attention danger : les pantalons taille basse pourraient bientôt être de retour

D’Alexander McQueen aux rayons des supermarchés de banlieue, les pantalons taille basse ont fait frémir la fin des années 1990 et le début des années 2000. Tenez-vous prêts : ils sont sur le point de faire un comeback des plus controversés.

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janv. 16 2018, 1:47pm

Il n’existe pas de photos de la collection automne/hiver 1993 d’Alexander McQueen. Intitulée « Taxi Driver » en référence au film de Martin Scorsese sorti en 1976, elle a été présentée sur un portant dans une chambre du Ritz de Londres. Selon les fans, après le show, Lee et l’un de ses amis ont rangé la collection dans des sacs-poubelles pour filer dans un bar faire la fête. Problème : tout a été volé avant que la moindre photographie professionnelle n’ait eu le temps de voir le jour. Mais heureusement, les pièces présentées ont laissé un souvenir impérissable – tout particulièrement le pantalon « bumster » connu pour avoir lancé la folie mondiale du taille basse. Le style a d’ailleurs rapidement intégré l’ADN de McQueen, réapparaissant dans « Nihilism », sa collection printemps/été 1994 et dans son défilé « Highland Rape » pour la collection automne/hiver 1995.

En 1993, le pantalon taille basse faisait la une de The Face en habillant Kate Moss. En 2017, il fait son retour sur les défilés de Dior, Tom Ford, Tommy Hifilger et, évidemment, chez Alexander McQueen. En dehors des podiums, de Kendall Jenner à Binx Walton, des mannequins participent aussi de cette résurgence.

Alexander McQueen automne/hiver 1996, photographie Neil Muuns via Getty Images.

Les pantalons taille basse ont techniquement fait leur apparition dans les années 1960, quand les hippies et leur contre-culture psyché-rock défendaient les hommes portant des ceintures ornées de fils s’envolant dans les airs. L’emblématique pantalon en cuir taille basse de Jim Morrisson s’est révélé être un composant essentiel de son statut de sex symbol. Son « pantalon de scène » a été vendu aux enchères pour plus de 5000 $, tandis que celui que le chanteur des Doors portait tous les jours a fait l’objet d’une parodie du New Yorker dans sa rubrique beauté. « Je pense que je brûle entre 50 et 100 calories par jour par le simple fait de porter un pantalon en cuir, présumait l’écrivaine Naomi Fry en se mettant dans la peau du rocker. C’est un peu comme aller au sauna – on sent presque la graisse fondre. Même si je ne peux pas en apporter la preuve scientifique. »

McQueen a décrit le sex-appeal de son obsession taille basse en des termes plus analytiques. « Il ne s’agissait pas de montrer des culs…. Je voulais allonger le corps, pas seulement les fesses, avait-il confié au Guardian en 1996. Pour moi, cette partie du corps – pas juste les fesses mais le bas de la colonne vertébrale – est l’endroit le plus érotique du corps humain, que l’on soit un homme ou une femme. » En tant que designer, McQueen a transcendé la notion de sexy attachée à la mode. Ses meilleures idées ont fait l’objet de détournements, de controverses mais elles se sont surtout retrouvées constamment en avance sur leur temps. Le Gucci de Tom Ford a aussi oeuvré à la diffusion des pantalons taille basse au milieu des années 1990, s’illustrant comme l’un des rares designers à vendre du sexe intelligemment.

Gucci automne/hiver 1995, photographie Guy Marineau via Getty Images.

« Avec la ligne dictée par Mr. Ford à travers sa collection automne/hiver 1995, la vengeance contre le rétro glamour a officiellement commencé, s’enflammait le New York Times après la collection « anti-rétro » de Ford pour Gucci. Imaginez vous réveiller un matin en attendant qu’ Harriet Nelson vous prépare le petit-déjeuner et qu’au lieu de ça, vous trouviez Raquel Welch , période 1968, en train de battre les œufs. » Le public est alors prêt pour le pantalon de Welch – en tout cas, au moins pour sa version grand public. Gwen Stefani ajoute ensuite sa touche garçon manqué au look dès 1996. Et après, une fois son contrat d’enregistrement signé avec Jive en 1997, Britney prend ses premières photos promo dans une éblouissante panoplie taille basse. Il faut donc lui rendre hommage pour avoir rendu le style si populaire à la fin des années 1990 et au début des années 2000.

Pendant ce temps-là, le hip-hop et le R&B popularisent une tout autre approche du pantalon : T-Boz, Left Eye et Chili (TLC, donc) font de la silhouette ample un élément clé de leur esthétique pendant les années 1990, en incorporant des fringues de mecs à leurs looks de tapis rouges et certains clips comme « Hat 2 Da Back ». Le look est alors une manière franche de contrecarrer l’image hyperféminine insufflée par la pop – la fameuse tenue streetwear recouverte de capotes de TLC n’était rien d’autre qu’une déclaration politique promouvant le sexe sans risques et célébrant un dress code diabolisé – mais aussi une manière de s’approprier les stéréotypes associés à la jeunesse noire. (Malheureusement, aucun élu américain n’aura proposé de bannir légalement ce genre de pantalons). Souvent, les looks opposés marchent en tandem. Le premier shooting de Britney post-Mickey Mouse Club la voit apparaître en jean baggy taille basse agrémenté d’une ceinture de skateur. En 1996, le flair innovant d’Aaliyah pour la mode en fait la muse de Tommy Hilfiger et l’égérie de sa campagne iconique. Quand elle sort son tube « Try Again » en 2000, Aaliyah troque son baggy pour mec contre un pantalon taille basse skinny en cuir à faire baver Jim Morrison. Même si Jim n’a jamais customisé ses pantalons avec des diamants ou des chaînes à la taille.

Aaliyah aux Teen Choice Awards en 2000, photographie Ron Galella, Ltd. via Getty Images.

Au début des années 2000, au grand désarroi des mères américaines, le jean taille basse devient le must have de toutes les adolescentes qui regardent MTV. Avant la performance de Britney aux MTV VMA en 2001 – oui, celle avec le serpent et le short le plus court du monde – la pop star révéle sa routine sportive pour un épisode de l’émission Diary de MTV. « Je fais quelque chose comme, 500 abdos. Ouais. Et si je suis dans un bon jour, je peux aller jusqu’à 1000. » Après l’essor de la culture du tabloïd, et avant l’avènement de la « body-positivity », les pantalons taille basse obligent celles qui les portent à changer leur mode de vie en fonction d eleur nouvelle passion. Pour Ashley Fetters de The Atlantic, on doit la mode du Bikini wax de l’époque à un épisode de Sex and the City, même si les dégaines de Paris Hilton sur moult tapis rouges méritent au moins autant de crédit. En 2000, dans l’épisode de MTV Cribs qui leur est consacré, les Destiny’s Childs portent des jeans taille basse et des chaînes autour de la taille. Et il est impossible de parcourir cette période sans mentionner le look emblématique de Keira Knightley pour l’avant-première de Pirates des Caraïbes en 2003. Une tenue qui compte au moins une fan éternelle en la personne d’Emily Ratajkowski.

Tom Ford printemps/été 2018, photographie Randy Brooke via Getty Images.

On peut acter la mort d’une tendance dès le moment où elle inonde les rayons des centres commerciaux à la périphérie des villes. En 2010, la marque de jeans taille basse Miss Sixty – jusqu’alors omniprésente, préférée de Tara Reid et d’innombrables adolescentes – voyait la moitié de ses 20 boutiques américaines restantes fermer. L’enseigne Bongo Jeans, déjà populaire dans les années 1980 et 1990 mais rendue inontournable par son égérie Fergie dans les années 2000, n’est aujourd’hui plus que le vestige clinquant d’un passé révolu. Mais les jeans taille basse peuvent-ils faire leur come-back ? Au printemps dernier, Alexander McQueen faisait parader ses mannequins en denim taille basse, skinny et ornés de fleurs peintes. Tommy Hilfiger, une marque qui n’a jamais perdu en popularité, jetait son dévolu sur une version du modèle plus ample pour son printemps/été 2017. La muse/modèle de Tommy, Gigi Hadid, a fait du taille basse un incontournable de son répertoire vestimentaire quotidien et sa sœur Bella trouve dans le modèle le vis-à-vis parfait pour ses fameux bodys taille haute. Même Victoria Beckham – qui a créé des jeans taille basse cloutés pour Rock & Republic dans une autre vie – a redonné vie à la silhouette, de manière beaucoup plus chic cela dit.

Le taille basse d’aujourd’hui est un mélange de l’excès des années 2000 et du streetwear des années 1990. Il est généreusement coupé, il n’est plus (dieu merci) recouvert de Swarovski, et il inquiète beaucoup moins les gynécos. Il est aussi tout à fait possible que le revival soit inspiré de la genèse même du modèle ; de la contre-culture des années 1960, qui revit au travers de la multiplication des manifestations civiles outre-Atlantique. Une chose est sûre en revanche : les tendances vont et viennent, mais Lee McQueen sera toujours en avance sur son temps.