairo

Cette année encore, les Suisses du crew SuperWak ont retourné le rap francophone, avec deux disques tout bonnement incroyables. D’abord en janvier, avec le projet du rappeur et producteur Varnish la Piscine, Le regard qui tue, en collaboration avec l’indispensable Bonnie Banane. Et puis, en juin, avec l’extraordinaire album Radio Suicide de Makala (et Varnish à la prod), que deux lignes ne suffiraient jamais à résumer (allez l’écouter). Ajoutez à cela les apparitions çà et là des deux bêtes de scène que sont Di-Meh et Slimka, et on voit mal ce qui pourrait arrêter ce train genevois. D’autant plus que Mairo, un autre membre du groupe qui sortait son premier projet solo, 365, en 2017 et qui renferme autant d’énergie et de talent que ses compères les plus fous, s’apprête à envoyer un nouveau disque en octobre. Si l’on en croit la bio de son compte Instagram qui lit : « EN OCTOBRE JE SORS… ET JE NE REVIENDRAI PLUS », on peut s’attendre à quelque chose d’explosif.

Kitsuné Kendra

Kitsuné Kendra n’avait pas pour objectif de faire du rap. La jeune femme, qui a grandi à Roubaix avant d’emménager dans le 92 à Gennevilliers, a d’abord été blogueuse mode. Elle est repérée à l'époque par Lagardère Active pour qui elle devient rédactrice mode pendant un temps, avant de réaliser qu’elle n’est pas faite pour ça. En 2014 elle se tourne vers la musique, devient Dj et créé en 2016, avec sa sœur, le collectif Girls Do it Better, un crew d’artistes nourries au hip-hop et bien décidées à prendre leur place dans un milieu parisien qui ne leur en laisse pas toujours. En 2017, la jeune femme commence à rapper, d’abord au sein du groupe Bobby Colvin, puis en solo, avec quelques freestyles et trois morceaux très prometteurs, « Chef(e) » en juillet 2018, « Yako » en janvier dernier et « NSTNCT CRNVR » il y a un mois – sans compter son apparition remarquée sur le morceau de Jok’Air, « Jeune Papa ». Crues, énervées, conscientes : le futur ne se fera pas – on espère – sans les punchlines de Kitsuné Kendra.

Leonis

Le nombre de nouveaux rappeurs qui se manifestent chaque mois est assez hallucinant. Le rap étant devenu, depuis 2015, un réel chemin vers le succès, les postulants sont de plus en plus nombreux. Plus il y a de monde, plus il y a de potentiels talents, mais il faut faire le tri. Certains sortent facilement de lot, sans trop que l’on sache pourquoi. Leonis, 23 ans, originaire du 77, fait partie de ces semi-évidences sur qui l’on aurait tendance à miser. Cultivant apparemment un même amour pour le bouc et les survêtements, la dégaine du jeune rappeur est aussi puissante que sa patte sonore. Un ensemble de références (et révérences) à l’histoire du rap français, dans lequel il a soigneusement versé quelques gouttes de Juive Wrld ou Post Malone. Rappeur depuis ses 11 ans, Leonis est de ces jeunes que l’on sent déjà presque à maturité artistique et dont les couplets lancinants et mélancoliques ne trahissent pas l’âge. En attendant le premier projet…

Luv Resval

Depuis quelques années, nous sommes témoins dans le rap de l’incroyable renaissance d’un rappeur de 38 ans, dont le premier album date de plus de dix ans, j’ai nommé « l’Empereur de la Crasserie », Alkpote (mais si, le pote de Philipe Katerine). Si ce retour en force et en popularité a été possible, c’est notamment parce que le style et le sens de la formule crue du rappeur ont généré, au fil du temps, des rejetons devenus célèbres (Freeze Corleone et Vald, pour ne citer qu’eux) dont les fans ont eu envie d’aller goûter à l’original. Attention : parmi eux, il y a les enfants illégitimes, les enfants adoptés, et les enfants officiels. Parmi les officiels, un certain Luv Resval, qu’Alkpote a clairement pris sous son aile en collaborant avec lui sur tout un EP, le fameux Mariah (2018) – en hommage à Mariah Carey, oui. Depuis, Luv Resval, originaire de l’Essonne (comme le mentor) et signé sur AWA, ne cesse de s’imposer comme l’une des futures stars de la trap française.

Moesha13

La musique de Moesha 13, pour le peu que l’on en a entendu, ne ressemble à pas grand-chose d’autre. Dj, productrice, rappeuse basée à Marseille – grande fan de Jul et de la Fonky Family – la jeune femme construit un son à la fois joyeux et brutal, toujours pensé pour le dancefloor, au croisement du hip-hop et de la scène club qu’elle habite régulièrement. Il y a quelques jours, celle que l'on a découverte en 2017 avec le tubesque « En i » (en featuring avec Jeci Jess) participait au festival organisé par Filles de Bledards à Marseille, aux côtés notamment de Brava et Lala &ce. En mars dernier, elle participait au festival Identifié.e.s à Paris, et jouait à la Station entre Boukan Records, Glitter ou Khng Kahn. Récemment sur ses réseaux, elle annonçait sa participation au festival ougandais Nyege Nyege et la préparation d’un premier album. On sera là.

Suikon Blaz AD

Si vous ne connaissez pas Suikon Blaz AD, c’est (presque) normal, il fait tout pour se fondre dans l’ombre. Et si vous le connaissez, vous savez qu’il est certainement le rappeur le plus frustrant de France. Rarement on aura vu un artiste si talentueux refuser volontairement la lumière. Ce pote de Vald (pour qui il assure les backs en concerts, et à qui il a offert des featurings sur chacun de ses albums) n’a jamais sorti de projet solo. Pourtant, le monsieur a tout pour lui : des rimes, une technique, un flow assez fous, et on a vu des rappeurs percer le top des charts avec moins du quart de son talent. L’an dernier, sur le morceau « Qui dit mieux », Suikon se permettait de voler la vedette à une équipe pourtant pas des moins aguerries : Vald, Gringe et Orelsan. Malgré les réclamations appuyées d’un public (et de Valentin) qui rêve de le voir sortir sa première mixtape, Suikon semble indéboulonnable. Ce qui est à la fois énervant, et sacrément respectable. Mais on ose espérer que 2020 sera (enfin) son année.

Leys

Il y a un an, sur le plateau de l’émission « Légendes urbaines » de RFI, la présentatrice Juliette Fievet demande à son invité, Kery James, son coup de cœur du moment. Le rappeur de 41 ans répond Leys, une jeune femme d’alors 20 ans qui l’a soufflé en rappant sur l’instru d’un de ses morceaux, « Mouhammad Alix ». Un an plus tard et le flair du pionnier est confirmé : en quelques freestyles incendiaires (celui-ci ou celui-ci) et morceaux prouvant sa versatilité, Leys a confirmé son statut de rappeuse à suivre, grâce à une technicité impressionnante et un charisme assez évident. La rappeuse, originaire de Reims – qui s’est d’abord fait remarquer dans des vidéos courtes sur Instagram avant de briller, sans pression, dans l’épisode 9 de Rentre dans le cercle en 2017 – n’a pas encore sorti de projet solo, mais la profusion de nouveaux morceaux et freestyles ces dernières semaines ne présage que du bon. Faites de la place.

Ash

La présence de Ash (anciennement Ash Kidd) dans cette liste est particulièrement atypique. Le jeune rappeur alsacien n'a rien d'un rookie : il a sorti depuis 2014 pas moins de quatre projets en cinq ans, dont CRUISE (2015) et Mila 809 (2017), considérés comme ses plus belles réussites. Mais en 2019, à l'heure où la norme pour un rappeur est de sortir deux projets par an, Ash suit son rythme et, surtout, ne s'embarrasse pas du torrent de communication qui régit la vie de beaucoup de ses collègues. Depuis mars 2018 et la sortie de Stéréotype, un EP de cinq petits titres, Claude Bourgeois (au civil) s'est fait rare. Son dernier clip date du même mois, et son dernier morceau, « Score », d'octobre 2018. Mais on ne s'inquiète pas, sous son dernier post Instagram, on peut lire « En attendant l’album ». On essaye de rester optimiste mais ce n'est pas facile : le post en question date... du 1er avril. Bon allez, Claude, reviens.

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