Photographie @mitchell_sams

acne studios se prépare pour la fin du monde

En attendant l'apocalypse, Jonny Johansson a créé un vestiaire en décomposition dans lequel les pulls mités côtoient les chemises froissées.

par Osman Ahmed
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03 Juillet 2019, 8:18am

Photographie @mitchell_sams

Les temps sont difficiles, mais si vous pensez que la mode n'existe que pour égailler vos journées, vous vous trompez : une atmosphère de plus en plus anxiogène se fait sentir à travers le travail des stylistes. C'est en tous cas ce qui ressort de la dernière collection Acne Studios, teintée d'une atmosphère de tourment et de décomposition, complètement dystopique. Fondateur et directeur artistique d'Acne, Jonny Johansson a livré son interprétation de l'urgence politique et climatique à travers des vêtements rustiques aux couleurs à la fois sombres et terreuses. Reliques déterrées de différentes époques et assemblées pour le défilé, vêtements tachetés de minuscules coutures pour évoquer des moisissures, son show était (logiquement) rythmé par un remix du White Rabbit de Jefferson Airplane.

Acne spring/summer 20

Jonny Johansson a pris la mesure d'un autre phénomène très contemporain : le ridicule exploré par des créateurs de plus en plus nombreux, cherchant à repousser les limites du luxe, du confort et de la couture... Ou plus exactement du sens du mot « couture ». Chez Acne, on observe des vêtements aux proportions démesurées - de très longues manches par ci, une chaussure trop petite par là - interrogeant directement ce qu'est la « bonne couture » dans le monde d'aujourd'hui. Il n'est pas question de perfection et encore moins d'avoir l'air riche. Au lieu de ça, le créateur présente un blazer jacquard délavé avec des épaules tombantes, une chemise en lin froissée qui semble à peine sortie du panier à linge sale, des sacs à main boueux, des pulls en laine trop petits ou trop grands (et rongés par les mites).

Acne spring/summer 20

Mais le défilé n'en reste pas là, prouvant encore une fois, à quel point la mode peut être fascinée par les looks faussement décontractés. Souvenez-vous : Marie Antoinette portait des robes de bergère, en 1976, Yves Saint Laurent dessinait une collection sur le thème de la paysannerie, et en 2000, John Galliano confectionnait une collection très controversée qui lui avait été inspirée par la précarité des sans-abri - c'est ce qu'on appelle le luxe-pauvre et que Zoolander désigne sous le mot dérélicte. Dans une société en pleine crise, il s'agit de présenter des vêtements qui rejetent les standards de beauté et la traditionnelle quête de l'immaculé qui a défini la mode pendant si longtemps. Faut-il voir dans cette collection un affaiblissement de notre quête de perfection ? En tous cas, la collection d'Acne Studios était en parfaite correspondance avec la folie du monde dans lequel nous vivons.

Acne spring/summer 20

Jonny Johansson ne travaille plus les lignes épurées, les parfaites vestes de motard et le chic structuré qu'il a construit chez Acne Studios pendant plusieurs années. Désormais, la marque basée sur l'acronyme : « Ambition to Create Novel Expressions » semble décidée à explorer ce que le monde a de plus rustique. La crise climatique ne fait que commencer, et le regard dystopique d'Acne Studios n'a jamais semblé aussi perçant. Il ne reste plus qu'à se tenir prêts et à attendre patiemment le prochain défilé.

Acne spring/summer 20
Acne spring/summer 20

Cet article a initialement été publié sur i-D UK.

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